L’ETI familiale Tommasini a récemment racheté la PME Cabre (200 salariés, 40 M€ de chiffres d’affaires), un autre acteur du bâtiment basé à Courrières, dans le Pas-de-Calais. Cette acquisition, la première depuis treize ans, est aussi la plus conséquente que Tommasini ait réalisée jusque-là. L’opération permet au groupe de BTP, installé à Aulnoye-Aymeries (Nord), de franchir le cap des 400 salariés et des 117 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 50 millions d’euros auparavant avec 280 salariés. Même si "ce n’était pas l’objectif", insiste Olivier Tommasini, patron du groupe familial. "Nous sommes une entreprise de moyenne taille et nous le restons", ajoute-t-il.
Tommasini accélère sur le marché de la réhabilitation
Pour le dirigeant, l’objectif premier de cette opération est de répondre à un besoin prégnant de diversification, face à un glissement des métiers "et des fléchages de financements" vers la réhabilitation thermique et le logement neuf. En rachetant Cabre, qui exerce dans les domaines de l’entreprise générale, dans le gros œuvre, la menuiserie, la couverture et la promotion immobilière, le groupe nordiste investit plus largement le marché de la réhabilitation. Des travaux qu’il pratiquait déjà, mais nettement moins auprès des bailleurs sociaux, une clientèle dont Cabre s’était fait une spécialité.
Se concentrer sur la remise à flot de Cabre
Le groupe Tommasini cherchait à boucler une telle opération depuis quatre ans ; période durant laquelle son patron a étudié moult dossiers, passant chaque fois son tour (motifs : "trop cher", "en trop mauvaise santé" ou "société pas assez structurée"). Le chef d’entreprise jette finalement son dévolu sur Cabre, suffisamment organisée avec un encadrement, des fonctions supports et des ouvriers en place (tous ont été repris) pour s’assurer qu’elle tourne toute seule.
Reste qu’en dépit d’une bonne tenue des carnets de commandes, l’entreprise du Pas-de-Calais affiche d’importantes difficultés financières. "Nous avons repris cette société alors qu’elle était pratiquement en dépôt de bilan. Il y a du travail. Il faut comprendre pourquoi elle en est arrivée à ce niveau-là", précise Olivier Tommasini. Ce dernier a engagé un audit interne avec les équipes en place, dont Antoine Rocco, qui avait repris l’entreprise en 2020 et qui conserve ses fonctions opérationnelles. La feuille de route de Tommasini se résume en une action : se concentrer sur la remise à flot de Cabre, en espérant renouer avec la rentabilité à l’horizon 2026. "C’est la priorité du groupe, peu importe tout le reste", lance Olivier Tommasini. Hors de question, donc, pour le dirigeant d’afficher des objectifs de résultats à l’aune de cette acquisition. Il ne dévoile pas davantage de projections en matière de croissance organique.
Miser sur l’effet groupe
Pour que Cabre retrouve les moyens financiers et humains dont elle a besoin, et que l’entreprise regagne la confiance de ses salariés, le groupe a apporté à la nouvelle venue la trésorerie nécessaire. De même, Cabre bénéficie provisoirement des fonctions supports de la maison mère. Plus que centenaire, "Tommasini a plusieurs fois été sauvée parce qu’une entité allait mal et que d’autres se portaient mieux, sans mélanger les deux", considère son dirigeant, qui a réalisé l’opération sur fonds propres.
Une stratégie que le groupe applique actuellement à son activité de promotion immobilière, jugée moribonde par les temps qui courent… Tommasini entend toutefois la préserver, convaincu qu’il lui faut faire le dos rond durant les deux prochaines années, pour passer le cap de la tempête. "Cette activité nous a sauvés à une certaine époque. Nous avons décidé de ne pas réduire nos structures, parce que nous pensons qu’à cet horizon, ça ira mieux. Nous avons choisi de persévérer dans la promotion. Le but, c’est de pérenniser le groupe, en sauvegardant au mieux l’emploi", complète-t-il.
Compétences et maillage renforcés
Côté Cabre, des recrutements sont attendus au prochain semestre et une organisation renforcée pourrait voir le jour dans quelques mois. Le président du groupe n’en fait pas mystère : "Il y aura des changements, mais c’est encore trop tôt pour savoir quand". Une fois la tempête passée, Tommasini pourra penser feuille de route et synergies. Les compétences maîtrisées par Cabre élargissent en tout cas son terrain de jeu. La nouvelle entité, qui gardera son identité, affiche deux filiales : MFGD, spécialisée dans le ravalement et la rénovation de façades, et Urbain, qui exerce dans la peinture et les revêtements muraux.
Cette intégration lui permet d’investir de nouveaux métiers, dont ceux de la rénovation par l’extérieur des bâtiments. Tommasini devrait aussi renforcer sa présence auprès des copropriétés privées, concernées en grand nombre par les rénovations thermiques, via MFGD. Cabre lui permet aussi de s’ancrer plus profondément dans le Pas-de-Calais et, a fortiori, sur le littoral où le groupe était peu représenté, en comparaison de sa visibilité dans la métropole lilloise. "Ce n’est pas l’objectif à court terme", esquisse le dirigeant, "mais si Cabre satisfait demain une clientèle sur Calais ou Béthune, cela permettrait que d’autres entités du groupe viennent aussi y travailler".
Vers une transmission à la quatrième génération
Mettre un pied hors des frontières du Nord et du Pas-de-Calais ? Là, n’est pas la question. Le patron de l’entreprise, à l’actionnariat 100 % familial et qui entend se concentrer sur le quotidien, se dit prudent et raisonné. Fondé en 1922, "le groupe dure puisqu’il a réussi à ne pas distribuer ses réserves". "Ce qui lui a permis différentes acquisitions, jusqu’à celle-ci aujourd’hui", estime cette figure du patronat du secteur, passé par la Fédération Française du Bâtiment et le MEDEF. Une pérennité qui implique aussi d’accepter de stopper certaines activités, comme la branche désamiantage de Tommasini Construction, récemment arrêtée en raison d’un manque de bénéfices. "Nous avons proposé un reclassement à tout le monde", assure le dirigeant. Dans un futur plus lointain, la continuité du groupe centenaire pourrait passer par le développement d’autres activités, le rachat d’autres sociétés et la transmission à la quatrième génération, en train d’être formée à prendre le relais. Seul membre de la famille à travailler dans l’entreprise fondée par son grand-père, Olivier Tommasini prépare l’avenir avec ses frères et sœurs. "C’est un travail à dix ans. J’essaie de m’inspirer modestement des grands groupes de la région qui perdurent de cette façon".