Le groupe Lempereur, acteur incontournable de la concession automobile en Hauts-de-France (850 salariés, 42 concessions), vient d’investir un million d’euros dans un nouveau bâtiment industriel à Arras (Pas-de-Calais). Ce site-laboratoire a vocation à imaginer la carrosserie de demain, plus résistante et adaptée aux nouvelles motorisations. "Nous avons besoin de plus de technicité. Il faut que l’on se spécialise dans ce dont la voiture électrique a besoin", éclaire Maxence Lempereur, directeur général du groupe, qui évoque également un renforcement de l’activité pneumatique sachant que les pneus ont tendance à s’user plus facilement sur un véhicule électrique. Loin de tourner le dos au thermique, le concessionnaire réfléchit à une extension de son activité pour durer dans un marché automobile en mutation. "Le groupe a toujours su prendre les bons virages quand il le fallait", philosophe Jean-Paul Lempereur, VRP emblématique de l’automobile en région et fondateur de l’entreprise. "Il n’y a rien de pire dans nos métiers que de rester immobile".
Une base minière
Pas le genre de Jean-Paul Lempereur, qui écrit les premières pages de l’histoire de son groupe en 1987, juste après avoir fait ses premières armes comme vendeur chez Datsun (Nissan), qu’il quittera pour ouvrir la première concession BMW de Roubaix. "J’ai toujours eu cette envie de grandir", confie l’entrepreneur qui tombe sur une petite annonce d’Opel, qui recherche alors à renforcer son réseau dans le Nord de la France. Il est aussitôt envoyé à Courrières, dans le bassin minier. Il y restera jusqu’en 1995, en attendant de se constituer "son trésor de guerre" pour faciliter son expansion. Satisfaite de ses résultats, la marque lui confie Lens (1997), puis Béthune. Suivront Arras, Saint-Omer et d’autres, au rythme d’un rachat tous les deux ans. Jusqu’en 2000, année où Mario Monti, alors Commissaire européen à la Concurrence, s’attaque aux pratiques anticoncurrentielles dans le secteur automobile, pour libéraliser davantage le marché de la distribution dans l’Union européenne.
L’appel du multimarque
"J’aurais pu continuer à me développer avec Opel… mais j’ai fait le choix du multimarque", justifie le dirigeant. Lempereur reste donc dans son territoire, en allant chercher des parts de marché ailleurs. Pour faciliter les choix du client, il lance un village automobile à Liévin (Pas-de-Calais), "le premier de France", assure Jean-Paul Lempereur. Un site fort de 25 000 m² d'espaces de vente, qui rassemble dix marques et permet au décideur de se constituer son réseau et des relations qui perdurent. Un capital d’importance, alors que la relation client évolue. "Avant, le client venait physiquement à la découverte du produit. Il se déplaçait cinq à sept fois pour acheter une voiture. Avec le web, il ne vient plus qu’1,2 fois. Vous avez intérêt à lui réserver le meilleur accueil".
Pionnier sur les villages auto et moto
Sept années plus tard, il duplique le concept du village liévinois à Beaurains, dans l’Arrageois, où le groupe établit son siège social, avant de déménager son QG à Dechy (Nord), dans le Douaisis, où il a monté son dernier village auto sur 50 000 m² en 2016, qui rassemble quelque 200 emplois. Depuis 2021, Lempereur a élargi son catalogue de références à la moto, par l’intermédiaire de BMW au départ… avant d’ouvrir, deux ans plus tard, son premier village moto, aux portes d’Arras, à Sainte-Catherine. "Il faut que cela devienne le rendez-vous des motards en région", ambitionne Jean-Paul Lempereur, qui continue d’y mener des investissements (un restaurant doit ouvrir prochainement). Un pas vers la diversification par laquelle il revendique d’adresser les mobilités au sens large (une discrète mention "mobilité" orne d’ailleurs désormais le logo du groupe).
Une vision plus écologique
Une période de transformations qui coïncide aussi avec l’arrivée du fils, Maxence, dans l’entreprise. Malgré sa passion pour l’automobile, ce dernier n’était pas destiné à rejoindre le groupe, se heurtant aux réticences de ses parents, craignant que cela génère des tensions intrafamiliales. Mais après un cursus mené entre Grenoble et New York, il convainc son père de lui laisser faire ses armes dans le secteur, en contribuant au lancement de la concession Volvo de Douai en 2017. Dans la foulée, il prendra la gestion de la marque au sein de l’entreprise pendant quatre ans, avant d’accéder à la direction générale groupe en 2020. "Maxence a une vision beaucoup plus écologique que moi", concède son père. Le laboratoire arrageois autour des mobilités électriques en est une des premières concrétisations. Mais l’heure est plutôt à l’observation.
Une croissance régionale
Le groupe, bâti par concentration, devrait poursuivre son expansion pour maintenir son rang. "Nous ne sommes pas des prédateurs, notre ambition est de grandir selon une logique de marques et de territoire", assure Jean-Paul Lempereur. En cinq ans, l’entreprise a recruté quelque 500 collaborateurs, pour compter au total 850 salariés, et atteint 500 millions d’euros de chiffre d’affaires. Resté longtemps fidèle au Pas-de-Calais – il sponsorise le RC Lens dont Jean-Paul Lempereur est désormais administrateur –, le groupe Lempereur s’est étendu à Dunkerque, Valenciennes, puis Lille en 2024. Avec la moto, il a même un pied dans la Somme. Avec l’arrivée de Maxence, il faut créer de nouveaux challenges", conclut Jean-Paul Lempereur.