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Le cluster Vinseo étudie quatre futurs possibles pour la vigne
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Le cluster Vinseo étudie quatre futurs possibles pour la vigne

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Rassemblant les fournisseurs de solutions à la filière viticole, Vinseo publie une étude prospective sur l’impact du changement climatique. Elle établit quatre scénarii à l’horizon 2045, permettant au cluster régional de formuler ses propositions aux décideurs pour mieux s’y préparer.

Vinseo veut booster la résilience de la viticulture en Occitanie, premier vignoble français avec un tiers de la production nationale — Photo : Institut Agro

Deux ans de travaux ont été nécessaires au cluster régional Vinseo (100 adhérents, 4 000 emplois, CA cumulés : 1,5 Md€), qui rassemble les industriels et les chercheurs au service de la vigne et du vin, pour conduire sa nouvelle étude prospective. Titré "Anticiper pour ne pas subir", le document est nourri par l’ambition d’être proactifs face à l’impact de la crise climatique dans la filière viticole (plus de 80 millions de m3 d’eau ont manqué en 2024). Le groupe de travail, qui associait des entreprises (Ertus Group, Pellenc, Natoli…) et des institutionnels (France Agrimer, Institut Agro…), a écrit 4 scénarii possibles pour 2045.

Pour chacun d’eux, Vinseo fait des préconisations afin d’éclairer les décisions à venir des professionnels et des pouvoirs publics, en rappelant que certains de ses adhérents mettent déjà en œuvre des moyens d’action. "Il faut souligner l’importance du long terme pour la viticulture, alors que le changement climatique s’intensifie. En partageant cette prospective, nous voulons aider la filière à être plus innovante et résiliente", résume Gwenaël Thomas, président de Vinseo.

Priorité à l’innovation numérique

Un premier scénario ("Les traditions évoluent") imagine un futur où le numérique rend la viticulture plus précise et réduit son empreinte carbone. Mais la crise climatique augmente les incertitudes sur les rendements au sud de la France, si bien que le barycentre de la vigne se déplace vers le Nord. Les adhérents de Vinseo proposent ici de booster la veille technologique afin de diffuser largement les solutions innovantes. Ils insistent aussi sur la formation et le développement des compétences utiles pour être acteurs sur ces sujets auprès des institutions.

Le cluster rajoute qu’un projet de plateforme numérique assurant le suivi des données de la vigne à la bouteille, baptisé "Wine Pilot", est en cours de création avec la start-up montpelliéraine Food Pilot. Dans une démarche similaire, Florian Ceschi, directeur du cabinet de courtage montpelliérain Ciatti Europe, témoigne. "Nous assurons la mise en relation entre producteurs et acheteurs. Or, la période actuelle se caractérise par une accélération des délais de tous les opérateurs, ce qui suppose d’avoir un support numérique adapté. Nous faisons donc évoluer notre logiciel : d’abord conçu pour piloter nos process internes, il deviendra un portail extranet ouvert aux opérateurs sous forme de marketplace".

Anticiper la transition économique

Dans un deuxième scénario ("Les plus durables gagnent"), une tendance forte à la durabilité se diffuse dans la filière, qui réduit son utilisation de pesticides et optimise sa gestion de l’eau. Toutefois, dans un climat géopolitique tendu, cet effort d’innovation produit des résultats peu visibles, ce qui conduit à une forte sélection des exploitations. Celles qui survivent doivent souvent ouvrir leur capital. Vinseo en conclut qu’il faut accompagner la transition des exploitations vers d’autres modèles économiques. Face au besoin croissant en technicité, le cluster propose aussi de jouer à plein son rôle de centre de R & D pour booster la durabilité de la filière.

Témoignant à son tour, le réseau de fournisseurs d’intrants Agrosud indique qu’il travaille depuis 20 ans pour mieux prendre en compte les demandes sociétales, favorables à une viticulture plus durable. "Les attentes sociétales sont intégrées à notre plan stratégique. Nous avons créé une unité d’expérimentation de produits alternatifs aux phytosanitaires : en lien avec la recherche, nous testons par exemple la confusion sexuelle (méthode biotechnique limitant la reproduction des ravageurs, NDLR) sur 50 000 hectares. Les trois quarts de notre activité concernent aujourd’hui des produits d’agriculture biologique, et nous arriverons à 100 % dans les 10 ans", annonce Jean-Paul Palancade, directeur d’Agrosud.

S’organiser et voir loin

Enfin, l’étude prospective aborde deux dernières hypothèses. D’une part, elle évoque pour 2045 une évolution vers une dualité de marché, divisé entre les marques à gros volumes et les produits issus des vignes-jardins périurbaines. Vinseo propose de promouvoir les circuits courts et d’identifier les structures qui resteront sur le marché et continueront à créer de la valeur. D’autre part, l’ultime scénario décrit, dans un climat de récession économique, une filière en déclin peinant à se transformer. Pour limiter la perte d’attractivité qui s’ensuit, le cluster préconise de favoriser l’accès au foncier et de promouvoir les capacités innovantes de la filière auprès des vignerons.

Lors d’une table-ronde organisée à cette occasion, les professionnels partenaires et clients de Vinseo ont été invités à réagir aux conclusions de l’étude. Face à la part prise par la viticulture bio dans ces scénarii, Olivier Goué, directeur de l’association Sudvinbio, rappelle que 24 % du vignoble occitan a déjà franchi le pas. "Il faut communiquer encore plus que ne le dit cette étude, car c’est le nerf de la guerre. À côté des salons professionnels, il faut viser le client final, comme nous l’avons fait en 2024 à Montpellier en créant la Fête du vin bio, ou en lançant un site web de référence pour l’éducation du grand public", évoque-t-il. Pour sa part, le producteur Pierre Colin, administrateur à la Chambre d’agriculture de l’Hérault, souligne l’importance de la diversification parmi les pistes explorées : il rappelle la création d’une filière régionale autour de la grenade depuis 2012. "Si l’arrachage augmente, nous allons libérer des terrains pour la diversification. Mais cela suppose des compétences. Or, dans l’agriculture, l’expérimentation s’appuie sur une récolte par an, donc sur un seul essai par an. Pour nous organiser et nous aider à voir loin, nous aurons besoin des compétences existantes au sein de Vinseo", se projette-t-il.

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