Région Sud
"L’année avait bien commencé, mais il y a un ralentissement"
Interview Région Sud # Industrie # Fiscalité

Philipe Renaudi président de la CCIR Paca "L’année avait bien commencé, mais il y a un ralentissement"

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Philipe Renaudi, président de la Chambre de commerce et d'industrie régionale Paca (CCIR), estime qu’une période plus difficile s’annonce pour les entreprises qui avaient bien résisté jusque-là. Surtout si les mesures fiscales, comme la baisse des allègements de charge, sont mises en oeuvre.

Philippe Renaudi, président de la Chambre régionale de commerce et d'industrie Paca. — Photo : François Moura - CCIR Paca 

Quel bilan de l’année 2024 tirez-vous pour les entreprises de la Région Sud ?

Les six premiers mois ont été corrects. Les entrepreneurs ont continué sur la lancée de 2022 et 2023 qui étaient deux bonnes années. Mais là, on sent arriver une baisse. Les TPE et PME commencent à être fragilisées par un manque d’activité au troisième trimestre. Les prévisions se détériorent, les investissements connaissent une baisse sensible. Nous ressentons clairement un retournement de tendance au deuxième semestre.

Les trésoreries résistent-elles dans une conjoncture économique fragile ?

Ça se tend d’autant plus que la période d’activité est moindre. On constate un rallongement des délais de paiement entre entreprises et chez les clients ainsi que dans le secteur public. Il faut que chacun arrive à payer régulièrement et ne mette pas 90-120 jours comme c’est parfois le cas. Je préconise aux entreprises de payer à l’heure.

Des secteurs ont-ils été plus particulièrement en souffrance ?

L’industrie finira l’année en légère baisse, la construction aussi malgré une toute petite remontée. Les services semblent plutôt avoir stagné.

D’autres, au contraire, ont tiré leur épingle du jeu…

Oui, c’est le cas notamment du tourisme. L’activité 2024 a été très bonne surtout si on se compare aux autres régions. L’hôtellerie traditionnelle, celle de plein air, les locations de type Airbnb ont bien fonctionné. Mais c’était, en revanche, plus dur pour les plages et les restaurants.

Le chômage qui avait baissé de 0,5 % au premier trimestre (catégorie A) en Paca a-t-il poursuivi sa décrue ?

Les chiffres étaient bons jusqu’au deuxième trimestre avec un volume d’offres d’emploi très important en dépit d’une petite baisse. Nous avons eu des records d’employabilité sur la région Paca, avec plusieurs trimestres dans de très bonnes conditions. Nous n’avions pas été si bas depuis 1982 (NDLR : 7,8%). Les CCI ont fonctionné à fond pour ce qui était formation. Mais cela s’inverse sur le second semestre, il y a un ralentissement.

L’incertitude politique sur fond de cacophonie générale autour du budget 2025 de la France peut-elle expliquer ce ralentissement ?

Qui sait combien de temps va tenir le gouvernement ? Les règles fiscales changent tout le temps. Chaque année, l’État refait un projet de loi de finances. C’est effectivement dur pour un entrepreneur d’établir un business plan sur plusieurs années. Avec le nouveau budget 2025 qui a été préparé à l’arraché, si la baisse des allègements de charge est votée, ce sera une bêtise qui va se ressentir sur l’emploi alors que nous étions dans une super dynamique en Paca. Et même s’il y avait un regain d’activités, les entrepreneurs vont se montrer prudents. Ils feront plutôt appel à des intérimaires avec des contrats d’une semaine ou quinze jours. La diminution envisagée des aides à l’apprentissage est tout autant une mauvaise nouvelle pour les petites entreprises.

La supertaxation sur les grandes entreprises est-elle une bonne chose ?

Elle est censée être temporaire. Le sera-t-elle vraiment ? Rappelez-vous la vignette automobile…

"En Paca, des sociétés comme CMA CGM ou Airbus Helicopters gagnent de l'argent mais elles le réinvestissent"

Cette augmentation de la fiscalité pour les grandes entreprises n'est pas forcément une bonne chose. Quand ces grosses sociétés se mettent à tousser, on s’enrhume tous car cela peut concerner très vite 7 000 ou 8 000 emplois. En Paca, des sociétés comme CMA CGM ou Airbus Helicopters gagnent de l’argent mais elles le réinvestissent. Leurs capitaux ne s’enfuient pas. Tout cela, c’est une spirale infernale qui nous tire vers le bas.

Que doit faire l’État alors ?

Pour trouver soixante milliards d’économie, il y avait des moyens de faire autrement et des solutions simples comme la lutte contre la fraude fiscale qui provoque une concurrence déloyale avec le travail au noir, la fraude à la TVA mais aussi la fraude sociale. C’est là qu’il faut aller chercher l’argent.

À vous entendre, le moral des entrepreneurs régionaux n’est donc pas vraiment au beau fixe...

Il commence à baisser. On a mesuré l’indice de confiance des entreprises. Les TPE et PME, par exemple, avaient confiance en elles et en leur activité, fin 2023, à 69 %. En quelques mois, ce taux est tombé à 63 %. Même la confiance envers l’économie régionale et locale a chuté de quelques points. Parallèlement, les craintes dans l’avenir de l’économie nationale ou mondiale, avec les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, sont en hausse.

Qu’est-ce qui pourrait améliorer la situation selon eux ?

Nous les avons interrogés à ce sujet. En numéro 1, ils réclament une réforme de la fiscalité des heures supplémentaires. Quand elles sont défiscalisées, il y a moins de charges sociales pour les patrons, pas d’impôt pour les travailleurs. Cela marque un peu plus la différence entre le travail et l’allocation chômage. Ils souhaitent également que la réforme du système retraite ne soit pas touchée. Ils aimeraient aussi une révision de modalités de rupture des contrats de travail avec des assouplissements.

"Les patrons aimeraient sortir des 35 heures pour revenir aux 39 heures"

C’est le cas pour la rupture conventionnelle qui fonctionne bien quand elle est demandée par le salarié, mais moins pour les employeurs. Elle coûte cher aux entreprises pour des employés qui veulent avoir leurs allocations chômage. En quatrième position, les patrons aimeraient sortir des 35 heures pour revenir aux 39 heures. Cela remonterait le salaire minimum de 11 à 12 % et créerait un vrai différentiel avec les allocations chômage. Car, pour l’économie, il faut éviter que les gens passent par la case chômage.

Dans ces conditions, qu’attendre de l’année 2025 ?

Un gouvernement stable serait une bonne chose. Il y aura de l’attentisme, de la prudence de la part des entrepreneurs. Sur l’emploi, je ne crois pas que la situation va se dégrader très fortement, il n’y aura pas de licenciements à tour de bras mais le chômage ne baissera plus selon moi. Les offres d’emploi vont probablement s’évaporer. Quant aux carnets de commandes, ils vont connaître un essoufflement. Cela ira peut-être mieux en 2026.

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