Il ne s’agit plus d’un simple pipi de chat. L’entreprise nantaise Etteliot vient de lever 1,4 million d’euros auprès d’un consortium d’investisseurs comprenant Bamboo, ABAB, Pays de la Loire Participations, et Bpifrance. Fondée en 2020, l’entreprise de 10 salariés a mis au point des toilettes qui fonctionnent sans eau ni produit chimique. "Les urines sont d’abord séparées des matières fécales. Une pompe amène ensuite le liquide jusqu’à un électrolyseur, qui transforme l’urine en un gaz que nous relâchons dans l’air", explique Alexandre Evrard, cofondateur et président d’Etteliot. L’appareil nécessite tout de même d’être branché à une source d’énergie. "Pas besoin du réseau électrique, tempère néanmoins Alexandre Evrard. Un petit panneau solaire avec une batterie suffit".
Cap sur les véhicules de loisirs
Le boîtier d’environ 20 cm3 a l’avantage de présenter un faible encombrement. Le premier marché ciblé est celui des véhicules de loisirs, comme les camping-cars et les vans aménagés. En effet, les voyageurs doivent souvent trouver une zone adéquate pour vider, a minima tous les deux jours, leurs toilettes.
"Nous ciblons autant les particuliers qui veulent s’équiper, que les aménageurs et revendeurs. Nous échangeons aussi avec les constructeurs. Nous avons par exemple une phase de test en cours avec l’industriel Pilote", précise Alexandre Evrard. Après un chiffre d’affaires qui devrait se situer entre 200 000 et 300 000 euros cette année, Etteliot veut atteindre entre 500 000 et 800 000 euros pour l’année 2025. "Il est difficile de trop planifier, car il suffit d’une grosse commande d’un client pour changer d’ordre de grandeur", avance prudemment le dirigeant.
Des marchés potentiels très divers
Si les véhicules restent le marché phare d’Etteliot, d’autres sont en embuscade. En premier lieu, le BTP. "Nous travaillons avec Sogea Atlantique, filiale de Vinci, qui teste notre produit en haut de ses grues. En effet, les grutiers sont souvent contraints d’uriner dans des bouteilles", détaille le fondateur. La start-up a également des contacts dans le secteur de l’habitat, notamment pour les tiny houses. Elle échange en outre avec des fabricants de toilettes, intéressés pour intégrer cette innovation à leur produit. "Demain, nous pourrons aussi cibler le nautisme, les artisans comme les plombiers qui passent la journée dans leur véhicule, ou encore les conducteurs de poids lourds", note Alexandre Evrard.
Recherche à venir sur les matières fécales
Après de premières livraisons qui ont débuté l’année dernière, Etteliot compte aujourd’hui une centaine de clients pour environ 150 boîtiers vendus. Cette levée de fonds va permettre à la société de recruter, notamment pour la partie commerciale. "Nous embaucherons quatre personnes dans les six prochains mois", précise Alexandre Evrard. Hébergée à l’IMT Atlantique, l’entreprise cherche d’ailleurs de nouveaux locaux pour son expansion.
Une autre partie de la levée de fonds permettra aussi de poursuivre la R & D sur un second produit, capable de prendre en charge les urines et les matières fécales. "Le gaz issu de l’électrolyse des urines produit de l’hydrogène. Nous pourrions alors le récupérer pour alimenter une flamme et brûler les matières fécales", pointe le président. Cette toilette pourrait se retrouver d’ici deux ans sur le marché.