Nathalie Maubon, l’ancienne dirigeante de la biotech HCS Pharma, dont les actifs ont été repris par la biotech lyonnaise Netri après sa liquidation, vient de porter plainte contre l’État début septembre, pour demander réparation après avoir été conduite à la liquidation en 2024, estime-t-elle.
Fondée à Rennes avant de s'installer quelques années plus tard à Lille, HCS Pharma (200 000 euros de CA en 2024 ; 20 salariés) projetait de révolutionner les tests in vitro grâce à une technologie issue de la matrice extracellulaire, recréant foie, cerveau ou tissus adipeux.
Mais après une course marathon au financement, la start-up est mise en liquidation en mai 2024, et ses actifs — brevets et matériel — sont repris par le lyonnais Netri (35 salariés).
Un fonds chinois se propose de sauver HCS Pharma
Comment en est-on arrivé là ? Soutenue par Bpifrance (avances remboursables et prêts) et des fonds régionaux comme Finovam Gestion et Nord France Amorçage et du crowdfunding (environ 2,5 M€), la start-up n’aurait pas réussi à trouver un modèle économique pérenne.
Malgré ses brevets prometteurs, HCS Pharma cumule 5 millions de dettes en 2024. En février 2024, le fonds chinois Syn Capital Ltd, basé à Hong Kong, propose 2 millions d’euros pour sauver l’entreprise, avec la promesse de mettre à terme 20 millions d’euros sur la table pour la reprendre en totalité.
Technologie sensible
Refus en mars 2024 de Bercy : la technologie est jugée sensible. "On nous bloque en nous refusant des financements, puis on nous pousse vers la sortie. Je suis ruinée. J’ai vendu ma maison pour 300 000 €, et je n’ai plus de salaire depuis février 2024 ", déplore Nathalie Maubon. Le 8 mai 2024, HCS Pharma est placé en liquidation judiciaire. 20 salariés concernés.
Sur proposition de Bercy, ses actifs ont été cédés, en juin 2024, à Netri pour 134 000 euros.
Une somme dérisoire selon Nathalie Maubon : "Ils ont récupéré une Formule 1 sans pilote. Je réclame réparation : 2 millions d’euros de préjudice personnel et la rétrocession de nos brevets."
"Oui, nous avons racheté pour un prix modique. Mais nous avons sauvé des brevets, qui ne valent rien tant qu’ils ne sont pas industrialisés."
Dirigeant de la biotech lyonnaise Netri, Thibaut Honegger assume : "Oui, nous avons racheté pour un prix modique. Mais nous avons sauvé des brevets, qui ne valent rien tant qu’ils ne sont pas industrialisés. Notre complémentarité est claire : HCS a développé un gel qui favorise la différenciation des cellules, tandis que nos technologies permettent de vasculariser et innerver les organes-sur-puce. Ensemble, ça fait sens. " La biotech dispose d’une usine de 1 500 m² à Lyon, financée par un investissement de 20 millions d’euros.
L’État, qui a investi plusieurs millions d’euros dans HCS Pharma via différentes structures dont Bpifrance, "aurait donc privilégié une biotech lyonnaise, soutenue par France 2030, au détriment d’une start-up innovante mais fragile", analyse un observateur du capital-développement.
Pour rappel, Netri développe et fabrique des "organes sur puce" pour la filière française du bio médicament. Son innovation incluse dans des plaques de silicone high-tech permet de reproduire les influx nerveux d’un organe lorsqu’il est mis au contact d’un composé, comme un candidat médicament ou un pesticide dont on veut tester les effets sur le corps humain.