Dès la création d’Emily’s Pillow en 2020 à Bordeaux, les ventes ont décollé. Où en est la marque aujourd’hui ?
Dès la première année nous avons envoyé 15 000 commandes. Aujourd’hui cumulons 15 millions d’euros de chiffre d’affaires (dont 4 M€ en 2024, 5 M€ estimés en 2025), 300 000 produits vendus, distribués dans 16 pays. Nous sommes 15 personnes, dont six CDI. En France, nous sommes n° 1 de la vente de taies d’oreillers en soie. On entre au Bon Marché à Paris en octobre et dans tous les Galeries Lafayette de province. Notre objectif est de devenir n° 2 mondial (le n° 1 est australien Slip Silk, il existe depuis 20 ans) en conservant notre stratégie : rester spécialisés sur le "beauty sleep" (beauté du sommeil), avec les taies d’oreiller en soie (70 à 80 % des ventes), des draps, des turbans (développés avec l’Institut Bergonié à Bordeaux), bonnets, masques, pyjamas et chouchous.
Vous vous attaquez désormais à l’Amérique du Nord, en quoi est-ce un marché majeur ?
Nous réalisons 75 % de nos ventes en France. Avec l’Amérique du Nord on compte les tripler facilement à horizon 2029. Le marché est dix fois plus grand que le marché français et la taie d’oreiller en soie y est déjà plébiscitée depuis longtemps. Notre idée est d’être la première marque française spécialiste de la soie à s’exporter à l’international.
"Nous lançons une levée de fonds d’un million d’euros."
Vous vous êtes expatriée avec votre conjoint et vos deux enfants à Montréal (Canada) l’an dernier. Était-ce vraiment nécessaire ? Pourquoi ne pas envoyer quelqu’un d’autre ?
Pour développer un pays, il faut une présence sur place, du réseau donc des contacts physiques ; il faut sentir le pays. Je vois bien que ça va plus vite qu’avec des visioconférences, cela donne confiance. On est à une heure de New York, cela permettra de développer les ventes aux États-Unis et au Canada. Au Québec ça commence à bien prendre. Cela aurait pu être quelqu’un d’autre mais, d’une part cela aurait coûté plus cher, d’autre part c’était un projet personnel et enfin, il n’y a rien de plus impactant qu’une fondatrice qui s’expatrie pour développer un marché. Cela m’a permis d’obtenir un des plus beaux points de vente de Montréal, d’orienter les publicités, avec des expressions locales par exemple. Désormais nous visons le magasin Le Printemps de New York. Il y a aussi un état d’esprit entrepreneur qui tire vers le haut.
Tout y est plus cher aussi…
On a emprunté 600 000 euros pour financer ce développement, créer une filiale. On a désormais tout ce qu’il faut : une RP (chargée de relations publiques, NDLR), un agent, une free-lance qui lance les publicités, une nouvelle image de marque, plus internationale avec un nouveau logo, un nouveau packaging selon les derniers codes graphiques. Tout est effectivement plus cher, les publicités, la communication… Nous lançons en complément une levée de fonds d’un million d’euros, pour l’instant auprès d’investisseurs français et sans accompagnement. On espère boucler premier trimestre 2026.
Est-ce bien le moment de chercher à se développer aux États-Unis ?
On paie nos 20 % de droits de douane qu’on répercute sur nos tarifs. De toute façon nos produits sont vendus plus cher en Amérique, cela reste acceptable. Nous sommes sur un créneau haut de gamme mais qui n’est pas du luxe, et demeure accessible (69 € une taie en France). Et puis les États-Unis vivent normalement, ils ne parlent pas de Trump tous les jours !
Où sont fabriqués vos produits ?
En grande partie en Chine, dans la province historique de la soie Suzhou. Évidemment nous nous sommes assurés des conditions de production, la Chine a bien changé ! Nous proposons aussi des taies confectionnées à Lille à partir de laizes de tissu (15 % des ventes). On a quasi zéro perte ; on attend qu’un stock s’écoule pour le retirer du site.
Qu’est-ce qui plaît tant dans la soie ?
Plus que du linge de maison ce sont des articles "wellness", de bien-être. C’est la matière la plus douce au monde, hypoallergénique, résistante, respirante, qui préserve l’hydratation de la peau et des cheveux, une matière thermorégulatrice. On a une belle raison d’être : contribuer à notre échelle à la douceur et à la beauté de ce monde.
C’est ce qui vous a fait devenir entrepreneur…
J’ai passé 10 ans dans l’aéronautique, j’étais responsable industrielle chez Safran, je m’occupais du réservoir d’huile de l’A350. J’avais le goût de l’entrepreneuriat. L’idée m’est venue un jour. J’utilisais moi-même des oreillers en soie, dont j’étais convaincue des bienfaits. Je dormais sur mon projet ! Aujourd’hui Emily’s Pillow est un véhicule de bien-être pour la société et pour moi. J'ai une forme d'équilibre. Même si en cumulé je dois travailler 50 h/semaine, je vais chercher mes enfants tous les soirs à 17 heures et j’ai mes journées spa tous les deux mois. C’est important et je tiens à le mettre en avant.