Édith Piaf, Charles de Gaulle ou Charlotte Rampling, Marie Curie, Alain Souchon, Louis de Funes, Christophe Colomb : tous ces personnages illustres ont chacun une rose à leur nom dans le jardin aux 1 000 roses protégées par brevet, inventées par l’entreprise Meilland, une référence mondiale dans la création et la culture de roses.
L’innovation dans l’ADN
L’entreprise familiale a vu le jour en 1850 et a su traverser les décennies grâce à une forte culture de l’innovation, qui est plus que jamais sa marque de fabrique. "Nous nous adaptons aujourd’hui aux nouvelles attentes des consommateurs, avec des rosiers de balcon, adaptés aux milieux urbains, avec des rosiers aussi qui demandent le minimum d’entretien ou d’autres, qui résistent aux maladies, parasites, à la pollution sans traitements, ni pesticides", explique Matthias Meilland.
Il incarne la sixième génération à la tête de l’entreprise et est en charge des relations publiques, quand son père, Alain, en est le président. Parmi les dernières créations Meilland, il y a ainsi Zepeti, une rose facile d’entretien, née pendant la crise sanitaire, qui a "su conquérir un large public grâce à sa résistance et son adaptation aux petits espaces", confie Matthias. Pour rester dans le peloton de tête des obtenteurs de roses à travers le monde, l’entreprise, qui a son siège au Cannet-des-Maures, dans le Var, investit chaque année un quart de son chiffre d’affaires dans la recherche et l’hybridation. "C’est la garantie de la pérennité de notre savoir-faire", ajoute le dirigeant.
8 à 10 ans pour chaque rose
Chaque année, 5 000 à 8 000 croisements sont réalisés entre des rosiers parents et 150 000 à 200 000 semis sont plantés. Chaque rosier est évalué dans des conditions optimales de culture, sous serre comme à l’extérieur durant trois à cinq ans. C’est le début de la sélection et les rosiers choisis sont ensuite testés en conditions réelles voire extrêmes sous différents climats grâce aux cinq stations d’essais de l’entreprise à travers l’Europe. "A la fin, seules 5 à 10 roses sont retenues", explique Matthias Meilland.
Une affaire de famille
L’entreprise Meilland s’inscrit dans une lignée de six générations de passionnés de l’hybridation, remontant à Joseph Rambaux, jardinier du Parc de la Tête d’Or à Lyon au XIXe siècle. Son gendre, Francis Dubreuil, perfectionna cette passion en éditant des descriptions précises dans un catalogue annuel, en continuant le travail de sélection des nouvelles variétés, en créant à Lyon des roses, dont certaines poussent encore aujourd’hui dans de nombreuses roseraies à travers le monde. Ce même Francis Dubreuil nourrit les rêves d’Antoine Meilland, né à Chambœuf, une commune française, devenue un village roseraie. "Il rêve de devenir rosiériste et entre en 1900 comme aide-jardinier dans les roseraies Dubreuil puis épouse Claudia Dubreuil", raconte Matthias Meilland. Entre les deux guerres mondiales, il s’installe, avec son fils Francis, à Antibes et ils propulsent l’entreprise familiale dans l’ère moderne.
Le certificat d’obtention végétale
Au printemps 1935, Francis Meilland embarque pour les États-Unis, poussé par son mentor, Charles Mallerin, "un artiste de la rose". Il y parcourt plus de 20 000 km en voiture et revient avec quelques idées révolutionnaires en Europe, découvertes au côté de son partenaire aux États-Unis, le rosiériste Robert Pyle : "le catalogue en couleurs, le réfrigérateur pour stocker les rosiers et le brevet pour protéger les créations de rosiers." Après la sortie du premier catalogue en couleurs en Europe, en 1937, il lui faudra 23 jours pour écouler tous les rosiers qu’il avait à vendre. Puis, après-guerre, Francis Meilland obtient le premier brevet jamais déposé pour une plante en Europe pour la Rouge Meilland Var. Rim 1020.
Une rose pour la paix
Il confirme aussi sa place sur la scène internationale. D’abord, avec la création d’une rose, "Mme A. Meilland", mondialement connue sous le nom de Peace. Cette rose, envoyée aux États-Unis avant la Seconde Guerre mondiale, reconnue pour ses "qualités exceptionnelles" par l’American Rose Society, fut baptisée le jour de la chute de Berlin en 1945 et offerte, en symbole de paix, aux délégués de l’ONU lors de la convention inaugurale de San Francisco. Élue rose favorite du monde en 1976, elle a fait, outre-Atlantique, la fortune de l’entreprise Meilland, grâce à son brevet américain. "Nous pensons qu’à l’heure actuelle plus de 100 millions de rosiers Peace sont plantés dans le monde", confie Matthias Meilland.
De Lyon au Cap d’Antibes, puis au Var
En 1948, Francis Meilland s’associe à Francisque Richardier pour satisfaire la demande grandissante. Le premier s’occupe de la création de nouvelles roses et parcourt le monde, quand le second produit et vend les plantes en France, depuis l’exploitation de Tassin-la-Demi-Lune, située près de Lyon, et acquise par Antoine Meilland. C’est la naissance de l’entreprise Meilland-Richardier, qui déménage à Diemoz en Isère en 2010 et est encore aujourd’hui le premier producteur français de rosiers de jardin avec environ 1,2 million de rosiers vendus par an, et plus de 500 références. La décision est aussi prise d’installer l’entreprise Meilland au Cap d’Antibes. C’est là, qu’est installé le centre de recherche et d’obtentions. "C’est là aussi que seront obtenues les descendantes de Mme A. Meilland et bien d’autres variétés portant le label Universal Rose Sélection et protégées par la propriété intellectuelle appliquée au rosier."
La rémunération de la création
Après la mort de Francis Meilland en 1958, son fils Alain prend la relève et développe l’entreprise en instaurant la protection des obtentions végétales, garantissant ainsi la reconnaissance et la rémunération des créations variétales.
Meilland International, filiale d'un groupe de 200 personnes et 18 millions d'euros de chiffre d'affaires, étend son influence à travers des pépinières en France, en Espagne, en Allemagne, aux États-Unis et au Kenya et devient l’obtenteur le plus présenté avec six variétés primées au Hall of Fame des Roses, une distinction décernée par la Fédération mondiale des sociétés de roses. "Nous comptons 600 hectares de pépinières à travers le monde et des agents et partenaires dans plus de 60 pays", confie Matthias Meilland.
Depuis les années 1950, l’entreprise a élu domicile dans le Var au Cannet des Maures, sur un domaine de 120 hectares. "C’est lors d’un hiver rigoureux où le gel menaçait la production de roses destinées au mariage du Prince de Monaco avec Grace Kelly en 1956, qu’Antoine Meilland identifia cette région comme le lieu idéal pour implanter durablement l’entreprise", raconte Matthias, qui a été formé à l’hybridation par sa grand-mère et a accompagné son père à travers le monde avant de rejoindre officiellement l’entreprise en 2013. Aujourd’hui, cinquième et sixième générations poursuivent un seul objectif : émerveiller les gens grâce à la beauté de leurs roses : des fleurs simples et pastel pour les Japonais, des fleurs doubles aux couleurs franches pour les Anglais, des variétés romantiques pour les Allemands, etc.