Le créateur
À la tête d’un bureau d’études en électronique à Toulouse, Guillaume Benoît déménage pour des raisons personnelles à Reims en 2022 et emporte dans ses cartons un autre projet entrepreneurial, axé sur la corrosion, réfléchi avec une équipe d’associés : BlueSpine. L’équipe fondatrice se compose d’experts en génie civil et en corrosion. À eux tous, ils représentent 60 ans cumulés de recherche et d’expertise, entre de jeunes chercheurs et des consultants expérimentés à l’image de Raoul François, reconnu à l’international, professeur émérite à l’INSA et expert au plus haut niveau de certification de la protection cathodique.
Spécialisée dans le traitement des ouvrages en béton armé (ponts, centrales nucléaires, balcons…), la start-up élabore le matériel de traitement de protection cathodique. "Il s’agit d’électrochimie. On injecte du courant dans l’ouvrage pour contrer les effets physiques et chimiques du phénomène de corrosion", précise le dirigeant. Pour lancer BlueSpine, le capital a été constitué de 210 000 euros de fonds personnels, de la bourse French Tech Emergence et d’une bourse du Grand Est.
Le concept
BlueSpine compte deux entités : le siège et l’atelier électrotechnique à Champfleury (Marne) et l’équipe support, le génie civil et l’expertise sur la corrosion à Toulouse, centre névralgique de la réflexion sur cette altération des matériaux. À Reims, Guillaume Benoît, se trouve "particulièrement bien accueilli" par les structures telles que Marne Développement et l’incubateur Innovact, qui héberge BlueSpine depuis l’automne 2023. "Pour moi qui ne connaissais personne ici, cet accompagnement est précieux. L’équipe m’ouvre son réseau, m’aide à naviguer dans les dossiers de subvention, me conseille de façon pertinente. C’est un gain de temps", se félicite Guillaume Benoît. La start-up BlueSpine fait actuellement partie des dix structures au monde à proposer du matériel de traitement de la corrosion de structures en béton armé. Près de 15 % des ponts en France seraient "en mauvais état structurel" d’après une étude rendue par une commission sénatoriale menée en 2019 et mise à jour en 2022, soit entre 30 000 à 35 000 structures à traiter sur 200 000 à 250 000 ouvrages. "Aujourd’hui, le matériel de traitement est vieillissant et très peu connecté. Nous voulons rendre la technologie plus accessible, la démocratiser", détaille Guillaume Benoît. L’équipe a développé une plateforme digitale accessible qui permet de monitorer l’équipement, détecter une panne et intervenir. Trois brevets sur l’innovation technologique seront d’ailleurs déposés prochainement. La sensibilisation aux risques structurels encourus par certains ouvrages, via des documents pédagogiques et des publications accessibles sur Linkedin, constitue un point crucial pour BlueSpine. Objectif : réfléchir à la prévention avant d’avoir à traiter.
Les perspectives
"Notre ambition est de devenir aussi fournisseur de matériel de diagnostic. In fine, nous pouvons proposer de faire la maintenance prévisionnelle en intégrant des capteurs dès la conception du bâtiment ou de l’ouvrage, avec les enjeux de coût et de performance que cela implique. Pour le moment, personne au monde ne propose cette solution complète", indique le dirigeant de Bluespine. La start-up travaille déjà avec l’université de Reims (URCA) pour intégrer l’intelligence artificielle dans son programme de traitement, afin de transmettre les données en temps réel, toujours dans l’esprit "de démocratiser l’outil". À ce jour l’entreprise a déjà noué des liens avec des majors du BTP tels que Bouygues ou Eiffage. En fonction des commandes, le dirigeant envisage de déménager ou de construire un nouveau bâtiment pour augmenter la capacité de production. D’abord très technique, la corrosion est finalement un sujet mis en lumière de façon malheureusement tragique lors des effondrements d’immeubles à Marseille (2018) ou à Lille (2022). Guillaume Benoît constate en tout cas une inquiétude depuis l’effondrement du pont de Gênes en 2018 : "La solidité des infrastructures constitue réellement un sujet de préoccupation".