Une envie pressante, sans pouvoir l’assouvir par manque de lieu adéquat, tout le monde y a déjà été confronté. Dans de nombreuses villes, trouver des toilettes publiques, ouvertes, propres, et fonctionnelles relève parfois d’une douce illusion. Fondée en 2019, la start-up nantaise Urban Services veut y remédier, avec son application Ici Toilettes. Après avoir établi un contrat avec les collectivités intéressées, Urban Services recense, en plus des toilettes publiques, un réseau de commerces, bars, ou encore restaurants, prêts à ouvrir leurs toilettes à des passants qui n’ont pas besoin de consommer. En contrepartie, Urban Services, qui compte aujourd’hui quatre personnes, rémunère à hauteur de 100 euros par mois ces lieux, et s’occupe de mettre à disposition des passants des produits d’hygiène intime, de la marque nantaise Jho.
"Dès notre première étude de marché en 2018, nous avons constaté que de nombreux commerçants étaient prêts à ouvrir leurs portes, et le faisaient déjà", souligne Thomas Herquin, fondateur et dirigeant de l’entreprise. Aujourd’hui, celle-ci est déjà implantée à Nantes, Paris, Montreuil (Seine-Saint-Denis), Grenoble et Angoulême. "Nous avons aujourd’hui des discussions avec une dizaine de villes. L’objectif serait d’être présent dans 15 à 20 grandes villes en 2026", projette Thomas Herquin, qui vise un million d’euros de chiffre d’affaires à terme et une dizaine de salariés.
Des avantages pour les cafés et les collectivités
Pour convaincre les collectivités de souscrire à son offre, les arguments d’Ici Toilettes sont nombreux. D’autant plus qu’en cette période de restriction budgétaire, le coût des sanitaires publics est loin d’être anecdotique. "En comptant l’ensemble (consommation d’eau, lavages, entretien, maintenance, NDLR), cela revient à 30 000 euros par an par toilette. Nous pouvons mettre à disposition un réseau d’une dizaine de commerçants pour le même tarif", souligne Thomas Herquin.
Impact écologique
L’impact écologique est également moindre, puisque les toilettes publiques consomment en moyenne trois fois plus d’eau qu’un sanitaire classique. "98 % des femmes sont aujourd’hui réfractaires à utiliser ces lieux publics pour des problèmes de propreté ou de sécurité. Le café joue alors un rôle d’inclusion dans l’accès à tous aux toilettes", poursuit le dirigeant. Du côté des cafés, au-delà de la rémunération, 70 % déclareraient avoir vu un impact positif sur leur chiffre d’affaires lié à ce passage supplémentaire. "Nous comptons en moyenne entre 5 et 10 passages par jour pour chaque lieu", précise Thomas Herquin.
Des données valorisables pour le privé
Preuve de la viabilité de la démarche, une application similaire existe déjà depuis plus de 10 ans en Allemagne. Elle est présente dans plus de 200 villes, mais ne contractualise pas elle-même avec les commerçants. "La différence est qu’en France, une collectivité ne peut pas démarcher elle-même les commerçants", note Thomas Herquin. Cela nécessite donc un travail de fourmi, à arpenter les rues des centres-villes français, et recenser les lieux accessibles aux PMR (Personnes à Mobilité Réduite), ceux avec une table à langer, ou encore connaître les horaires d’ouverture de toutes les toilettes accessibles. "Nous remontons ainsi énormément de données, qui intéressent les fabricants de toilettes publiques. Nous pouvons par exemple leur livrer leur taux d’occupation, ou de propreté par rapport aux concurrents, ajoute encore Thomas Herquin. À terme, l’ambition est d’avoir une activité à 50/50 entre, d’un côté, nos contrats avec les collectivités et notre réseau de commerçants, et de l’autre nos données qui intéressent les entreprises".