À Merville, l'atelier de confection de vêtements professionnels L'Ascenseur tire son épingle du jeu grâce à un savoir-faire reconnu, dans un secteur de niche. Née en 1920 au pied de l'ascenseur à bateaux des Fontinettes à Arques, la société L'Ascenseur a gardé son nom malgré son déménagement à Merville. Aujourd'hui, cette PME textile perdure là où beaucoup d'autres ont mis la clé sous la porte. François Lefebvre, distributeur des vêtements de travail Ligne Bleue à Roubaix, propriétaire du magasin Guss à Lille, rue Gambetta, a repris L'Ascenseur en 1997. Il a fait appel, en 2004, à son frère Philippe Lefebvre pour donner un nouvel élan commercial à l'usine de Merville. Après 15 ans dans les cosmétiques (Sarbec), cet ancien responsable export devait monter une agence immobilière. Il s'est finalement piqué au jeu du textile. «Cette entreprise vivait sous cloche, dans l'ombre. Nous avons pris le pari de maintenir cette activité de production française comme une caution», affiche le gérant tout sourire et jamais à court d'arguments pour justifier les 15 à 20% de surcoût par rapport à ses concurrents asiatiques. «En Chine, il y a une autre étiquette invisible: le social et l'environnement. J'attends qu'on taxe davantage le transport et la délocalisation», revendique Philippe Lefebvre, surnommé l'Astérix de la confection.
Sur-mesure et délais courts L'Ascenseur se démarque avec des solutions sur-mesure et des délais de fabrication courts, généralement de 4 à 5semaines, soit moitié moins qu'à l'étranger, en petites et moyennes séries. «Notre réactivité et la sécurité du délai sont nos points forts.» Philippe Lefebvre a aussi diversifié la production (70.000pièces par an). Aux vêtements professionnels (65% de fabrication, 35% de négoce), sont venus se greffer, presque par hasard sur une demande municipale, les costumes d'harmonies. Ils représentent à ce jour 10% de l'activité. Sachant que la région compte 800 sociétés musicales, ce marché est un bon relais de croissance. «Je ne pensais pas en faire une activité à part entière, mais il y a un besoin», reconnaît-il, intéressé maintenant par les chorales.
Clientèle diversifiée L'Ascenseur bénéficie aussi des commandes annuelles d'une clientèle fidèle. On y retrouve de grands noms de l'industrie, mais aussi des clients atypiques comme Sennelier, l'antre des artistes-peintres à Paris, ou le joaillier suisse Chopard qui s'approvisionnent en blouses. Plus anecdotique, L'Ascenseur fabrique aussi des soutanes. Le combat actuel de Philippe Lefebvre, outre le web, est de contribuer à la féminisation du vêtement de travail, pour répondre à une demande, du bâtiment par exemple. Son CA (900K€ en 2004) a fait un bond de 15% entre2007 et2008. En 4ans, le résultat net est passé de 60 à 160K€. Depuis février, L'Ascenseur n'échappe pas à la crise, avec un recours «homéopathique» au chômage partiel, mais Philippe Lefebvre reste confiant.
Géry Bertrande