Comme de nombreux industriels, vous avez dû faire face à la crise énergétique voilà deux ans, notamment avec la hausse du prix de l’électricité. Quelle était votre feuille de route au sein du groupe Saunier Duval durant cette période critique ?
À mon arrivée, en janvier 2023, à la direction générale du groupe, Éric Yvain était sur le point de partir à la retraite, et il cherchait un remplaçant capable d’assurer la transformation du site, historiquement focalisé sur la production de chaudières. L’objectif était d’accélérer le développement et la production de pompes à chaleur. Ma mission principale consistait à multiplier par cinq notre capacité de fabrication. L’objectif était de conserver une activité chaudières tout en donnant une place prépondérante à la pompe à chaleur, qui fonctionne à l’électricité…
Comment cette impulsion a-t-elle été donnée ?
Le marché de la pompe à chaleur s’est développé avec une forte dynamique à partir de 2019. Vaillant, qui est le leader européen des chaudières avec sa filiale Saunier Duval, a pris un tournant stratégique majeur cette année-là. Sous l’impulsion de son CEO et de la famille Vaillant, l’entreprise a intégré la nécessité d’une transition écologique forte. Elle a considéré que l’impact climatique était une priorité et que la réduction des émissions de gaz à effet de serre était essentielle. La chaudière étant l’un des plus gros émetteurs de CO2 dans les bâtiments, il était stratégique de miser sur la pompe à chaleur comme alternative.
En 2019, Vaillant produisait encore peu de pompes à chaleur, mais a fait de ce segment un axe stratégique prioritaire. En quatre ans, le groupe est passé du 7e au 3e rang des fabricants européens de pompes à chaleur, grâce à une augmentation massive des capacités de production et à une politique d’innovation soutenue.
Quels sont les avantages de l’utilisation de la pompe à chaleur ?
Une pompe à chaleur fonctionne sur le principe d’un échange thermique. Nous produisons principalement des pompes à chaleur aérothermiques (PAC air/eau), qui captent les calories de l’air extérieur pour chauffer l’eau du système de chauffage. Contrairement aux chaudières à gaz, la pompe à chaleur fonctionne entièrement à l’électricité et permet de réaliser jusqu’à 30 % d’économies d’énergie par rapport à un chauffage électrique classique.
Entre 2020 et 2021, l’Europe a massivement soutenu l’installation de pompes à chaleur via des subventions incitatives. Le marché a explosé. Jusqu’à l’été 2023, nous produisions en flux tendu avec des usines tournant 24 heures/24 !
Que s’est-il passé en 2023 ?
L’été 2023 a marqué un tournant avec une chute brutale des ventes de pompes à chaleur. Plusieurs facteurs se sont combinés pour provoquer cette crise. D’abord, la hausse violente du prix de l’électricité a conduit les consommateurs à s’interroger sur la rentabilité des pompes à chaleur. Ensuite, le ralentissement du BTP et de l’immobilier a freiné les installations. Par ailleurs, les subventions ont été modifiées : certaines aides ont été réduites ou réorganisées, rendant le dispositif moins lisible pour les particuliers, qui ont choisi de reporter leur décision d’achat.
En tant qu’industriel, comment avez-vous réagi face à cette crise sur la question de l’électricité ?
Nous avons mis en place plusieurs mesures pour nous adapter à cette nouvelle conjoncture. Tout d’abord, nous avons réduit notre consommation d’énergie grâce à des actions concrètes. Nous avons installé des compteurs intelligents pour ajuster précisément la consommation des lignes de production. Ceci nous a permis de dégrouper chaque ligne, de façon que nous puissions utiliser une seule ligne de production, sans que les autres soient mises en veille, mais soient réellement éteintes.
Et pour les bâtiments et vos équipements ?
Nous avons lancé des investissements pour assurer la rénovation thermique de nos bâtiments afin d’optimiser leur efficacité énergétique. Nous avons aussi adopté des systèmes de production hybrides, fonctionnant aussi bien au gaz qu’à l’électricité pour pouvoir jouer sur les deux tableaux, en fonction des prix.
Comment avez-vous interagi avec votre fournisseur d’électricité ?
Nous avons renégocié nos contrats d’électricité pour faire face à l’explosion des prix. En optant pour des contrats courts, sur deux ans, nous avons pu profiter de la baisse des tarifs en 2024. Résultat : notre facture d’électricité a été divisée par trois entre 2023 et 2024, passant de 2,4 millions d’euros à 900 000 euros. J’avais des sources fiables d’information dans mon réseau qui m’ont permis de savoir que l’électricité baisserait fortement, sous peu, et que s’engager sur un contrat de longue durée nous serait préjudiciable. Cette crise énergétique a été une épreuve, mais elle nous a aussi permis d’accroître notre flexibilité. Flexibilité dans le sens où nous avons compris que nos produits devaient être hybrides et flexibilité pour nos chaînes de production qui devaient être capables de fabriquer différents produits en fonction des besoins du marché.