La hausse de l’intérim, signe d’une embellie prochaine de l’emploi ?
# Conjoncture

La hausse de l’intérim, signe d’une embellie prochaine de l’emploi ?

La région a enregistré plus de six mois de hausse de l’emploi intérimaire (+4% de janvier à août comparé à la même période en 2014), en particulier en Loire- Atlantique. Prémices d’une baisse du chômage, ou reflet de la frilosité des entreprises à embaucher ?

Le chiffre est éloquent : une hausse de 9,1 % des effectifs intérimaires a été enregistrée dans les Pays de la Loire en septembre 2015, comparé à septembre 2014. Certes, l’an dernier la rentrée avait été un peu molle. Mais force est de constater que depuis le printemps, l’intérim repart globalement dans la région.

Disparités régionales
De janvier à août, la progression atteint 4 % par rapport à la même période l’an dernier, contre 2,6 % à l’échelle nationale. À l’échelle régionale, dans tous les secteurs on recrute davantage de travailleurs temporaires (à l’exception du BTP qui chute de 6,6 %).

Avec toutefois de fortes disparités en fonction des départements : de +4 % de hausse d’effectifs en Vendée à environ +9 % pour la Mayenne, et de l’autre côté des chiffres plus stables pour l’Anjou et la Sarthe (+0,8 % et -0,4 % respectivement). De juillet à septembre inclus, tous les départements ont progressé chaque mois, sauf ce dernier.

La Loire-Atlantique, locomotive de la région
L’embellie provient surtout d’une grande locomotive : la Loire-Atlantique (+ 7 % de janvier à août), où même le BTP a progressé. « La Loire-Atlantique tire clairement l’économie des Pays de la Loire vers le haut », analyse Patrice Vinet, président régional de Prism’Emploi, une organisation professionnelle réunissant 7.000 agences d’emploi en France, soit 90 % du chiffre d’affaires du secteur.

Donneurs d’ordres en forme
Il faut dire que la Loire-Atlantique concentre 50 % des travailleurs temporaires des Pays de la Loire (40.000 équivalents temps plein dans la région). « Ces bons chiffres s’expliquent en grande partie par le redémarrage d’activité des gros donneurs d’ordres, dans les secteurs de la navale, comme par exemple STX à Saint-Nazaire, boosté par les commandes de paquebots et l’éolien offshore, dans les secteurs du nautisme, de l’aéronautique, et de l’agroalimentaire. Cela vaut aussi pour les autres départements », note Patrice Vinet.

En Vendée, le rebond de Beneteau fait aussi partie des bonnes nouvelles. «Plus largement, les entreprises qui ont misé sur la R & D et les produits propres, notamment dans l’agroalimentaire s’en sortent bien, notamment dans le 44 et le 85, à l’inverse des purs sous-traitants, dans la production de biens d’équipement par exemple », constate de son côté Guylaine Bossis, directrice régionale sur six départements de l’Ouest pour le groupe Actual.

L’industrie recrute en Vendée
La performance des départements reste très liée à celle de leurs industries. Celles-ci recrutent beaucoup de travailleurs temporaires, en Loire-Atlantique bien sûr, mais également en Vendée et en Mayenne (avec une demande en hausse respectivement de +7,4 % et de +9,6 % entre janvier et août 2015).

L’industrie sarthoise fait moins bien (+1,2 %). « L’embauche d’intérimaires dans l’agroalimentaire et l’automobile repart plus doucement qu’ailleurs », indique Patrice Vinet. Difficile toutefois d’apporter des raisons à cela. De moins bonnes performances économiques ou l’automotisation et la robotisation pouvant aussi bien expliquer le phénomène. En baisse dans le BTP, le commerce et les transports, le département progresse en revanche dans les services (+26,0 %).

Les fortunes diverses du BTP expliquent aussi les différences locales. Particularité de l’Anjou, celui-ci connaît la plus forte chute dans ce domaine avec -23,4 %, le double de la Vendée, ajoutée à une certaine atonie côté transports, malgré des bons chiffres par ailleurs.


Frilosité à embaucher en CDI
Considéré comme un indicateur de reprise économique, l’intérim annonce-t-il une baisse prochaine du chômage ? « Bien sûr certains contrats temporaires se voient convertir en CDI, mais on sent tout de même une frilosité à l’embauche », observe Guylaine Bossis. Certains se servent de l’intérim car leur carnet de commandes reste incertain, d’autres comme d’une période d’essai ou encore pour obtenir une formation pour leur futur collaborateur. On voit aussi d’autres typologies d’entreprises recourir à nos agences : des TPE, des artisans et même des start-up, ce qui est nouveau. »

D’après elle, les bonnes nouvelles pourraient arriver dans quelques mois. « Ce redémarrage de l’emploi reste fragile, analyse Patrice Vinet. Les entreprises ont encore besoin d’être rassurées, leur visibilité demeure très courte. Il ne serait pas étonnant que le volume d’intérim se maintienne quelque temps à ce niveau avant de déboucher sur une augmentation significative des embauches à durée indéterminée. D’autant que le volant d’intérimaires peut encore augmenter. Il faut se souvenir qu’en 2007 il atteignait 55.000 personnes contre 40.000 aujourd’hui ».

La hausse devra se confirmer
« Si la hausse de l’intérim se confirme en 2016, il y aura des créations d’emplois fermes, c’est évident, ajoute toutefois Patrice Vinet. Mais le passage des bons chiffres de l’intérim à l’amélioration des chiffres de l’emploi global sera sans doute plus long que par le passé ».

Chômage toujours élevé
Pour assister à une réelle inversion de la courbe du chômage régional, il faudra donc encore attendre. Fin septembre, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A s’établissait à plus de 175.000 personnes en Pays de la Loire, en recul sur un mois (-2,0 %) mais en hausse sur un an (+3,4 %).Le nombre de personnes sans activité aucune augmente seulement un peu moins vite qu’entre les rentrées 2013 et 2014.

Un paradoxe, puisque la région crée des emplois. Après une stagnation sur le dernier trimestre 2014, la masse salariale a de nouveau grossi au premier trimestre (+ 0,6 %), puis encore au deuxième, indique l’Urssaf.

L’allongement de la durée de cotisation, qui augmente mécaniquement le nombre d’actifs, les nouveaux droits rechargeables qui étendent l’allocation chômage ou encore l’attractivité de l’Ouest, qui attire de nouveaux arrivants expliquent en partie ce paradoxe.

Reste que les Pays de la Loire résistent toujours un peu mieux que la moyenne des régions françaises. Au deuxième trimestre, le taux de chômage y était stable avec 8,9 %, soit environ un point de moins que la moyenne hexagonale.

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