Vous venez d’être réélu à la présidence du Medef 35 pour trois ans. Sur quels axes souhaitez-vous avancer sur cette deuxième mandature ?
Nous souhaitons rester un acteur majeur d’influence auprès de la sphère publique. Ce qui va vraiment structurer ce mandat, c’est la création d’un "Lab" de co-construction des politiques industrielles et logistiques. On est parti du constat que si demain venaient à poindre de nouveaux projets, il ne suffit plus de dire "je passe les étapes légales" pour que ce soit accepté. Nous sommes dans un moment ou si on ne prend pas en considération toutes les parties prenantes (élus, associations, riverains…) très en amont, les projets n’aboutiront plus, on en est convaincus. C’est la culture du compromis qui prévaut, essayer de mettre tout le monde d’accord sur un socle commun. L’idée c’est de construire une méthode et de la déployer.
Parmi nos autres engagements clés, on va aussi créer un observatoire de la fiscalité locale pour avoir des données fiables. On souhaite enfin renforcer notre offre de services auprès de nos adhérents (3 000 entreprises adhérentes dont 91 % de TPE-PME, NDLR). Nous avons une équipe engagée et un bureau paritaire avec une même représentation d’hommes que de femmes. Le conseil d’administration travaille sur les grands sujets : prospective, international, RSE… On s’appuie aussi sur un Comex 40 (des jeunes entrepreneurs de moins de 40 ans, NDLR), sorte de poil à gratter du Medef. Nous prévoyons aussi d’avoir des référents par territoire (Redon, Saint-Malo, Fougères…) pour créer des liens forts sur tout le département de l’Ille-et-Vilaine.
La situation politique nationale est chaotique, avec un gouvernement qui vient d’être censuré. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
La censure va avoir des conséquences fortes sur l’économie. On réclame de la stabilité politique avec des parlementaires qui puissent faire remonter les vraies attentes du terrain. Ne pas avancer sur des discussions que certaines branches professionnelles peuvent avoir avec les ministères, ça va être catastrophique. Sur la question du débat budgétaire, il y a une vraie déconnexion par rapport aux attentes des entreprises. On est totalement opposés à l’augmentation du coût du travail, on est déjà le pays le plus taxé d’Europe. Sur la question de la dette, enfin, on est sur une pente glissante avec des taux d’emprunt pour la France sur le même niveau que la Grèce. C’est inquiétant. Si la confiance vis-à-vis des banques et des investisseurs n’est plus là, le développement économique va s’en trouver impacté.
Comment appréciez-vous le climat économique et social sur le territoire bretillien en cette fin d’année 2024 ?
Les signaux sont mauvais, les carnets de commandes diminuent pour beaucoup d’entre nous. On compte aussi 25 % de dossiers de procédures judiciaires en plus par rapport à l’année dernière (dans le ressort du Tribunal de commerce de Rennes, NDLR). Je discute avec les entrepreneurs, tous me confient reculer leurs projets d’investissement ou geler les embauches. Ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas le faire mais l’incertitude est de mise. Et il n’y a rien de pire que l’incertitude dans l’entreprise.
Comment prévoyez-vous d’aider les entrepreneurs en situation de crise ?
Nous allons créer une cellule de soutien aux entreprises en difficulté. On ne veut pas se mettre à la place des tribunaux de commerce qui travaillent très bien sur la partie prévention mais on souhaite être une antichambre, en tant que pairs, des difficultés que pourraient vouloir nous confier les chefs d’entreprise. L’objectif c’est de leur d’ouvrir notre porte pour bien les orienter, avant qu’il ne soit trop tard. Tout cela, bien sûr, en toute confidentialité. Nous travaillons aussi avec des organismes comme Rebond 35 ou 60 000 Rebonds auprès de qui nous allons intensifier nos efforts.