Le Havre
Le Havre : Areva pose ses conditions
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Le Havre : Areva pose ses conditions

Le groupe français qui avait annoncé en septembre dernier son intention d'implanter auHavre un site d'assemblage de nacelles ainsi qu'un autre pour la fabrication de pales d'éoliennes marines attend le résultat imminent de l'appel d'offres de l'État.

La visite groupée auHavre le 26mars dernier de Luc Oursel (Areva), Xavier Huillard (Vinci), Gérard Mestrallet (GDF-Suez) et Jean Bensaïd (CDC Infrastructures) avait des allures de lobbying forcené. Avant de se rendre à Fécamp puis à Dieppe dans l'après-midi, pour assurer élus et acteurs économiques locaux de leur volonté de devenir, à travers le consortium qui les réunit, un acteur incontournable du marché naissant de l'éolien en mer en France, le commando d'industriels -et de financier- est venu rappeler l'essentiel. L'implantation d'Areva sur le quai Joannès-Couvert avec la création de près 700 emplois directs, reste suspendue à l'obtention par le consortium d'au moins deux projets de parc éoliens offshore, si ce n'est trois (Dieppe-LeTréport, Fécamp et Courseulles-sur-Mer), sur les cinq que l'État s'apprête à attribuer aux différents candidats en lice dans le courant du mois d'avril.




Pas de suspens pour le Parc des Deux Côtes

Un enjeu de taille pour ces industriels qui ambitionnent de devenir les véritables fers de lance d'une filière de l'éolien en mer encore balbutiante. Prudent, le maire duHavre Édouard Philippe l'a rappelé en préambule à cette journée d'intense lobbying: «Nous ne sommes pas ici pour annoncer la construction de deux usines!» Une réserve affichée également par les partenaires industriels d'Areva, GDF-Suez en tête dont le P-dg Gérard Mestrallet s'est fait l'écho sans détour: «Si l'on ne nous attribue qu'un seul site, nous le ferons, mais les retombées seront moindres pour la région». Aujourd'hui, l'issue d'un dossier, au moins, semble acquise: concernant le projet dit des Deux Côtes (145 éoliennes au large duTréport), le consortium réunissant GDF-Suez, Areva, Vinci et CDC Infrastructures est le seul et unique candidat à avoir déposé un dossier. S'agissant de Fécamp et de Courseulles-sur-Mer, si le suspens semble intact à ce jour, nul doute que la présence d'acteurs industriels majeurs et 100% français au sein du consortium mené par GDF-Suez pèsera fortement dans le choix de l'État. Ce dernier avait fait de la création d'une véritable filière française un point incontournable dans les nombreux critères de sélections de son appel à projets.




L'Europe en ligne de mire

Luc Oursel, le P-dg d'Areva l'a rappelé avec insistance: «Nous sommes le seul fabricant français d'éoliennes marines». Areva qui a fait le choix stratégique d'aller vers les énergies renouvelables, explique son dirigeant, et qui affiche à son tableau de chasse près de 20% de parts de marché en Allemagne, pays leader en Europe sur l'éolien en mer. L'appel d'offres lancé par l'État français «donne une visibilité aux industriels» membres du consortium. L'obtention des trois projets normands, LeTréport, Fécamp et Courseulles-sur-Mer, permettrait «de créer pour l'avenir une base industrielle de niveau européen», explique Luc Oursel. Qui garde en ligne de mire l'imposant marché britannique et la promesse de ses quelque 30.000MW installés avant cinq ans. Marché sur lequel Areva annonce des «discussions avancées» qui pourraient aboutir prochainement. Les ambitions européennes d'Areva ont donc pesé lourd dans le choix duHavre comme base arrière industrielle. Évoquant pêle-mêle «la géographie, les compétences, la R & D... les réserves foncières et la qualité de l'outil logistique», Luc Oursel justifie la décision d'une implantation sur le quai Joannès-Couvert. Concrètement, le groupe a présenté auHavre un projet de deux usines, l'une dédiée à l'assemblage de nacelles et l'autre à la construction de pales d'éoliennes de 66m de long. Un équipement placé en bord à quai qui comprendrait également un banc d'essai et qui devrait, à pleine charge, employer 700 personnes.




Des contrats de sous-traitance pour les PME locales

L'industriel n'a pas attendu la décision de l'État pour tisser sa toile dans la région et prendre contact avec d'éventuels fournisseurs locaux -autre critère essentiel de l'appel d'offres- au point de promettre «près de 20% de contrats de sous-traitance pour les PME locales». Les candidats, estimés à une centaine par Luc Oursel lui-même, ont été accueillis en mars à Bremerhaven en Mer du Nord (Allemagne), le principal site de production et siège d'Areva Wind, la branche dédiée du groupe pour l'éolien offshore. L'industriel annonce même être en mesure de financer des projets de développements pour ces PME à travers Arevadelfi, dispositif habituellement décliné sous forme de «participations ou de contrats de croissance». Pour l'heure, Areva et ses partenaires restent suspendus au résultat de l'appel d'offres qui doit être dévoilé dans le courant du mois d'avril. Mais sans perdre de vue la seconde tranche du vaste projet de déploiement de l'éolien en mer français qui devrait permettre, à défaut de faire apparaître de nouvelles zones propices pour l'implantation de parcs offshore, l'extension de ceux existants, estime une source proche du dossier.



Guillaume Ducable

Le Havre