Oséo a mis un terme le 31décembre dernier au dispositif exceptionnel de fonds de garantie dédié au renforcement de la trésorerie des entreprises, né durant la crise. Est-ce donc la fin de la dépression économique?
Pour nous, la reprise est là. Nous avons interrogé de nombreux chefs d'entreprise qui nous ont dit que leur chiffre d'affaires avait progressé de 3,6% en 2010, alors que leurs prévisions étaient de 1%. Nous sommes convaincus que l'emploi va suivre avant l'été, suivant ces gains de chiffre d'affaires. Autre élément positif: les chefs d'entreprise nous disent que leur trésorerie ne suscite plus de tension avec les banques qui ont repris de façon générale leur métier de financement des fonds de roulement. Pour illustrer tout cela, le niveau d'activité de sollicitation de notre fonds de garantie était l'été dernier dix fois moindre qu'un an auparavant.
Quels sont les résultats de cet outil «anti-crise»?
Nous avons pris des risques importants en intervenant sur les affaires de trésorerie de 28.000 entreprises et en leur apportant en direct près de 3milliards d'euros, avec parfois un taux d'engagement de 90%! Mais l'impact a au final été considérable, comme le prouve une enquête que nous menons actuellement auprès de toutes les entreprises que nous avons aidées. Sur les 5.000 premières que nous avons déjà consultées et qui pèsent environ 120.000 emplois, 52% nous ont répondu que sans ce dispositif, elles déposaient le bilan et que 30% auraient davantage licencié. En matière de sinistres, nous sommes en France en dessous des crises de1993 et2003, alors qu'on a vécu la pire turbulence financière de tous les temps! Il y a eu un grand nombre de dépôts de bilan, c'est vrai, mais ils concernaient surtout des TPE. En matière d'impact économique et social, pour l'instant, la situation est très supportable.
Vous avez soutenu la trésorerie des entreprises durant la crise, disposez-vous des réserves suffisantes pour soutenir leurs investissements durant la reprise?
Après avoir apporté de l'oxygène aux entreprises au coeur de la crise, nous avons voulu leur apporter des sucres lents dès octobre2009 afin de renforcer les quasi-fonds propres. Une enveloppe de trois milliards d'euros a alors été consacrée au contrat de développement participatif (CDP): dans ce cadre nous n'entrons pas au capital et agissons, sans garantie, aux côtés d'un prêt bancaire ou d'un investisseur. C'est un produit excellent, qui offre un fort effet de levier: pour un euro mis par l'État, l'entreprise bénéficiaire du CDP en touche 18. Et il marche bien: 850 millions d'euros ont déjà été consommés. Nous serons donc bientôt à sec, mais nous travaillons dès aujourd'hui aux solutions de maintien du CDP.
Comment réagissez-vous à la réduction de 20% qui frappe votre budget dédié aux aides à l'innovation individuelle des entreprises?
C'est la dure réalité des chiffres confrontée aux discours. L'État a des difficultés, on le comprend. Mais je constate aussi que beaucoup d'argent part dans le crédit impôt recherche (CIR), qui est une bonne chose, mais qui fait de nous la portion un peu congrue. D'un côté on parle en milliards d'euros, de l'autre, de quelques centaines de millions. Le CIR pose la question d'un dispositif aveugle où il suffit de remplir un imprimé pour y avoir droit. Il y a donc parfois des choses un peu limites qui mériteraient qu'on régule le mécanisme. C'est certes à la marge, mais sur les milliards d'euros en jeu, cela fait beaucoup d'argent. Nous, avec 150 millions d'euros, nous ferions beaucoup de choses avec nos aides qui sont, elles, discernantes.
L'international est aussi une piste importante de sortie de crise. Allez-vous renforcer les outils qui y sont dédiés?
Seulement 16% des entreprises françaises exportent, contre 22% en Europe. Il faut contribuer à combler ce retard. Nous allons porter de 80.000 à 150.000euros le plafond de notre prêt export, qui sera désormais accessible aux sociétés de moins de trois ans, jusque-là exclues du dispositif afin d'aider les jeunes entreprises innovantes. Nous allons aussi assouplir l'accès aux garanties que nous apportons aux entreprises sur les fonds propres ou quasi-fonds propres qu'elles investissent lorsqu'elles créent une filiale en zone Europe ou rachètent une entreprise à l'étranger. Nous allons assouplir l'accès à ce fonds, compliqué en termes d'instruction, afin de le rendre plus rapide.
La rapidité, c'est d'ailleurs peut-être votre talon d'Achille?
Non, pas sur les produits dont nous avons la maîtrise de décision. Lors de la crise, nous répondions en quatre jours sur le volet trésorerie. Après, sur certains dispositifs de soutien à l'innovation, certaines procédures sont abominables, notamment ce qui entoure le Fonds unique interministériel (FUI), qui soutient les pôles de compétitivité. Nous en avons la charge depuis un an et nous souhaitons le fluidifier et le rendre plus rapide.
J'ai confié une mission au préfet Valleix, qui a travaillé un an et produit un rapport et des propositions très modérés, mais regardés avec circonspection par l'administration d'État. Un certain nombre de propositions seront quand même suivies d'effets: Nous allons travailler avec un certain nombre de régions pilotes (NDLR: Nord, Pays de la Loire, Picardie) pour avancer et aider les entreprises.
Comment vont intervenir ces régions?
Il faut décentraliser les dossiers. Aujourd'hui, tout remonte à Paris et du coup, sur chaque appel à projets du FUI, il y a 200 réponses dont deux tiers vont à la poubelle avec la perte de temps et d'argent que cela implique. Il faut travailler plus en amont pour être plus efficace. Les pôles de compétitivité, à quoi cela sert si le local n'a pas son mot à dire au final? Et puis on met en compétition des projets qui n'ont rien à voir: est-ce pertinent de juger à Paris une innovation biotech à Lyon par rapport à un projet d'aile d'avion à Toulouse?
Il faut aussi contribuer à une meillleure construction des dossiers. Aujourd'hui, on ne demande pas par exemple aux membres des consortiums candidats de se mettre d'accord préalablement sur la répartition des richesses créées grâce à l'innovation présentée. Et du coup, lorsque la subvention est accordée, un temps fou est perdu en négociations, avec des tensions entre les partenaires! J'espère vraiment que nos actions auront des effets dès cette année...
La crise de 2008 aurait été moins destructrice que ces aînées de 1993 et 2003. C'est l'avis de François Drouin, P-dg d'Oséo, l'établissement financier para-public qui a joué les pompiers durant la dépression.