Dans votre dernier ouvrage Crise, par ici la sortie, vous laissez entendre que la crise est arrivée par la finance et que l'on en sortira par l'entreprise. C'est-à-dire ?
Cela veut dire qu'il y a eu, en particulier aux États-Unis, des excès de crédits. Ces excès ont été faits pour soutenir l'activité économique, mais d'une manière indirecte. On a fait des crédits à des personnes fragiles et ensuite on les a titrisés pour les revendre un peu partout dans le monde. Si on avait fait des crédits à des populations fragiles et qu'on les avait gardés aux États-Unis, la crise n'aurait pas été mondiale. Elle est devenue mondiale à partir du moment où la finance s'est développée non seulement en terme d'innovation de produits, mais aussi en terme de vente de ses produits. Nous sommes donc encore aujourd'hui dans des phases d'interrogations et de difficultés. Par rapport à ces excès de la finance pour doper la croissance, rien de tel qu'une vraie croissance. Et la vraie croissance, c'est quoi ? Et bien c'est l'innovation, c'est la recherche, c'est répondre aux nouveaux besoins et donc c'est l'entreprise! Les États-Unis nous ont montré les dangers qu'il y avait à financiariser la croissance.
L'entreprise est au coeur de la sortie de crise et pourtant, ce sont ces mêmes entreprises qui sont aujourd'hui encore en grandes difficultés. La crise est-elle réellement derrière nous ?
Il s'agit d'une crise extrêmement violente. Cela fait maintenant près de 4 ans que cela dure et ce n'est pas encore totalement fini. Cela étant, la crise n'est jamais tout à fait la même. En 2007, la crise est financière. En 2008, on est confronté à des interrogations bancaires, puis a des interrogations industrielles en 2009. Aujourd'hui, la crise réside essentiellement dans des interrogations sur les budgets publics. Tout le monde s'interroge sur la croissance future. Est-ce que l'on aura 1%, 1,5% ou 2% de croissance en Europe? Résultat, on sait aujourd'hui que l'on sort d'une crise, mais on ne sait pas de quelle manière, dans quelle proportion.
L'attentisme est donc de mise?
C'est tout à fait ça! Les entreprises ont plutôt bien senti la crise venir. Par rapport aux crises précédentes, où les entreprises françaises avaient été prises par surprise, elles ont réagi beaucoup plus vite en réduisant leurs frais, en stoppant le travail intérimaire, en réduisant les postes de dépenses qui étaient flexibles. Elles ont aussi réduit considérablement leurs stocks, ont arrêté les investissements et ont réduit autant que possible leur endettement. Pour faire simple, la situation d'inquiétude a poussé les entreprises à freiner, voire arrêter les machines.
Couper dans les budgets est une chose, mais est-ce ainsi qu'elles retrouveront le chemin de la croissance?
Si les entreprises n'avaient pas fait preuve de prudence, on aurait eu une catastrophe économique absolue. Freiner quand on est dans le brouillard, est en soi un bon principe. Au final, les PME françaises se trouvent aujourd'hui dans une situation, certes pas entièrement saine, mais relativement plus solide qu'en 1990-92. Cela étant, je vous rejoins sur le fait que ce n'est pas parce que vous freinez les machines que vous pouvez repartir.
Que doivent faire les PME ? Sortir de l'attentisme en se lançant à l'international par exemple ?
La question aujourd'hui est de savoir comment on repart, comment on remet les gaz. Dans ce contexte, il vaut mieux savoir où la croissance est en train de repartir. Et là, on voit très clairement que c'est la Chine, l'Asie de manière générale et des pays émergents comme le Brésil qui sortent du lot. Indirectement, on voit aussi que si les Allemands se portent mieux c'est parce qu'ils exportent en Asie, et que si des entreprises françaises s'en sortent mieux, c'est parce qu'elles exportent vers l'Allemagne, qui exporte vers l'Asie. Tout ce processus est en train de se mettre en place. Mais cela prendra du temps, cela se fera de façon graduelle. La confiance sur le futur, le fait que l'on aide les entreprises à mieux analyser ce qui va se passer, à remettre les gaz, c'est absolument indispensable. L'Allemagne l'a compris, mais d'autres pays comme l'Espagne ou l'Italie voient aussi leurs exportations repartir. La France, elle, se trouve dans une situation intermédiaire. Elle a réduit les gaz et a fait en sorte que la casse économique et sociale soit relativement modérée. Mais aujourd'hui, elle doit remettre les gaz sinon elle va se faire distancer.
L'international est donc la condition sine qua none d'un retour à la croissance?
La croissance passe en grande partie par l'international. Mais cela ne veut pas dire que les PME doivent obligatoirement exporter en Asie. L'important, c'est de participer à des réseaux internationaux de fabrication. En France, on oppose trop souvent les entreprises qui exportent et celles qui ont des implantations à l'étranger. Quand elles ont des implantations, on a tendance à penser qu'elles exporteront moins. Ce n'est pas forcément vrai! Et puis, une entreprise qui délocalise une partie de sa production dans les pays de l'Est, se donne les moyens de faire des entrées de gamme. Les produits à forte valeur ajoutée restent en France. Au final, la délocalisation ne fragilise pas l'entreprise. Au contraire, cela lui donne la capacité de répondre sur toute la gamme. Chose qu'elle n'aurait pas pu faire si elle n'avait conservé que les productions françaises.
Vous avez évoqué l'importance de soutenir les PME. Mais aujourd'hui les États européens et notamment la France sont contraints de réduire leurs dépenses. Comment faire?
Soutenir les PME ne passe pas nécessairement par des subventions. Il faut arrêter avec les subventions de l'État ou des Régions. Les caisses sont vides! Ce que je dis, c'est qu'il faut que les territoires fassent des efforts pour développer deux ou trois compétences spécifiques. Cela passe par une discussion avec les écoles pour arriver à fabriquer des formations pour nos jeunes qui correspondent aux besoins des entreprises. Pour beaucoup de PME, l'international et les exportations en particulier ont un aspect territorial. Il faut faire en sorte que les efforts qui sont faits à l'échelle d'un territoire soient organisés.
Cette spécialisation des territoires, c'est un peu l'objectif des grappes d'entreprises lancées dernièrement par l'État?
C'est exactement ça. Il faut mobiliser et adapter les forces en fonction des points forts du territoire. Les grappes d'entreprises devraient permettre de renforcer et polariser les compétences des territoires de manière à ne pas se disperser.