L’Armement Porcher fait construire un nouveau navire de pêche hauturière, toujours au chantier naval de Socarenam, dans le Pas-de-Calais, auquel la PME est fidèle depuis 35 ans. L’investissement s’élève à 6 millions d’euros. Le premier armateur indépendant breton (200 salariés, environ 33 M€ de CA) viendra ainsi compléter sa flotte de 14 navires de 25 mètres (dont L’Aventurine, mis à l’eau en 2023), remplaçant un bateau déjà retiré mais dont les quotas de pêche ont été mis en réserve et seront affectés à la nouvelle embarcation.
La France à blâmer, plutôt que l’Europe
Installée à Saint-Alban, dans les Côtes-d’Armor, la PME évolue sur un secteur très réglementé. Mais étonnamment, ce n’est pas à l’Europe que Jean Porcher, le créateur et dirigeant de l’entreprise, en veut, mais bien à la France. Selon l’ancien marin-pêcheur, qui gardait des vaches à 12 ans avant de s’embarquer à bord des Terre-Neuvas à 14 ans, c’est la France, à force de contrôles et de punitions, qui ne rend pas service à la pêche.
Accusé de mal défendre ses professionnels à Bruxelles, l’Hexagone devrait au contraire les récompenser de leur bonne gestion des ressources. "On devrait nous féliciter pour notre travail en ouvrant la porte et augmenter nos quotas de 20 %", estime le dirigeant, désormais âgé de 75 ans.
9 000 tonnes annuelles de poissons et céphalopodes
En attendant cette possibilité d’augmenter les prises, la machine de l’Armement Porcher est bien huilée. Pour ramener à terre leurs 9 000 tonnes annuelles de poissons (lottes et grondins sont parmi les espèces les plus pêchées, tandis que le Saint-Pierre est la plus valorisée) et de céphalopodes, les navires ne reviennent à leur port de Roscoff (Finistère) que durant quatre heures tous les 7 jours. Le reste du temps, ils œuvrent dans la Manche (sans dépasser le rail des Casquets), dans les eaux anglaises ou dans l’Atlantique.
Trop de peu de poissons bretons dans les cantines
Les prises sont, elles, vendues exclusivement sur les criées costarmoricaines de Saint-Quay-Portrieux et Erquy. Et consommées partout en France (et en Espagne, Italie…) mais peu dans les cantines scolaires, hospitalières ou des Ehpad. "On n’y voit souvent que du saumon (espèce qui n’est pas pêchée en Bretagne, NDLR)", regrette Roxane Porcher, qui dirige la société avec son père, au côté de son frère, Cédric.
Une dizaine de marins recherchée
Les achats, la logistique et les salaires sont gérés du siège social de Saint-Alban, d’où partent les relèves de marins chaque semaine. C’est dans ce bâtiment de 4 000 m² que la PME a intégré il y a trois ans, que les chaluts sont montés et qu’un grand stock de pièces et de matériel (notamment un moteur entier, prêt à être installé) se trouve, pour éviter toute rupture de l’activité.
Celle-ci est cependant freinée par le manque de candidatures pour un métier jugé dangereux et dont les parents se méfieraient. "Nous n’avons pas le droit d’embarquer des jeunes pour qu’ils se fassent une idée du métier. Nous pourrions pourtant en recruter une dizaine tout de suite", estime Jean Porcher. Et même une quarantaine avec les départs en retraite programmés ces trois prochaines années.
L’optimisme de l’armateur n’est cependant pas entamé. "Nous investissons 7,2 millions d’euros chaque année pour des bateaux plus confortables pour nos équipes et plus économes en énergie. Nous vendons 100 % de nos prises. J’y crois !"