Récemment élu président de la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole, communément appelée la Métro, Marc Baïetto livre sa vision sur l'économie locale.
Quelles sont les capacités de développement économique de l'agglomération?
Il existe sur notre territoire une dynamique de l'innovation avec une demande d'implantation d'entreprises qui ne se dément pas. L'attente est forte sur un modèle économique assis sur l'innovation, la recherche et le développement, avec le poids des lieux de recherche qui sont nombreux. La Métro attend également beaucoup du Plan Campus. Il y a donc un champ des possibles. Mais que va-t-il en sortir? Sur les zones d'activités en développement, comme Vence écoparc à Saint-Égrève ou les Catalpas à Seyssinet-Pariset, la Métro se doit à la fois d'être réactive et prudente. Nous devons pouvoir répondre aux demandes très pointues en termes de bâtiment des entreprises, tout en prévoyant déjà la réadaptation à une autre société lorsque la première partira, pour s'agrandir par exemple. Cela demande un pilotage fin et serré.
Ces implantations d'entreprise permettent-elles le développement de l'emploi?
Je suis inquiet sur les employés les moins qualifiés qui se retrouvent sur le marché du travail après les difficultés de 2009: une frange de la population ne se retrouve pas dans les emplois nouvellement créés. Une piste consiste à se battre pour que l'existant persiste, par exemple en maintenant le pôle chimique du Pont-de-Claix. Il faut aussi créer des filières nouvelles avec des perspectives d'emplois peu qualifiés, par exemple autour des voitures électriques. Côté formation, l'impulsion ne vient pas de la Métro, cela ne fait pas parti de nos attributions, même si nous menons des actions locales auprès de publics en difficulté. Par contre, la Métro peut être le poil à gratter de la Région pour que la formation professionnelle ne soit pas oubliée.
Le coup de frein mis à la rocade Nord, après l'avis défavorable de la commission d'enquête publique, aura-t-il des conséquences sur le développement grenoblois?
C'est un coup d'arrêt momentané. Car si l'objet technique a été rejeté, le problème de mobilité dans l'agglomération demeure. Notre volonté n'est pas remise en question et un travail de réflexion s'engage pour répondre à cette péripétie. Mais les entreprises du BTP attendaient la création de la rocade pour retrouver une dynamique et des défaillances d'entreprises sont à venir avec ce retard d'au moins deux ans car leurs carnets de commande s'éloignent. Quant au tramway, le construire ne suffit pas, il faut ensuite le faire rouler: sachant que les usagers ne paient au mieux que 17 à 20% du coût, c'est un modèle qui a ses limites. Or, c'est de notre responsabilité de créer un écrin, un espace urbain attractif, un cadre de vie sympa pour que les gens restent à Grenoble. Les lieux d'excellence sont faciles à créer, mais c'est difficile de les enraciner dans le local.
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