Du 15 au 30 mai 2025, Vincent Caulier a navigué durant deux semaines dans le cercle polaire arctique. Une expédition durant laquelle il a été coupé de tout moyen de communication avec son entreprise, Iplast (5 salariés, 580 000 € de CA), qu’il dirige depuis 25 ans. "Un tel break, ça ne s’était encore jamais produit", reconnaît-il. Cette expédition a été l’occasion de se retrouver, de recharger les batteries et de prendre de la hauteur.
Une perte de sens
Fondateur d’Iplast, une entreprise qui transforme des matières plastiques pour le compte de l’industrie, de la communication ou du design, Vincent Caulier n’a pas l’habitude d’appuyer sur pause. "Je ne prends pas de congés en dehors des 15 jours de fermeture de l’entreprise l’été et en fin d’année", admet-il. Une implication qui, sur le long terme, finit par devenir pesante. "Quand on est chef d’entreprise, et en particulier d’une petite entreprise, on a tendance à s’oublier. Le dirigeant donne énormément, ne compte pas ses jours, ses week-ends…", rapporte-t-il. Jusqu’au moment charnière où le besoin de retrouver du sens s’impose. ECTI, une association de bénévolat senior de compétences qui l’accompagne, l’incite alors "à prendre du temps, à sortir des murs de l’entreprise".
Une histoire de rencontre
Âgé de 53 ans, Vincent Caulier est aussi un passionné de voile. "J’ai démarré la navigation à 18 ans, avant de tout mettre en pause en 2000, pour concilier vie professionnelle et familiale". La pause durera 20 ans, jusqu’au Covid. "Cinq ans après la reprise de ce sport, je suis désormais président du LUC (le club de voile de l’université de Lille, NDLR) et à deux doigts d’être certifié chef de bord", se réjouit-il. Le retour au sein de ce club de 60 adhérents, qu’il a fréquenté avant l’arrêt de la voile, est l’occasion de faire des rencontres et de se voir proposer d’être équipier sur un bateau, lors d’une navigation privée de 15 jours dans le cercle polaire, embarquant au total cinq personnes.
Accepter de lâcher prise
Première difficulté de l’expédition : lâcher prise. "La date dépendait de la météo. Il s’agissait de trouver la bonne fenêtre de tir, car la mer de Barents compte parmi les plus agitées du globe. Je savais que le voyage ne tomberait pas pendant les périodes de fermeture de l’entreprise", souligne le dirigeant. Une fois la date actée, l’angoisse est montée. Le dirigeant s’est lancé à corps perdu dans le travail, pour s’assurer de tout boucler avant le grand départ : dossiers en cours, devis, suivi de fabrication… Les clients ont aussi été prévenus des 15 jours d’absence à venir. Et l’imprévisible s’est invité. "Deux jours avant d’appareiller, alors que j’étais déjà à Tromso (en Norvège, NDLR) le plus gros client de l’entreprise m’appelle. Il avait besoin d’un devis en urgence, assez complexe à réaliser. Je l’ai donc fait, ainsi qu’une version modifiée", se souvient-il. Avant de devoir tout couper, faute de réseaux de télécommunication.
Un parallèle avec l’entrepreneuriat
"Durant ce voyage, j’en ai pris plein les yeux, entre les fjords, la neige, les élans en liberté… Il y avait cette impression de redécouvrir la nature, en étant seul au monde", résume Vincent Caulier. Sans oublier la confusion provoquée par le jour polaire. Au beau milieu de cette perte de repères, un phare reste allumé : celui de l’entrepreneuriat. Pour le dirigeant, naviguer et être chef d’entreprise sont, au fond, des activités très similaires. "Sur un voilier, le sens du vent varie, ainsi que sa puissance, comme les commandes clients dans une entreprise, qui ne sont jamais linéaires", illustre Vincent Caulier.
Le tout est de savoir s’adapter. "Tout est finalement une question d’ajustement. En entreprise comme sur un voilier, il faut observer les données économiques pour l’un et la météo pour l’autre, mais aussi anticiper. Dans les deux cas, il existe des indicateurs sur lesquels s’appuyer pour piloter". Ces parallèles ont d’ailleurs donné l’envie au dirigeant de mettre en place une passerelle entre les deux mondes. Il travaille actuellement sur le lancement d’une offre de team building dans son club de voile. Les entreprises de la région pourraient ainsi faire découvrir cette activité à leurs salariés, l’espace d’une journée, depuis Dunkerque.
Un reset sur le plan mental
Cette récente expérience dans le cercle polaire a permis à Vincent Caulier de repartir de plus bel. "Mentalement, j’avais l’impression de tout remettre à zéro, d’avoir appuyé sur reset. Mais une fois de retour, le quotidien reprend vite sa place", constate le dirigeant. L’expédition a toutefois laissé quelques traces bénéfiques. "Il y a quelques années, j’ai suivi une formation pour apprendre à déléguer et cette aventure a encore renforcé ma capacité à faire confiance à mes salariés".
Le dirigeant a également eu beaucoup de retours positifs sur cette expédition de la part de clients et d’autres chefs d’entreprise, "qui m’ont confié rêver d’une telle aventure". De son côté, Vincent Caulier n’a qu’une envie : repartir. Et il aborde désormais sans anxiété l’idée de faire une pause. "Le rythme idéal serait de réaliser un voyage comme celui-ci chaque année, dans des contrées différentes. Ça fait du bien au chef d’entreprise de se permettre une coupure", conclut-il.