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Laurent Chébaut construit sa vie de briques et de blocs
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Laurent Chébaut construit sa vie de briques et de blocs

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Basé à Orvault, Laurent Chébaut pilote plusieurs jeunes pousses — Club Nec, 4 the Start, Kaptia, Eva et Koudekla — et investit avec l’énergie d’un homme qui n’aime pas les temps morts. Quand la pression monte, il coupe. Pas avec une appli de méditation, mais avec des briques LEGO. Et quand il lui reste du temps, il lance une BD sur le bitcoin.

Laurent Chébaut, multi entrepreneur, investisseur, fan de LEGO et de bitcoin — Photo : David Pouilloux

L’aventure d’une vie commence parfois par une blessure. Laurent Chébaut le raconte sans détour, ce qui aurait pu le détruire va le pousser à se construire : " J’avais un prof de maths en troisième qui m’a dit que je n’arriverais à rien dans la vie. Je pense que c’est resté longtemps ancré en moi, et cela m’a motivé pour lui prouver qu’il avait tort. " À l’époque, au collège, l’informatique, qu’il adore, n’a pas encore la cote, pas seulement auprès du professeur de maths. " On passait pour des geeks, se souvient-il. Des mecs qui passaient leur temps à s’amuser ". Lui, au contraire, y voit un terrain de jeu et une opportunité. " J’ai toujours eu envie d’entreprendre, depuis gamin ", se souvient-il. Le lycéen cherche à financer ses besoins en techno par lui-même. " En seconde, je montais des ordinateurs et je les revendais. J’allais à la sortie de la Fnac et je disais aux gens qu’au lieu de payer ça, pour le même prix, je leur fais un meilleur ordi. " Il pose déjà ses bases : détecter un besoin, proposer une solution, et gagner sa vie.

Des casquettes et des briques

Aujourd’hui, le lycéen a bien grandi. À Orvault, le quadra empile les casquettes comme d’autres empilent les briques. Multi-entrepreneur, investisseur, Laurent Chébaut anime une équipe de cinq salariés, fait appel à des indépendants, et surtout pilote une constellation de jeunes pousses : Club Nec (un réseau d’éducation financière et d’investissement), 4 the Start (accompagnement d’entrepreneurs et d’investisseurs, notamment dans le sport), Kaptia (studio d'enregistrement et de production de contenus avec l'appui de l'IA), Eva (club d’investissement immobilier) et Koudekla (studio de communication stratégique et marketing orienté performance)… " Il y a des gens qui disent qu’il faut être focus sur un truc, un seul business. Moi, j’aime gérer plusieurs feux en même temps ", dit-il. Et il ajoute un argument de chef d’orchestre : " Les activités de mes start-up sont des vases communicants. Quand l’une est un peu juste sur le plan du chiffre d’affaires, l’autre compense. " Cette diversité, ce rythme, il le sait, n’est pas fait pour tout le monde. Ceux qui l’accompagnent en parlent souvent avec le même sourire : ça va vite, ça part dans plusieurs directions. Il le confirme : " Quand on est dans mon sillage, on ne s’ennuie pas. "

Les LEGO comme bouton off

Et quand la pression monte, quand le cerveau sature, le quadra a sa méthode : s’asseoir, ouvrir une boîte de LEGO, suivre la notice, et laisser le monde extérieur se taire. Chez lui ou sur son bureau, la passion prend la forme de pièces monumentales : une Tour Eiffel d’un mètre cinquante, une Ford Mustang, un Mario Kart, et, en cours de montage, une maison Tudor. " Je n’aime pas les LEGO créatifs. Moi, je suis la notice. Je ne veux pas imaginer, je ne veux pas que mon cerveau se mette en surchauffe ", confie-t-il. C’est précisément ce qu’il vient chercher : une parenthèse où l’esprit n’a pas à inventer, seulement à exécuter, jusqu’au clic final. "Les LEGO me permettent de rentrer dans mon monde et de couper, et j’aime partager ces moments avec mes deux enfants. " Et, comme en entreprise, il y a une règle qu’il se fixe : "Quand je commence, il faut que j’aille au bout. "

Des briques aux blocs de la blockchain

Aux briques de LEGO se sont ajoutés, plus récemment, les blocs d’une autre construction et d’une autre passion : le bitcoin. Le bitcoin a été imaginé en 2008 par un développeur resté anonyme sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, avant d’être mis en circulation en 2009. C’est dix ans plus tard que la cryptomonnaie l’a séduit par son principe autant que par sa philosophie. "J’ai aimé le concept de liberté, d’indépendance vis-à-vis des banques, des états", explique-t-il. L’existence de cette monnaie cryptée repose sur la blockchain. Grâce à cette technologie, les transactions sont regroupées dans des " blocs ", validés puis ajoutés les uns aux autres pour former une chaîne infalsifiable. Chaque bloc cryptographique s’emboîte dans le précédent, comme une construction logique et irréversible. Une architecture numérique où rien ne s’efface, où tout s’additionne, s’emboîte à la manière de pièces de LEGO…

Le Bitcoin, un actif rare

Laurent Chébaut, multi entrepreneur, investisseur, fan de LEGO et de bitcoin — Photo : David Pouilloux

Après ce coup de foudre, Laurent Chébaut s’est mis à transmettre cette passion. Il anime des ateliers " crypto pour les nuls ", pour vulgariser un sujet qu’il juge encore mal compris. Il aide aussi des footballeurs à investir dans cette valeur refuge, dont le cours peut-être volatil, comme le battement d’un cœur. Et il s’est retrouvé à l’initiative d’une bande dessinée consacrée au bitcoin, associant Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, médiatique jury de l’émission Qui veut être mon associé ?, et l’auteur-éditeur Clément Grandjean.

Le bitcoin ? Laurent Chébaut y voit beaucoup d’avantages. À ses yeux, la reine des cryptomonnaies ne relève pas d’un effet de mode, mais d’un changement plus profond de l’écosystème d’échanges de valeur. "Ce n’est pas juste une tendance. C’est une nouvelle manière de stocker et de transférer de la valeur grâce à des actifs numériques." Sur le plan patrimonial, il adopte une approche mesurée. "Je ne suis pas dans l’idée de remplacer l’euro. Pour moi, c’est complémentaire. C’est un actif rare, dont la quantité est limitée à 21 millions, qui peut avoir sa place dans une stratégie de diversification." Et bientôt dans la vie quotidienne : "Je pense qu’un jour, on pourra payer sa maison en bitcoin".

Détail savoureux : il faut croire que ce rendez-vous avec le bitcoin était inéluctable dans la vie de Laurent Chébaut. "Mon père a travaillé autrefois dans l’usine Alcatel, à Orvault, pas très loin de mes bureaux. Après la fermeture de ce site industriel, une nouvelle entreprise s’est installée, la première ferme de minage d’Europe, le BigBlock DataCenter, pilotée par Sébastien Gouspillou. Une ferme numérique où l’on créait des blocs de la blockchain." Tout nouveau bloc créé ou "miné" permet de récupérer un peu plus de 3 bitcoins.

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