Dans quelle mesure le marché de la pompe à chaleur ralentit-il et pourquoi ?
Depuis quelques mois, le marché de la pompe à chaleur (PAC) a chuté de 50 %. Et en parallèle, le marché du gaz a progressé de 20 %, ce qui n’est pas un bon signal. Le retournement du marché de la PAC est multifactoriel. D’abord, le pouvoir d’achat en baisse, avec l’inflation et un certain blocage des salaires au même niveau, qui entraîne une spirale négative. Cela n’incite pas à la rénovation énergétique par exemple, ni au remplacement des chaudières au fuel ou au gaz par des PAC. Un autre facteur : l’effondrement de la construction neuve, à cause de la diminution de l’accès au foncier. Il y a aussi la question des taux bancaires élevés et des contraintes normatives, qui engendrent un coût constructif plus élevé. Le marché de l’existant est lui aussi en retrait, avec moins 15 % à la fin septembre. Et enfin, les incertitudes sur le dispositif de l’État MaPrimRenov', qui pouvait inciter à l’achat d’une pompe à chaleur, mais reste d’ailleurs un dispositif complexe et pas si facile d’accès que ça, et qui pourrait être raboté en 2025.
Comment Intuis fait-il face à cette baisse du marché ?
Contrairement à certains de nos concurrents, nous n’avons pas mis en place de PSE. En revanche, depuis cet été, nous avons cessé de faire appel à des intérimaires, qui étaient auparavant une quarantaine. Nous avons également réaffecté des ressources, notamment sur la fabrication des chauffe-eau thermodynamiques. Car ce marché va bien, il n’est pas soumis à la saisonnalité étant donné que l’eau chaude sanitaire est utilisée toute l’année. Par ailleurs, nous exportons ce produit à 30 % en Europe, ce qui nous aide beaucoup.
Vous avez investi, de 2020 à 2023, 25 millions d’euros pour une extension et de nouvelles machines sur le site de Feuquières-en-Vimeu, cette baisse du marché de la PAC nuit-elle à votre rentabilité ?
Ces investissements ont permis d’amener notre capacité de production de PAC à 30 000 unités par an, pour les logements résidentiels et collectifs. Or, nous en produisons actuellement la moitié. Notre chiffre d’affaires en 2023 était de 250 millions d’euros. Cette année, je ne peux pas encore donner de chiffres, mais il sera forcément en baisse. Ce retournement de marché va donc allonger la durée de nos retours sur investissement, qui se fait en moyenne dans les 7 ans. Mais aujourd’hui, je ne peux pas non plus dire dans quelle proportion, car il y a trop d’inconnus. Le contexte géopolitique est très tendu, et nous ne connaissons pas encore la trajectoire du gouvernement pour accompagner l’industrie.
Dans certains pays européens, comme en Allemagne ou en Espagne, les gouvernements favorisent la production nationale. En France, ce n’est pas le cas. Nous faisons face à la concurrence asiatique, même si nos produits Origine France Garantie sont en moyenne 8 à 12 % plus chers, ce qui n’est pas si significatif. Je reste optimiste car les crises économiques n’ont pas vocation à durer, c’est cyclique. Même si nous ne voyons pas de retour à une activité stabilisée avant le troisième trimestre 2025.