Effiblue se prépare à une année intense, entre une levée de fonds en seed de 2 millions d’euros pour janvier 2026 (avant une série A en janvier 2028), et la livraison de premières préséries. Le lancement commercial suivra très vite, les clients sont déjà sur les rangs. La start-up grassoise développe le Ginestium, un nanomatériau de la famille du carbone, aujourd’hui breveté, que son fondateur et dirigeant, Jean-Philippe Ginestet, a découvert alors qu’il travaillait dans un laboratoire privé.
Une découverte rare
"Nous cherchions une alternative au palladium, explique-t-il. Ce métal rare est indispensable pour recouvrir les électrodes ou pour la production d’hydrogène, mais il est très cher, son prix dépasse les 40 000 euros du kilogramme."
Un métal extrêmement coûteux et très demandé, dont l’extraction, comme toute celle des métaux rares, fait des ravages sur le plan environnemental et humain dans les pays dont ils sont issus. Sans parler des tensions géopolitiques majeures qu’elle engendre.
Rien de tout cela avec le Ginestium. S’il n’a rien d’impressionnant de prime abord, pour le profane, il recèle des qualités exceptionnelles : en plus d’être ultraléger, conducteur d’électricité et résistant aux acides et aux températures extrêmes, son coût est " 20 à 100 fois moins élevé". Idéal donc pour remplacer tous ces métaux ultra-stratégiques que l’on trouve désormais partout, des batteries de voitures aux smartphones.
"On peut le comparer à une feuille de papier aluminium en cuisine, reprend Jean-Philippe Ginestet. Le client fait sa propre application dedans."
Effiblue a reçu des demandes de prototypes de la part de deux multinationales industrielles ainsi que d’un "gros acteurs français en composants microélectroniques qui cherche une alternative au revêtement en or". Un grand groupe d’horlogerie suisse est lui aussi très intéressé. "Nous comptons bien pouvoir livrer fin 2026."
Un chemin de croix autofinancé
Pour arriver à cette étape, le chemin aura été très long pour Jean-Philippe Ginestet et Virginie Godin. Si la découverte de ce nanomatériau remonte à 2011, le couple a fondé la start-up en 2017 pour pouvoir financer son développement. "Nous proposions des prestations de services informatiques ou physiques. Un travail alimentaire. Nous avons tout réinvesti dans le développement du Ginestium, dans sa validation… On savait qu’on avait là une pépite et qu’il nous fallait essayer d’en faire quelque chose." Ainsi ont-ils tout financé sur leurs propres deniers, investissant au fil du temps "plusieurs centaines de milliers d’euros".
Jusqu’à ce qu’ils sollicitent des business angels fin 2023 et parviennent à lever 500 000 euros, de quoi démarrer l’activité et cette "montée en charge" qui les a conduits à piloter le consortium M.A.G.I.C. (Matériaux Avancés pour l’Innovation en Graphène et Cristallographie).
Celui-ci s’est constitué en partenariat avec deux acteurs industriels majeurs, les azuréennes Symes et Avantis Concept, ainsi que les laboratoires PIIM d’Aix-Marseille Université et du CNRS. Le projet, d’un budget global de 2,9 millions d’euros, est soutenu par la Région Sud et Bpifrance dans le cadre de France 2030, et par les membres du consortium eux-mêmes.
Une force de frappe régionale
"Nous avons une vraie volonté de nous démarquer dans le Sud-Est, souligne Alexandre Alati, directeur du site Avantis (300 collaborateurs) à Grasse, spécialisé dans le développement de machines industrielles. La région n’étant pas considérée comme très industrielle, il est important d’unir nos forces pour capter des projets un peu plus à forte valeur ajoutée. On ne se fait pas concurrence, on a des aptitudes complémentaires. Ce n’est pas notre métier d’aller développer un nouveau matériau, en revanche, nous sommes capables de comprendre comment cela a été fait expérimentalement et d’industrialiser le process et les machines pour pouvoir le mettre en œuvre."
Et de faire aussi la mise en relation avec certains de leurs clients, comme Thales ou Airbus que le Ginestium peut grandement intéresser. Labellisé par les pôles de compétitivité Capenergies (pour les électrodes) et Aktantis (pour les antennes radio), Effiblue peut adresser le spatial, la Défense, l’énergie ou encore l’électronique pour renforcer la souveraineté industrielle, tout en décarbonant ces activités.
"On découvre encore beaucoup de particularités très intéressantes, confie Jean-Philippe Ginestet. J’espère qu’à la fin du programme, on aura couvert à peu près toutes les propriétés physiques, en tout cas les plus évidentes. Ainsi, il y a un mois, on a découvert une réflectivité très intéressante pour l’aéronautique et le spatial."
À fin 2026, Effiblue vise un premier chiffre d’affaires de 100 000 euros pour atteindre le million d’euros dès 2027 et le triple l’année suivante. La start-up prévoit également une vingtaine de recrutements en 2026 pour un effectif dépassant les 150 personnes à 2030.