Assistera-t-on demain à un boom de la technologie infrarouge ? C'est en tous les cas ce que pense le fabricant de capteurs Ulis. La société, surfant sur les marchés de la Défense et de la Sécurité, est en passe de développer de nouveaux relais de croissance, avec, dans son viseur, le marché des bâtiments connectés depuis 2015, mais aussi d'autres applications dans le domaine de l'automobile, avec des systèmes d'aide à la conduite qui pourraient équiper demain les voitures sans chauffeurs. La société vient de boucler un partenariat de cinq ans avec le groupe Schneider, lancé en 2011 dans le cadre du projet européen Mirtic (Micro Retina Thermal Infared Cognitive), qui visait à développer un nouveau capteur d'occupation (Advanced Occupancy Sensor, AOS) afin de rendre les bâtiments plus intelligents. Cette première incursion dans le secteur des smart building devrait se traduire prochainement par le lancement d'un produit commercial, « muni de capteurs de petite résolution qui vont permettre le comptage de personnes dans un bâtiment, de vérifier s'il n'y a pas de départs de feu, de régler la consommation de chauffage», souligne Jean-François Delepau, directeur général d'Ulis.
« Des millions de pièces »
Au total, la société Ulis aurait investi 24 millions d'euros sur cinq ans dans ce projet, mené également en partenariat avec le CEA Leti, et les sociétés Integrated Systems Development et Metaio. Jean-François Delepau parle d'un marché qui pourrait à terme générer des millions de pièces à produire. Pour se préparer, Ulis s'apprête à créer dès septembre prochain une équipe week-end de 10 personnes en vue d'augmenter sa capacité de production de 200.000 à 300.000 pièces par an. D'ici la fin de l'année, Ulis devrait atteindre le cap des 200 employés, en recrutant près de 20 personnes en 2017. « Nous avons à la fois besoin d'ingénieurs sur différents domaines, mais aussi de profils spécialisés en marketing ou dans des marchés comme l'automobile et le bâtiment connecté », assure le directeur général.
Conserver cinq à dix ans d'avance
Dans le même temps, son budget R&D va également être une nouvelle fois boosté, pour atteindre 20% du chiffre d'affaires dès cette année, soit plus de 15 millions d'euros. « Ces dépenses vont concerner le marché du bâtiment connecté, l'électronique grand public, l'automobile, mais aussi les produits de nouvelle génération sur le marché de la défense, où la taille des capteurs est un enjeu important. Cela nous permet de conserver 5 à 10 ans d'avance », affirme Jean-François Delepau, qui rappelle que depuis sa création, Ulis a investi 150M? pour mettre au point la technologie et la commercialiser.
95% d'export
Avec seulement 5% de ses ventes réalisées en France, Ulis est présent en Europe (50% de ses marchés), mais aussi en Asie et en Amérique du Nord, où elle dispose d'une filiale du groupe Sofradir, chargée de vendre ses produits sur le sol américain. « Nous avons face à nous des sociétés américaines et de nouveaux entrants venant de Chine ou de Corée, sur le marché de la défense ». Ulis peut compter sur son avance technologique conférée par son partenariat avec le CEA, qui a développé la technologie sur 10 années. « La barrière à l'entrée est importante, en termes d'argent et de temps », estime Jean-François Delepau. Après avoir enregistré une croissance de 30% en 2016, pour un chiffre d'affaires de 61,5M? (RN 2015 : 7,8 M?), le directeur général s'attend à une croissance de 20% pour 2017. Si les activités de défense représentent encore 30% de l'activité du groupe, contre 70% pour le secteur civil, ce dernier pourrait prendre encore davantage de place avec la diversification amorcée vers le secteur des bâtiments connectés et de l'automobile.