Montpellier
Le groupe de pharmacies Médiprix investit pour stimuler sa croissance et l’innovation
Montpellier # Pharmacie # Investissement

Le groupe de pharmacies Médiprix investit pour stimuler sa croissance et l’innovation

S'abonner

Face à 300 groupements rivaux sur le marché officinal français, Médiprix s’affirme en dépassant le milliard d’euros de chiffre d’affaires. L’enseigne de santé héraultaise mise sur le numérique et une expansion ciblée pour inventer un avenir aux pharmaciens.

Médiprix rassemblera plus de 250 pharmacies d’ici la fin 2025 — Photo : Gweg

Ne l’appelez pas "consolidateur". Basé à Pérols (Hérault) près de Montpellier, le groupement de pharmacies Médiprix (243 officines, 2 500 collaborateurs) veut incarner un modèle à part sur un marché où les fusions-acquisitions s’amplifient. Face aux groupes 100 % privés ou coopératifs, il revendique le statut hybride de "fédérateur", attirant de 30 à 40 pharmacies par an depuis sa création en 2016 : à côté de la franchise Médiprix (100 % privée) sont nées, au sein du groupe, des structures coopératives telles que de Médilab et Médiprix Corp à l’initiative de ses seuls adhérents.

"Nous restons des pharmaciens avant tout. Dans un contexte qui se tend, nos partenaires recherchent une organisation qui leur permet de réduire leurs charges et surtout d’améliorer leur rentabilité. S’ils trouvent ces conditions, s’ils gagnent du temps, ils rejoignent le groupe et n’en partent plus", analyse Jérôme Escojido, directeur général et cofondateur de Médiprix avec Bertrand Pagès, tout en précisant que la franchise affiche un taux de sortie annuel de moins de 2 %.

Le groupe de pharmacies ambitionne d’évoluer en "carrefour de la santé" — Photo : Gweg

L’union fait la force

Et ce modèle porte ses fruits. Entre 2022 et 2024, Médiprix a porté son chiffre d’affaires sous enseigne de 850 millions à plus d’un milliard d’euros. La performance retient l’attention dans un contexte morose, où le nombre de dépôts de bilan dans la pharmacie pourrait doubler en 2025. Leurs marges chutent (2 % en moins en 2024), frappées par de multiples facteurs défavorables : crise sanitaire de 2020, charges salariales en hausse, inflation… Sans parler du coût des médicaments, qui peut phagocyter jusqu’à 25 % de leurs revenus.

Le groupe y voit un autre atout de sa démarche : "Contrairement aux groupes privés, Médiprix n’achète pas de pharmacies. Nous formulons une offre de valeur pertinente et nos adhérents décident de nous rejoindre sur cette base. C’est une démarche d’engagement. Seul, un pharmacien n’a pas les armes pour lutter contre les laboratoires. Avec nous, le rapport de force s’équilibre. Quand nous travaillons en exclusivité avec un fournisseur, comme Boiron pour les médicaments génériques, ce sont nos 243 pharmaciens qui travaillent avec lui", insiste Jérôme Escojido.

Une forte traction en Espagne

Médiprix privilégie les pharmacies réalisant plus de 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sur le plan géographique, le groupe vient de signer 2 implantations en Île-de-France : si le marché local n’est pas une priorité ("Il est très verrouillé, presque communautaire", selon le dirigeant), le groupe projette néanmoins d’attirer 10 nouveaux adhérents dans les 2 ans. Ailleurs en France, la plus forte percée se produit en Bretagne, avec 3 implantations à ce jour, et autant en projet.

Mais la vraie priorité d’extension de Médiprix se situe hors de France, sur le marché espagnol. S’appuyant sur une filiale de 2 permanents dont un directeur général, l’enseigne a déjà convaincu 15 pharmacies depuis la fin 2024. "Les officines espagnoles sont plus petites en chiffre d’affaires. Le marché est moins diversifié qu’en France, mais il est plus en avance sur la digitalisation. Nous voulons réussir là avant d’attaquer d’autres pays", indique Jérôme Escojido, qui évalue à 50 le nombre de nouveaux adhérents d’ici la fin 2026 (soit 10 % de l’activité du groupe dans cette hypothèse).

Médiprix affiche plus de 90 % de laboratoires partenaires français — Photo : Médiprix

Une inflexion sur l’innovation numérique

Dans la proposition de valeur évoquée par le dirigeant, un argument majeur concerne l’infrastructure numérique offerte par Médiprix à ses partenaires. "Contrairement à nos concurrents qui recourent à des prestataires, nous disposons d’un pôle informatique en interne pour développer un environnement où tous nos outils numériques sont connectés. Cela nous permet d’être plus rapides pour innover. Cette plateforme nous sert à pousser de nouveaux services comme la mise en place de promotions ou le lancement de cartes de fidélité, par exemple", décrit Jérôme Escojido.

"Comme dans tout métier, si le pharmacien n’évolue pas face à l’IA, il pourrait être remplacé"

En 2025, cet environnement verra le déploiement massif de l’intelligence artificielle (IA) : l’implémentation d’agents conversationnels ouvrira de nouvelles possibilités, comme un outil de "pricing" pour conseiller les pharmaciens sur le bon prix d’un produit en fonction de leurs concurrents immédiats, ou encore un système de réassort de commandes fonctionnant avec des alertes.

"Comme dans tout métier, si le pharmacien n’évolue pas face à l’IA, il pourrait être remplacé. Ce qui fait sa valeur, ce sont les interactions avec les clients. Il réalise déjà des tests, des vaccins, etc. Sous cet angle, la pharmacie devient un vrai carrefour de santé. Demain, l’IA fera la lecture des ordonnances et des analyses, et nous nous chargerons de tout le reste", se projette le dirigeant.

Le potentiel de l’e-commerce

Médiprix veut aussi améliorer son écosystème sur deux autres points. D’une part, le groupe veut monter en puissance sur la vente en ligne : depuis 18 mois, il a mis en place le "click & collect" par le biais de sites web personnalisés pour ses adhérents, créés en interne par son équipe informatique. D’ici la fin 2026, il amplifiera la démarche avec une stratégie de type "drive to store" (utiliser le marketing numérique pour inciter le client à se rendre en magasin). Ces développements seront portés par une nouvelle structure associative au sein du groupe où, comme les autres, les adhérents pourront être associés.

Médicinal est l’une des 2 marques exclusives du groupe — Photo : Franchini Pascal

S’engager pour l’égalité des chances

D’autre part, Médiprix veut booster la formation continue offerte à ses partenaires. Il s’est associé à la société angevine Ma Formation Officinale pour développer son propre module, baptisé "Ma Formation Médiprix" : intégré sous peu à l’environnement numérique interne, il permettra de déployer des formations métiers, de laboratoire ou les propres formations d’enseigne Médiprix.

Globalement, Jérôme Escojido ramène ces projets aux valeurs d’innovation et d’engagement qui fondent, selon lui, la société. Il en fournit une ultime preuve en annonçant la création d’une fondation d’entreprise. "La Fondation Médiprix s’engagera pour l’égalité des chances. Elle apportera son aide à de jeunes pharmaciens en leur proposant des bourses dans le cadre de leurs études, à hauteur de 400 euros par mois environ entre la deuxième et la sixième année. Elle pourra aussi les aider à acquérir leur pharmacie", présente-t-il. Ce projet, à nouveau financé par les adhérents, sera lancé d’ici la fin 2025.

Montpellier # Pharmacie # Investissement # Formation professionnelle