L’unique élevage de Saumon de France opéré par le groupe AMP (Aquaponic Management Project) remonte le courant. Après avoir perdu tout son cheptel en raison de la canicule de l’été 2022 élevant la température de l’eau de mer, la PME (20 collaborateurs), basée à Rouen, a dû entièrement réviser son cycle d’élevage, réparti désormais sur trois sites : l’écloserie SAS Piscicole du Moulin située à Elbeuf-sur-Andelle (Seine-Maritime) acquise en 2023, les bassins de grossissement "Saumon d’Isigny" à Isigny-sur-Mer (Calvados) acquis également en 2023 et la ferme marine de Cherbourg (Manche), la plus grande ferme marine française, appartenant au groupe depuis sa création, en 2014.
Une réorganisation pour laquelle l’entreprise a investi 500 000 euros, auxquels la région a ajouté, en juillet 2025, l’enveloppe de près de 189 000 euros gérant le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA), fléchée sur les multiples travaux de l’écloserie à l’exceptionnelle qualité d’eau.
Des résultats au-delà des espérances
Le cycle d’élevage d’un saumon durant 30 mois, après la canicule de l’été 2022, la perte du cheptel en 2023, une année blanche en 2025 et la reprise de la production en 2025, les résultats ont dépassé les espérances : une récolte de plus de 200 tonnes de saumons en 2025 au lieu des 120 tonnes initialement prévues. "Nous espérons collecter 300 tonnes sur notre ferme marine de Cherbourg, à l’issue de notre deuxième campagne, de mi-avril à mi-juillet 2026, projette Pascal Goumain, président du groupe AMP. Avec l’objectif de remonter la production jusqu’à 2 000 tonnes d’ici quatre ans. À 10 euros le kg, on peut viser un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros en 2030, contre les 3 millions d’euros attendus en 2026".
Une progression record à mettre en perspective avec les exercices précédents. L’activité de pisciculture menée jusqu’alors par "Normandie Truites basée" à Acquigny (Eure), qui avait généré à elle seule un chiffre d’affaires de 4,6 millions d’euros en 2025, a été vendue début janvier 2026. Hormis cette activité, le groupe AMP a atteint un chiffre d’affaires de 6,031 millions d’euros en 2025. Reste désormais dans le giron du groupe la seule activité liée aux saumons, laquelle s’est établie à environ 1,4 million d’euros en 2025.
Recruter à partir de 2027
Pour Isigny-sur-Mer, la PME a également bénéficié d’une enveloppe FEAMPA de 300 000 euros et attend encore des réponses quant à ses demandes de financement de travaux complémentaires sur le site de Cherbourg. "Nous envisageons de doubler les effectifs sur chacun des sites, probablement à partir de 2027, afin d’accompagner la montée en puissance des volumes de production", annonce Pascal Goumain.
Un plan de charge parfaitement dans les moyens de la ferme marine de Cherbourg, autorisée pour 3 000 tonnes, qui a déjà produit 2 500 tonnes de saumons dans ses meilleures années. "Cela représente 1 % du marché français, puisque nos concitoyens consomment 250 000 tonnes de saumons par an. C’est le plus gros marché d’Europe pour le saumon", souligne Pascal Goumain.
Faire grossir les saumons de 100 g à 4 kg
L’écloserie à Elbeuf-sur-Andelle (Seine-Maritime) d’une capacité de 20 tonnes, n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière, puisqu’en 2025, le site n’a produit que 10 tonnes, soit 100 000 alevins. Lesquels sont ensuite transférés dans les quatre bassins de grossissement en eau de mer à "Saumon d’Isigny" à Isigny-sur-Mer (Calvados), où ils restent 10 mois d’avril à novembre, passant de 100 grammes à 1 kg. Enfin, les poissons sont transportés pour la phase de finition à la ferme marine "GMG Saumon de France", implantée dans la rade de Cherbourg, où les saumons terminent leur croissance, parvenant jusqu’à 4 kg".
Une réorganisation du cycle d’élevage qui a valu au groupe AMP d’être lauréat en 2024 de l’appel à projets France 2030 sur la thématique de "Innover pour la transition agroécologique et alimentaire". Une reconnaissance pour l’entreprise qui a ainsi prouvé qu’elle avait su adapter sa production au changement climatique en créant cette écloserie et en rachetant le circuit fermé des bassins d’eau de mer d’Isigny.
Une production vendue en grande distribution, aux mareyeurs et aux fumeurs
La majorité de la production est vendue aux enseignes de la grande distribution, un tiers des volumes est écoulé chez des grossistes mareyeurs revendant eux-mêmes à des poissonniers et des restaurateurs. Le dernier tiers étant adressé à des fumeurs tels que Delpeyrat ou Labeyrie. "Le reste de la production alimente nos ateliers de fumaison, "Le Saumonier Cherbourg", pour être vendue dans notre propre structure commerciale à Cherbourg "Les Jardins du Saumonier", qui comprend une boutique et la vente en ligne", ajoute Pascal Goumain.
La PME, fondée en 2014, est détenue majoritairement (70 %) par Log Investment (le fonds entrepreneurial des actionnaires propriétaires du groupe L’Occitane), les 30 % restants étant partagés entre les coopératives agricoles NatUp, Scael (Eure-et-Loir) et Maïsadour (Landes) présente en Normandie à travers son usine de poissons fumés Delpeyrat à Cany-Barville (Seine-Maritime). Le groupe détient enfin une participation minoritaire (34 %) au sein de Olis, une filiale abritée dans les locaux de la Scael (Chartres) d’écloserie de truites.