À Toulon, un chantier de 280.000 m², véritable village industriel, a été mis en place autour du bassin, qui accueille le porte-avions Charles de Gaulle depuis le 8 février dernier. Ce dernier y restera pour les 18 prochains mois. Cet arrêt technique majeur nº2 du porte-avions Charles de Gaulle, « nous l'attendons depuis cinq ans », confie Éric Metoïs, président de la société marseillaise SPT maritime et industriel (SPTMI).
« C'est un chantier colossal d'une durée de 18 mois », ajoute Nicolas Reboul, gérant d'Usimeca, à La Farlède. Et les chiffres parlent d'eux-mêmes. La refonte à mi-vie du porte-avions représente une enveloppe globale d'1,3 milliard d'euros. Il offre plus de 4 millions d'heures de travail, dont 2,5 millions pour le chantier et 1,8 million consacrées à l'ingénierie et la conception. Plus de 2.000 personnes travaillent au quotidien sur le chantier avec 1.000 industriels (DCNS Toulon et autres sites du groupe, sous-traitants) et 1.100 membres d'équipage du Charles de Gaulle. Objectif : moderniser le porte-avions, arrivé à " mi-vie " après quinze ans de service, et ainsi permettre au navire de maintenir ses performances opérationnelles pour les 20 prochaines années. Cette modernisation se concentre autour de trois enjeux majeurs : rénovation du système de combat, des installations aviation et de la plateforme. Des opérations de maintien en condition opérationnelle seront également réalisées.
160 entreprises sous-traitantes
Si DCNS, maître d'oeuvre unique, pilote les travaux, plus de 160 entreprises sous-traitantes, majoritairement issues du tissu industriel local et régional auront réalisé, à l'issue des 18 mois d'arrêt, un million d'heures de travail. « De par son ampleur, le chantier nous impose de travailler en majorité avec des grands groupes ou des PME de taille conséquente. On peut facilement imaginer que pour effectuer les 36.500 m² de travaux de peinture, par exemple, on ne fasse pas appel au petit artisan du coin. Nos grands partenaires sont, pour n'en citer que trois, la société technique pour l'énergie atomique, Thales et Safran », confie DCNS. Ce type de chantier impose aussi de bien connaître les rouages de la base navale et ses contraintes. « Pour travailler à l'Arsenal, avoir un historique est indispensable : habilitations, modes opératoires, procédures particulières sont autant d'éléments à maîtriser... Et à bord du Charles de Gaulle, c'est encore plus compliqué : cela demande un vrai savoir-faire, une culture d'entreprise », explique Éric Metoïs. « Le plus dur sur ce chantier : la nécessaire co-activité et la planification qui en découle. Bien connaître les rouages est indispensable ! », confirme Alain Richaud, président de Sonocar Industrie, implantée à Six-Fours-les-plages. Bref, les sous-traitants sont triés sur le volet, dont certains sont contraints de rester dans l'ombre pour des raisons stratégiques. Tous sont assurés d'avoir du travail pour 18 mois, une aubaine dans le contexte économique actuel.
Des entreprises préparées
D'ailleurs les entreprises « élues » n'ont pas ménagé leurs efforts. « Ce n'est pas un aboutissement en soi, ce n'est pas une première mondiale, mais c'est le résultat de tous nos investissements et de toutes nos réussites précédentes. L'obtention de ce chantier est le résultat d'une volonté stratégique engagée 15 ans plus tôt, d'une politique d'investissement forte en formation du personnel, en acquisition d'outils industriels et équipements », souligne Alain Richaud. L'entreprise qu'il dirige, Sonocar Industrie (CA : 10 millions d'euros), est spécialisée, depuis 1973, dans le carénage de gros navires, le traitement anti-corrosion et la peinture. Pour ses équipes, « intervenir sur ce chantier est un peu la médaille. Nous avons tout fait pour décrocher un maximum d'activités sur cet arrêt technique majeur. Nous avons le savoir-faire, les équipes et équipements pour y répondre. Écartés il y a dix ans, nous nous sommes préparés et nous étions prêts aujourd'hui à combattre dans la cour des grands, des locaux, comme des nationaux ». Et ce n'est pas Nicolas Reboul, dirigeant de l'entreprise Usimeca (10 salariés), spécialisée dans la mécanique de précision, qui dira le contraire. Depuis la création de la société en 2004, « nous avons un contrat-cadre avec le groupe DCNS et à chaque fois que le Charles de Gaulle entre en cale, nous sommes sollicités. Non seulement parce qu'il n'existe que très peu d'usineurs en région, mais en plus il faut souvent être capable d'absorber un travail important dans des délais très courts ». L'entreprise n'a pas créé d'emploi supplémentaire mais ce regain d'activité devrait tout de même représenter un peu moins de 10 % du chiffre d'affaires annuel, qui avoisine le million d'euros.
Un chantier hors-norme
La TPE Usimeca a déjà réalisé 2.000 pièces d'avance au mois de septembre, avant même l'arrivée du porte-avions à quai. Depuis qu'il est en cale sèche, la TPE de la Farlède honore des commandes ponctuelles : des boîtes de jonction, des pieds d'ancrage, des raccords, etc. Une autre entreprise est intervenue en amont du chantier. Celle-ci connaît le porte-avions presque comme sa poche puisqu'elle a participé à sa construction, notamment la réalisation de ce qu'on appelle les locaux décorés, et intervient à chacun de ses arrêts. Cette entreprise, c'est l'industriel SPTMI (140 personnes pour un chiffre d'affaires de 12 millions d'euros), spécialisé dans la conception et la rénovation de quartiers de vie et locaux techniques dans les secteurs du bâtiment, de l'industrie et de la marine offshore. L'entreprise marseillaise est intervenue à bord dès le mois de janvier.
« Avant même la mise en cale sèche du Charles de Gaulle, nos équipes ont préparé le champ de travail. Elles ont désossé le centre des opérations ou le système d'équilibrage et interviendront aussi à la fin du chantier pour tout remonter : sols, cloisons, plafonds, isolation, mobilier, mise en sécurité des locaux de vie », détaille Éric Metoïs. SPTMI travaille dans le cadre de trois marchés, qu'elle a remportés et dont les chiffres sont confidentiels. Viendra ensuite le temps des travaux non prévus. Pour ce chantier, l'entreprise a doublé les effectifs de son site, installé à La Seyne-sur-Mer, qui emploie habituellement 15 personnes. Du côté de chez Sonocar Industrie, le phasage du chantier impose à ses équipes de réaliser les travaux pour lesquels elle a été missionnée sur 12 mois. « Au cours de ces 12 mois, nous mobiliserons en moyenne 25 personnes, dont un tiers sera des nouvelles recrues et nos plus gros équipements », précise Alain Richaud. Dans le détail, l'entreprise six-fournaise réalisera le décapage entier de la carène et la remise en peinture, la réfection partielle des oeuvres mortes (ce qui est au-dessus de l'eau), l'application d'une couche générale et quelques travaux ponctuels à bord liés à des modifications ou de l'entretien courant. Ces travaux apporteront 2,5 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'entreprise, sans compter les opérations supplémentaires au fil de l'eau. « Nous vivions avant, Nous vivrons après... Mais ce chantier reste pour nous une jolie opération ! Il apporte un beau volume d'activité et sécurise l'avenir ».
Une bonne chose pour l'économie locale
Le chantier du Charles de Gaulle offre du travail et génère une vraie économie en local. « C'est bon pour tout le monde », souligne le dirigeant de Sonocar Industrie. C'est aussi un client de prestige pour les entreprises sous-traitantes sélectionnées : « Le Charles de Gaulle est le fleuron de la Marine nationale et lorsqu'il larguera les amarres au printemps 2018 pour une phase de tests, mes équipes pourront être fières d'avoir réalisé et fourni 4.000 pièces, plus toutes celles qui n'étaient pas prévues... », se félicite Nicolas Reboul.