Le vent est parfois imprévisible. Ce fut le cas lors de la présentation officielle du plus grand cargo à voiles du monde, le Neoliner Origin, ce lundi 13 octobre à Nantes. Le magnum de champagne, accroché selon la tradition à une corde, devait être brisé contre la coque lors de la cérémonie. Elle aura explosé quelques heures avant la cérémonie, à cause du vent. Il faut dire que l’armateur Neoline, dont c’est le premier navire, ne devrait pas avoir de mal à trouver d’autres bouteilles. Le nantais compte parmi ses chargeurs Hennessy ou encore Rémy Cointreau. À leurs côtés, on compte également le constructeur d’Ancenis Manitou, le vendéen Beneteau, ou encore Renault, Clarins, Longchamp, et la Fournée dorée.
Un voyage retour encore à rentabiliser
Neoliner Origin prendra la mer pour traverser l’Atlantique pour la première fois ce mercredi, et relier ainsi Saint-Pierre-et-Miquelon, Halifax (Canada), et Baltimore (États-Unis). "C’est une ligne régulière, qui mettra 28 jours pour un aller-retour", note Madeleine Poulin Poirier, responsable commerciale de Neoline. Avec 13 membres d’équipages, et jusqu’à 12 passagers suite à un partenariat avec Sailcoop, le navire aura une marge de manœuvre pour accueillir d’autres techniciens, avec une capacité maximale de 32 personnes à bord.
Ce top départ des traversées transatlantiques représente à la fois un aboutissement pour toute la filière vélique, mais également un moment de vérité. "Il y a de la tension et du stress : il faut maintenant démontrer que nous sommes bien capables de diviser par cinq la consommation du fuel, et que commercialement ça se passe bien pour nos chargeurs", appuie Jean Zanuttini, président de Neoline. Pour cette première traversée, Neoliner Origin a un taux de remplissage de 75 % à l’aller, et de 30 % pour le retour. Des chargeurs américains doivent donc encore être convaincus, avant d’atteindre la rentabilité espérée d’ici un an.
Un tiers des volumes US de Manitou
Le chargement maximal du navire représente jusqu’à 20 000 mètres cubes, ou 5 300 tonnes. "Nous avons commencé à travailler ensemble il y a dix ans avec Neoline, afin de faire en sorte que la plupart de nos bateaux, même des catamarans jusqu’à 40 pieds, puissent embarquer à l’intérieur du Neoliner", pointe Erwan Faoucher, directeur achat et innovation de Beneteau.
De son côté, Manitou a mis à bord 27 machines pour cette première traversée. "Sur cette année, nous envisageons de transporter environ un tiers de nos volumes américains à la voile. À terme, nous pourrons viser 50 %", espère Michel Denis, directeur général de Manitou.
Des voiles pionnières
Ce navire, considéré comme le plus grand cargo à voiles du monde, représente une grande première pour les voiles géantes qui l’équipent : deux SolidSail, un modèle mis au point par les Chantiers de l’Atlantique. "Elles tournent à 360 degrés en fonction du vent. Leur durée de vie est équivalente à celle du navire, soit au moins une trentaine d’années, sachant que chaque panneau en composite et fibre de verre, peut être remplacé", livre Jean Zanuttini.
Ces mâts peuvent également être inclinés, ce qui a été nécessaire par exemple pour passer sous le pont de Saint-Nazaire, ou de Cheviré, à Nantes. Ces mâts vont bientôt avoir leurs homologues, avec la construction en cours des voiliers de croisière du groupe hôtelier Accor, par les Chantiers de l’Atlantique.
Des perspectives liées aux soubresauts géopolitiques
Si ce cargo Neoline est l’aboutissement d’un projet mené depuis plus de 10 ans, les annonces récentes de taxes douanières du président américain pourraient jeter un coup de froid sur la filière. "Nos chargeurs subissent l’augmentation des droits de douane. Mais ils sont pour l’instant au rendez-vous et nous avons aussi la chance de desservir le Canada", précise Jean Zanuttini.
La prochaine étape pour Neoline sera de réunir les financements pour un second navire équivalent, soit environ à nouveau 70 millions d’euros. "Nous aimerions lancer cette construction en milieu d’année prochaine, mais bien sûr le contexte politique ou économique peut très fortement influencer ce projet, et induire du retard", explique Michel Pery, ancien commandant de cargos et du trois-mâts Belem, et aujourd’hui président de Neoline et Associés. L’armateur, qui se montre prudent sur le calendrier, porte l’ambition à plus long terme de navires plus longs d’une trentaine de mètres, et équipés d’un gréement supplémentaire. Bien sûr, il y aura d’ici-là d’autres bourrasques géopolitiques, et d’autres imprévus. Mais Neoline se tiendra prêt, avec toujours une bouteille de secours dans ses cales.