Bordeaux
Le coup de gueule de la CPME contre l’ouverture de Primark
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Le coup de gueule de la CPME contre l’ouverture de Primark

Le président de la CPME Gironde, Serge Marcillaud, s’interroge sur le déséquilibre commercial créé par l’ouverture prochaine d’un magasin Primark à Bordeaux-Lac. Il dénonce, dans une tribune que nous publions, le court-termisme et s’inquiète des conséquences pour le commerce de centre-ville.

« La semaine dernière était posée la première pierre du chantier de l’extension du centre commercial Bordeaux Lac avec, comme enseigne phare « Primark », mastodonte européen (irlandais en l’espèce) de l’équipement de la personne. La fréquentation supplémentaire espérée par l’opérateur Immochan s’élève à plus de 3 millions de personnes! Evénement considérable à plusieurs titres. Le montant de l’investissement d’abord, 22 millions d’euros, la volonté de densifier le deuxième pôle commercial d’aquitaine ensuite, qui affirme déjà attirer 8 millions de clients annuels. On peut s’interroger sur les raisons qui ont conduit Primark à préférer s’installer hors centre-ville. Elles sont certainement multiples MAIS faut-il les accepter comme déterminantes ? Force est de constater que Bordeaux n’est pas à l’abri des problèmes de vacance qui frappe les locaux commerciaux des centres ville. St Christoly, Les Passages de Mériadeck, Habitat, voire le Virgin en sont les premiers symptômes. Ce phénomène est, depuis quelques années, amplifié par la volonté des enseignes dynamiques d’offrir les mêmes offres en périphérie et centre-ville (Uniqlo, Fnac…). Et maintenant, pour la première fois, dans la métropole bordelaise, la banlieue présentera une offre unique d’équipement de la personne ! »

Vision simpliste et court-termiste

« Conséquence évidente: l’attractivité du commerce de centre-ville sera amoindrie et sa fréquentation largement réduite. Ainsi le commerce indépendant sera particulièrement touché. Même si de nouveaux commerçants ont investi certains quartiers avec une offre moderne et créative, le compte n’y est pas. Nombreuses sont les études qui démontrent l’essoufflement du modèle des centres commerciaux de banlieue, l’essor remarquable et continu de l’ e-commerce participant à ce phénomène. Même constat en ce qui concerne les marques d’habillement qui souffrent de plus en plus des nouvelles habitudes de vie. Dans ces conditions, il importe, et c’est légitime, que les propriétaires investisseurs trouvent des relais de croissance. Ce peut être en créant de l’offre loisir ou assimilée ou bien comme l’exemple Primark le montre, en créant du trafic supplémentaire. Cette vision est simpliste et court-termiste et ne peut conduire qu’à de graves difficultés. À cela on répond que Primark offrira près de 300 emplois ! C’est sans doute exact mais dans le même temps combien d’emplois perdus dans le commerce du centre-ville et ce en dépit de l’afflux touristique dont on sait que les dépenses sont surtout concentrées sur l’hébergement et la restauration, la clientèle croisiériste mise à part. »

Refus du fait acquis

« À la CPME nous pensons qu’il est indispensable que la collectivité définisse et fasse respecter fermement sur le territoire métropolitain les éléments d’un juste équilibre entre les différents pôles commerciaux, centre-ville y compris. Elle doit également appuyer le commerce indépendant innovant, créateur d’emplois stables. Elle doit enfin aider à la suppression des friches existantes. Elle a su agir il y a quelques années lors de la "crise" des locaux bancaires n’hésitant pas à brandir l’arme du droit de préemption! Elle doit revenir sur ce terrain. La CPME, consciente des enjeux d’aménagement urbain, favorable à l’innovation et à la créativité est prête à participer à ces travaux, aux côtés des élus et des chambres consulaires, pour assurer un cadre de vie harmonieux à nos concitoyens en refusant de considérer la mort du commerce indépendant comme un fait acquis ».

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