Mayenne
Le négociant mayennais Maisonneuve mise sur la décarbonation de l’acier
Mayenne # Distribution # Investissement immobilier

Le négociant mayennais Maisonneuve mise sur la décarbonation de l’acier

S'abonner

Parmi les principaux négociants en acier français, Maisonneuve vient de se doter d’un nouveau directeur général. Dans un secteur où les cours mondiaux fluctuent fortement, il compte accélérer la décarbonation de la PME mayennaise, tout en poursuivant sa stratégie de diversification.

Le directeur général Guillaume Salleron, devant le siège de Maisonneuve à Château-Gontier-sur-Mayenne — Photo : Frédéric Gérard

À Château-Gontier-sur-Mayenne, Maisonneuve poursuit sa success story avec un nouveau capitaine à sa tête. Fondée en 1936, cette discrète entreprise familiale mayennaise est aujourd’hui le quatrième acteur du négoce de produits métallurgiques en France, le premier indépendant derrière de grands groupes internationaux (ArcelorMittal, Descours & Cabaud et Kloeckner Metals).

La PME distribue des produits en acier à des entreprises, aussi bien des groupes que des artisans. Ces aciers proviennent à 80 % de France et de pays voisins (Allemagne, Espagne, Italie principalement), la totalité de pays membres de l'Union européenne. Certains des produits commercialisés sont au préalable transformés par sa filiale ATS (47 salariés, 14 M€ de CA en 2023). Cette entreprise également implantée à Château-Gontier est spécialisée dans le pliage, la découpe ou encore la construction de charpentes métalliques en sous-traitance.

Un nouveau dirigeant en provenance d’ArcelorMittal

Depuis le mois d’avril dernier, la gestion de cette PME de 195 salariés est entre les mains de Guillaume Sandillon. Le nouveau directeur général est expérimenté et connaît déjà la maison. Avant d’arriver en Mayenne, il a travaillé dans différentes divisions d’ArcelorMittal, le géant de l’acier ayant la particularité d’être à la fois l’un des principaux fournisseurs de Maisonneuve, un concurrent et un client. L’homme de 44 ans est le premier dirigeant externe à la PME. Son prédécesseur Jean-Marie Brousset avait fait toute sa carrière chez Maisonneuve. Avant lui, l’entreprise avait toujours été pilotée par un membre de la famille actionnaire, dont le dernier dirigeant opérationnel a été Patrice Maisonneuve. Décédé en 2016, ce dernier aura mis l’entreprise sur de bons rails, mettant en place ce qui constitue aujourd’hui encore ses points forts. Toujours propriétaire de l’entreprise, la famille garde la main sur les grandes décisions à travers le conseil de surveillance. Présidée par Auriane Maisonneuve, cette instance engage de plus en plus la PME dans la transition écologique et poursuit la diversification de ses activités.

De plus en plus d’aciers "verts"

Cela se matérialise d’abord par le développement des ventes des "aciers verts". "Nous sommes précurseurs dans ce domaine. Nous stockons des aciers décarbonés depuis 2022. Cela reste un petit marché pour nous, mais en constante progression. Nous avons des clients qui aujourd’hui travaillent totalement avec ce type d’aciers. Par exemple dans la construction de bâtiments de collectivités ou des sièges sociaux en HQE (pour haute qualité environnementale, une certification pour des bâtiments durables, NDLR)", explique Guillaume Sandillon. "Il existe des aciers totalement décarbonés, issu du recyclage des ferrailles. L’acier peut être refondu à l’infini. C’est une des caractéristiques mécaniques de l’acier", complète le dirigeant.

Du métal qui voyage sur le rail

Un autre argument "vert" de Maisonneuve tient à son utilisation du rail. La PME a cette particularité d’être installée le long d’une voie ferrée. Chaque semaine, un à deux convois acheminent jusqu’à ses entrepôts des poutrelles et des plaques en acier. Quatre salariés sont formés à la conduite des locomotives. "Chez nous, elles ressemblent plus à des tracteurs", décrit le directeur général. Elles permettent de faire entrer les convois dans les bâtiments depuis une desserte de la voie qui longe les équipements. "La SNCF vient ensuite récupérer ses wagons".

L’entreprise Maisonneuve est depuis toujours implantée le long de la voie ferrée. Une portion de voie entre même dans le bâtiment construit en 2003 le temps du déchargement, qui peut prendre une semaine — Photo : Frédéric Gérard

Avec le train, l’entreprise castrogontérienne dispose d’un atout pour renouveler facilement ses stocks ou transporter de gros volumes. Le fret ferroviaire se révèle également un bon point pour sa RSE et celle de ses clients. Même si tout n’est pas transporté par train : l’entreprise dispose aussi d’une flotte en propre de 24 camions pour livrer ses clients.

11 000 m² de panneaux solaires en cours de déploiement

Maisonneuve poursuit sa stratégie RSE en mettant actuellement en place 11 000 mètres carrés de panneaux photovoltaïques, posés sur le toit d’un nouveau bâtiment à Château-Gontier. Ils vont permettre une autoconsommation électrique à l’année mais également la revente d’énergie à des entreprises voisines.

Le bâtiment de Maisonneuve mis en service en janvier 2024 est isolé et coiffé de panneaux photovoltaïques. Il abrite notamment une activité dont la gamme a été développée, les tubes en acier — Photo : Frédéric Gérard

L’entreprise Maisonneuve explique se servir de l’ensemble de ces arguments "verts" pour séduire des clients sur de nouveaux marchés. "Par répercussion, pointe Guillaume Sandillon, ces critères profitent également à leur objectif de réduction des gaz à effet de serre."

Un nouveau bâtiment pour diversifier l’activité

Outre la transition écologique, la diversification de l’activité constitue un des chantiers prioritaires donnés au nouveau dirigeant. Pour cela, il va pouvoir s’appuyer sur un bâtiment flambant neuf de 18 000 mètres carrés dont l’entreprise a pris possession en début d’année. Dédié aux profilés tubes en acier, cet entrepôt doit permettre à Maisonneuve de diversifier son activité "sur un marché en forte hausse" en augmentant ses capacités de stockage de 80 % sur ces gammes de produits. Il s’agit de tubes ronds, carrés ou rectangulaires de taille différentes jusqu’à 12 mètres, de laminés et autres profilés à froid et à chaud. Un panel qui permet de servir autant les acteurs du bâtiment que les constructeurs de machines. Maisonneuve veut aussi organiser ses convois pour ces tubes en acier ; des tests d’adaptation des wagons vont bientôt être réalisés.

Le plus grand site de stockage de France

Au total, le négoce dispose désormais d’un ensemble de 90 000 mètres carrés de stockage et de transformation de l’acier. De quoi "stocker en permanence 50 000 tonnes d’acier et en livrer 190 000 tonnes à l’année, principalement dans le grand quart nord-ouest de la France", précise Guillaume Sandillon. Et de présenter les plus importantes installations de stockage du pays sur un même site.

Dans les stocks du négoce mayennais, il n’y a pas que des poutrelles ou tubes en acier et autres fers à béton. Les plaques et les tôles garnissent également le catalogue dans une diversité d’épaisseur et de type d’acier — Photo : Frédéric Gérard

Les poutrelles métalliques constituent la première famille de produits, vendues en premier lieu à des acteurs de la construction qui occupent 35 % de l’activité. Mais le négoce fournit des clients d’horizons divers, du BTP avec les fers à béton notamment, à la carrosserie, la serrurerie, la métallerie, etc. Son offre se compose aussi de plaques, tôles, caillebotis, etc.

Diversifier pour sécuriser une activité aux cours instables

L’extension du catalogue de produits répond à une logique de sécurisation de l’activité. "Notre métier est de gérer une matière par nature volatile, avec des cours plus instables, voire irrationnels ces dernières années", résume Guillaume Sandillon. Le distributeur doit faire face à des effets yoyos incessants. En 2023, le chiffre d’affaires de la PME a dépassé les 165 millions d’euros. Quelques mois plus tôt, il dépassait les 200 millions d’euros. "Le chiffre d’affaires ne veut rien dire dans notre domaine. Le nôtre se situe entre 150 à 190 millions d’euros selon les années et les conjonctures", explique Jean-Marie Brousset.

"Même nos clients les plus importants ne dépassent pas 2 % de notre activité"

"Nous avons plus de 2 000 clients actifs. Nous travaillons avec des PME, des sociétés d’envergure mondiale, nous autorisons aussi des artisans locaux à venir chercher directement sur notre site une ou deux poutrelles. Ce n’est pas une spécificité en soi, tous les négoces d’acier travaillent pour des domaines très variés. Mais nous sommes sans aucun doute l’acteur indépendant ayant la plus large gamme de produits, avec une disponibilité du catalogue permanente, sans rupture. C’est l’un de nos points forts", souligne Guillaume Sandillon.

Maisonneuve a toujours cherché à sécuriser son activité en diversifiant ses positions. "Même nos clients les plus importants ne dépassent pas 2 % de notre activité, indique le nouveau directeur. Cela nous rend moins dépendant des effets cycliques ou des défaillances de secteurs, comme actuellement le bâtiment."

Mayenne # Distribution # Matériaux de construction # Métallurgie # Investissement immobilier # Transition écologique # Transition énergétique # PME