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La Scierie Tarteret s’appuie sur l’intelligence artificielle pour optimiser la découpe du bois
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La Scierie Tarteret s’appuie sur l’intelligence artificielle pour optimiser la découpe du bois

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Basée à Estissac dans l’Aube, la Scierie Tarteret vient de mettre en production un système basé sur l’intelligence artificielle permettant d’optimiser le débit de bois en temps réel. Un projet à 1,6 million d’euros qui ouvre la voie à d’autres développements.

Pour réduire la "perte de matière" lors du débit du bois, le système mis en place commence par filmer les planches, qui défilent à la vitesse de 2 mètres par seconde sur le convoyeur. Un algorithme propose ensuite les schémas de découpe optimaux — Photo : Scierie Tarteret

Le système est en production depuis 2 mois et déjà, les résultats sont là : "Sur chaque planche découpée, nous parvenons à tirer une moyenne de 15 % de valeur ajoutée supplémentaire", se félicite David Vanhelle, le responsable opérationnel de la Scierie Tarteret. La PME, installée à Estissac dans l’Aube, réalise 9,5 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 42 salariés, et vient de lancer un système basé sur deux algorithmes d’intelligence artificielle pour optimiser la découpe des planches de bois.

Sous pression pour optimiser les coûts et faire plus de valeur ajoutée

"Les premières réflexions ont été lancées en 2021", retrace David Vanhelle. Dotée d’une capacité de découpe de bois de 18 000 m3, travaillant à 95 % sur du chêne, la scierie familiale auboise est engagée dans une stratégie visant à "gagner plus d’argent en sciant mieux et pas en sciant plus", précise le responsable opérationnel.

"La concurrence étrangère, tant sur l’achat de la matière que dans l’importation de produits semi-finis, contraint toutes les entreprises de la filière bois à devoir optimiser les coûts de production tout en cherchant de valeur ajoutée dans de nouveaux produits ou débouchés", appuie Bertrand Tarteret, le dirigeant de la Scierie Tarteret, qui a réussi à mobiliser 1,6 million d’euros sur ce projet.

Une somme à laquelle il faut ajouter le traitement d’un ingénieur de recherche détaché de la plateforme de recherche technologique de Metz, le CEA Tech, pendant deux ans, montant dont s’est acquittée à 80 % l’Agence nationale de la recherche.

Un algorithme qui propose un schéma de découpe

Pour réduire la "perte matière" lors du débit du bois, le système mis en place commence par filmer, à l’aide d’une caméra de type GoPro, la planche découpée après le premier trait de scie mis dans la grume. "Grâce aux images filmées par la caméra, à une vitesse de 2 mètres par seconde, un premier algorithme reconstitue une image des planches en cours de production et détecte toutes les singularités", décrit David Vanhelle. Un deuxième algorithme prend alors le relais pour "proposer le schéma de découpe optimal".

Travaillant sur plus de 1 000 références en stock, l’équipe de la scierie auboise va ainsi pouvoir "alimenter au mieux le stock en fonction de ce que nous sommes en train de débiter", illustre le responsable opérationnel.

Trois machines ont été développées pour marquer les planches en fonction du schéma de découpe décidé par l’algorithme — Photo : Scierie Tarteret

L’intelligence artificielle qui continue à apprendre

Derrière, trois machines ont été implantées pour marquer les planches et permettre aux opérateurs de suivre les directives de l’algorithme. "Nous avons renforcé notre effectif de maintenance avec deux nouveaux collaborateurs. Les opérateurs déjà en poste ont évolué, d’empileurs à conducteurs de lignes. Le personnel en place manipule ces lignes de production au quotidien, ils sont sources de proposition lorsqu’il y a des dysfonctionnements", précise David Vanhelle.

Et quand le personnel apprend, l’intelligence artificielle continue elle aussi à s’améliorer : le système retenu pour caractériser les planches est celui dit du "réseau de neurones", système permettant à une intelligence artificielle d’apprendre en fonction des données engrangées.

Mieux réguler la circulation des planches

Mis en production en décembre, le système prend déjà en charge les deux tiers de la production de la Scierie Tarteret, soit les planches "standard en 27 mm", précise David Vanhelle. Et le responsable opérationnel ne compte pas s’arrêter là : l’intelligence artificielle pourrait demain servir à réguler les convoyeurs, qui emportent les planches se faire découper dans les différents ateliers au sein des 42 000 m2 de bâtiments couverts de la scierie.

"Grâce à un ensemble de caméras installées au plafond, il deviendrait possible d’arrêter nos convoyeurs quand ils ne sont pas utilisés, ou de les ralentir quand il y a trop de planches", décrit David Vanhelle. Des perspectives de développement soutenues par Bertrand Tarteret, qui indique que "l’objectif est d’aller encore plus loin". Conscient que "l’IA et la robotique peuvent être mal perçus en entreprise, car il y a une peur de perdre de l’emploi", le dirigeant de la Scierie Tarteret estime que, mené intelligemment, ces projets permettent de "faire beaucoup plus et beaucoup mieux".

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