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Le Groupe Barba se réinvente autour de ses marques et de ses valeurs
Béziers # Agroalimentaire # Stratégie

Le Groupe Barba se réinvente autour de ses marques et de ses valeurs

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Depuis les criées de l’Hérault jusqu’au grand export, les Barba ont construit un leader dans les produits de la mer transformés. À Béziers, les frères Hervé et Benoît pilotent un groupe centenaire tourné vers l’avenir, pariant sur sa croissance commerciale mais durable.

Hervé et Benoît Barba, aux côtés de leurs parents Danielle et Henri, incarnent la 5e génération du groupe — Photo : Emmanuel Perrin

L’histoire du Groupe Barba est celle d’une lignée de poissonniers devenue, en un siècle, un acteur de taille internationale (110 salariés, CA 2024 : 65 M€). Leader français de la transformation des produits de la mer, l’industriel biterrois continue d’avancer avec la même passion fondatrice que celle de Pascaline, arrière-arrière-grand-mère des dirigeants actuels, qui, dès les années 1920, achetait du poisson sur le port de Valras-Plage pour le vendre dans l’arrière-pays.

La modeste affaire familiale se renforce au fil des générations, entre les années 1950 et 1970, avec les arrivées des arrière-grands-parents Ninon et Lucien qui créent une poissonnerie aux Halles de Béziers, puis des grands-parents Jacqueline et Francis. "L’affaire a grandi sans transition. Toutes les générations travaillaient ensemble en se répartissant les tâches. En accompagnant notre mère qui à l’époque travaillait à la poissonnerie, nous avons eu l’occasion, avec mon frère, de nous initier à la vente au détail", raconte Hervé Barba, qui codirige le groupe avec son frère Benoît.

Le flux porteur du mareyage

Leur père Henri Barba arrive dans l’entreprise en 1977. Il devient précurseur pour certains produits congelés, et pour d’autres produits frais en provenance des côtes atlantiques. Puis, réceptionnant du poisson de Méditerranée dans un atelier de Valras-Plage, il lance une activité de mareyage pour vendre ses produits, sur la criée de Sète, aux poissonniers venus s’approvisionner. Avant de s’ouvrir aux grossistes français. "Le travail consistait à acheter du poisson en criée le soir, puis de le mettre en caisse pour les expéditions. Nous avons suivi le même modèle en démarrant l’export vers l’Espagne et l’Italie", souligne Hervé Barba.

Un savoir-faire pionnier

La société, devenue Barba et Fils, loue ensuite un autre atelier à Sète, face à la criée, pour réduire les temps d’expédition. Henri Barba commence à acheter du thon rouge, d’abord aux mareyeurs locaux, puis en s’appuyant sur des thoniers directement. Il pose les bases d’une nouvelle activité qui voit, en 1993, la construction d’une première usine de 800 m2 à Frontignan, afin de travailler toujours plus de thon rouge, et de muscler l’export. Rebaptisée Barba Marée, la société est alors la première en France à en exporter vers le Japon, gros consommateur de ce poisson. "Nos clients japonais envoyaient des techniciens, chaque été, qui nous apprenaient à sélectionner les thons et les découper. Ils nous ont transféré leur savoir-faire pour découper les longes de thon, de gros blocs de 10 kg emballés puis mis en caisse, sous glace, que nous destinions à la grande distribution et aux premières centrales d’achat", poursuit le dirigeant.

Un maillage international

Pionnière sur la découpe de longe de thon, la PME familiale gagne rapidement des parts de marché. Elle décline ce savoir-faire en proposant des blocs plus petits, mis sous vide, qui plaisent aussi aux restaurateurs. L’entreprise conforte son avance en proposant, ensuite, les premières longes d’espadon, qu’elle achète congelé en Espagne, en Asie, et en Amérique du Sud. Dans les années 2000, la société démarre aussi les importations de thon frais pour être fournie hors saison estivale. Elle doit, au fil de ses activités, élargir ses sources d’approvisionnement, notamment pour le thon frais (Maldives, Sri Lanka, Brésil…). "À cette époque, mon frère et moi passons encore par tous les postes dans l’entreprise, pour bien maitriser le métier, de la vente le matin aux achats en criée le soir, en passant par la production. Nous avons ouvert le marché l’approvisionnement depuis l’Équateur, tous les deux, suite à un déplacement périlleux à l’âge de 20 ans ", sourit Hervé Barba. Barba Marée a aussi été précurseur, en 2007, sur l’importation de thon congelé à -60°C en provenance de Corée du Sud, "pour offrir à nos clients des produits de qualité asiatique constante, toujours disponible pour permettre le développement des nouvelles enseignes de restaurants japonais et autres sushi bars".

Un puissant outil industriel

En forte croissance, et malgré deux extensions successives de l’usine, passée à 3 500 m2, la PME se trouve à l’étroit à Frontignan. En 2014, elle lance la construction d’un nouveau site industriel de 6 000 m2 à Béziers, où elle injecte 10 millions d’euros. Outre le désir de renouer avec ses racines, l’implantation s’explique aussi par la proximité de l’autoroute A9, qui réduit les temps de trajet avec Barcelone. L’entreprise y exploite, depuis 2012, une unité dédiée à la transformation de céphalopodes, une troisième famille de produits. Car la décennie 2010 voit l’entreprise se réinventer en Groupe Barba : tandis que son activité de mareyage s’éteint peu à peu, elle enchaîne les créations de marques, depuis la première en 2008 ("La Criée des Saveurs", des steaks en barquettes) jusqu’aux plus récentes "Fish Up", "Myasashi", etc.

La RSE, un axe prioritaire

Si Henri Barba reste officiellement PDG, ses fils Hervé et Benoît ont pris les manettes du groupe en 2019. Ils ont fait du siège le vecteur de ses nouvelles ambitions. D’une part sur le plan économique, en préparant une nouvelle stratégie export (15 % du CA à ce jour), vers l’Europe du Nord et de l’Est, sans oublier le Sud avec l’Italie et les marchés Ibériques.. Mais aussi sur le plan de la RSE, devenue centrale aux yeux d’Hervé Barba. "J’ai observé un manque de connaissance des clients et des autres parties prenantes sur notre activité. Pour développer un business durable, transparent, il faut donc leur fournir un service, en leur apportant de l’information en plus du produit", estime-t-il. Ainsi, pour faire passer ses messages, le Groupe Barba ouvre ses portes : l’usine est dotée d’une galerie de visite et d’une cuisine de mise en œuvre où il reçoit des écoles et des clients, avec leurs propres clients, ou leurs commerciaux, et acheteurs….

Dans l’après-Covid, il a aussi créé Maison Pantuna, une marque de baskets fabriqués avec des cuirs italien, français, mais aussi du cuir issu du recyclage de peaux de thon. "Nous avons investi pour montrer que c’était possible. C’est une démarche nécessaire pour faire de la RSE un de nos modes de fonctionnement", conclut Hervé Barba.

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