Pourquoi lancer maintenant le Manifeste pour un meilleur financement des entreprises par les marchés de capitaux ? Quel est le problème à résoudre ?
Le vrai sujet, c’est le manque d’épargne fléchée vers le financement des entreprises, en particulier les PME et ETI cotées. Trop peu de capitaux vont aujourd’hui dans les fonds propres de ces entreprises, alors que c’est essentiel pour leur développement. Ce manifeste est une réponse collective à ce constat qui permet d’alerter tout le monde sur cette situation.
À quoi sert cette épargne pour les entreprises ?
Cette épargne leur permet de se renforcer financièrement. Quand une entreprise veut se développer, elle a besoin d’augmenter ses fonds propres. C’est là qu’interviennent les investisseurs via la Bourse : ils injectent du capital dans les entreprises qui émettent des actions sur ce marché. Cela leur permet d’investir, d’embaucher, d’innover… tout en gardant le contrôle de leur stratégie.
Quels sont les grands partenaires de ce Manifeste ?
Nous avons mobilisé les principaux acteurs de la place financière : Euronext, la place de marché, l’AMAFI, qui regroupe les banques intervenant sur les marchés, l’AFG, pour les sociétés de gestion, France Invest, qui représente les fonds d’investissement, France Assureurs, pour les compagnies d’assurances, BPI France, l’acteur public du financement. Et toutes les places régionales sont aussi signataires, ce qui montre l’ampleur du soutien. Le bilan ? 41 signataires institutionnels, et plus de 580 signataires individuels issus de 350 organisations.
À qui ce Manifeste s’adresse-t-il ?
D’abord aux pouvoirs publics, à l’État et aux Régions, qui, en tant qu’autorités politiques, peuvent prendre des dispositions qui soutiennent, facilitent, encouragent, le financement et le développement des entreprises. Ensuite, il s’adresse à tout l’écosystème de conseils des entreprises : avocats, commissaires aux comptes, banquiers, fonds… Tous ceux qui accompagnent les dirigeants dans leur stratégie de financement. Le Manifeste propose ainsi plusieurs pistes, comme le fléchage de l’épargne vers les marchés, notamment via les fonds de retraite ou l’assurance-vie. Et bien sûr, il s’adresse aux entreprises elles-mêmes, pour leur montrer que la Bourse est un outil crédible et efficace, et qu’il a de nombreux avantages.
Quels sont justement les avantages d’une introduction en Bourse pour une entreprise, comparés à une levée de fonds via du capital-investissement ?
L’avantage principal, c’est l’indépendance. La Bourse permet aux entreprises de financer leur croissance sans renoncer à leur indépendance. Une entreprise qui lève des fonds en Bourse renforce ses fonds propres tout en conservant la maîtrise de son destin. Contrairement aux fonds de capital-investissement – capital-développement ou capital-risque – qui entrent au capital avec un horizon de sortie souvent contraint (généralement 5 ans), la Bourse permet d’ouvrir le capital à des investisseurs qui peuvent entrer ou sortir sans que cela ne remette en cause la gouvernance ou la stratégie du dirigeant.
Lors de la présentation du Manifeste, à Nantes, vous avez fait témoigner un dirigeant, Christophe Brunot, président de Largo, qui a dit préférer être en Bourse plutôt que d’être surveillé en permanence par des fonds. Que voulait-il dire ?
Quand vous faites entrer un fonds, vous devez composer avec ses exigences : il peut influer sur la stratégie, bloquer des décisions, voire orienter les choix en fonction de sa propre échéance de sortie, contre l’intérêt à plus long terme de l’entreprise. Il souhaite que l’entreprise soit la plus belle possible pour la vendre. Cela peut mener à des arbitrages défavorables au développement de l’entreprise, comme le renoncement à des acquisitions à l’approche de son timing de sortie. J’ai eu le témoignage récent d’un patron d’une ETI qui s’est vu bloqué dans son projet de croissance externe parce que l’un de ses fonds actionnaires devait sortir et ne voulait pas de risque à court terme.
Quel est l’avantage de la Bourse dans ce cas précis ?
Avec la Bourse, ces situations sont évitées : les investisseurs peuvent vendre leurs actions librement, sans impact stratégique. C’est un levier de croissance compatible avec l’indépendance des dirigeants. C’est aussi un levier de notoriété : être coté en Bourse, c’est un gage de sérieux et de transparence, utile dans les relations commerciales, les recrutements ou encore l’accès à d’autres formes de financement.
Et, en France, sur le plan financier, même si une IPO a un coût – 6 à 8 % du montant levé, il est payé une seule fois, avec une part de l’argent levé. À la différence d’un crédit bancaire, vous n’avez pas d’intérêts à rembourser chaque année. Aux États-Unis, le coût, c’est entre 12 et 14 % de la levée de fonds.
Le modèle italien vous a inspiré pour votre Manifeste. En quoi consiste-t-il ?
L’Italie a mis en place le Bonus IPO, un crédit d’impôt couvrant jusqu’à 50 % des frais d’introduction en Bourse, plafonné à 500 000 €. La région de Lombardie a, elle, proposé cela sous forme de subvention. Ce dispositif a porté ses fruits : entre 2020 et 2025, on a eu 163 IPOs en Italie contre 47 en France. Ce type de soutien existe désormais aussi au Portugal et en Irlande. En France, il pourrait devenir un déclencheur d’introduction en Bourse important pour les PME et les ETI.
Et les particuliers dans tout ça ? Leur place en Bourse est-elle importante ?
Près de 3 millions de Français investissent en Bourse. Parmi eux, aidés par les plateformes digitales, environ 1 million de jeunes s’y sont mis à partir de la période Covid. La proximité géographique avec certaines entreprises joue un rôle clé. Pour citer l’exemple de STIF, l’une des succès story en Bourse dans la région ouest, un quart des actionnaires individuels sont domiciliés en Maine-et-Loire, et un tiers en Pays de la Loire. Même constat chez Hoffmann Green à Bournezeau (Vendée) qui a attiré beaucoup de résidents en Vendée, qui représentent 60 % des actionnaires particuliers.
À une échelle plus grande, y a-t-il aussi un enjeu ?
Clairement. Pendant longtemps, il était difficile de convaincre des fonds non français d’investir dans des PME hexagonales. Mais les choses changent. On a structuré des opérations récentes avec des fonds espagnols, allemands, suédois… Le seuil des 500 millions d’euros de valorisation n’est plus une barrière. C’est un tournant important : aller chercher l’épargne européenne, et pas uniquement française. À partir de 50 millions d’euros de levée de fonds, les fonds européens s’intéressent à nos PME et nos ETI.
Quels sont les chiffres clés des entreprises cotées en Bourse dans l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie, Centre-Val de Loire et Nord Aquitaine) ?
Aujourd’hui, 61 sociétés sont cotées, ce qui représente 9 % des entreprises cotées françaises et place donc l’Ouest au troisième rang national, après l’Île de France (56 %) et la région Auvergne-Rhône-Alpes (13 %). Dans l’Ouest, la plus forte capitalisation boursière est LDC, avec une valeur de 2,6 milliards d’euros. Suivent Manitou (725 M€), Beneteau (633 M€), Séché Environnement (622 M€) et Valneva (527 M€). La valorisation cumulée des 61 entreprises cotées dans l’Ouest s’élève à 8,3 milliards d’euros. Le chiffre d’affaires médian de ces entreprises est de 81 millions d’euros.
Quelle est votre ambition d’ici à 2030 dans l’Ouest ?
L’Ouest, au sens large, est la région la plus active de France sur le plan de l’introduction en Bourse. Sur les cinq dernières années, 25 % des introductions en Bourse françaises viennent de l’Ouest, alors qu’aujourd’hui elles représentent moins de 10 % des 650 entreprises cotées françaises. Notre ambition ? Nous avons identifié 50 sociétés pouvant rejoindre les marchés, essentiellement des PME et ETI de la région Ouest. D’ici à 2030, notre objectif serait d’atteindre les 100 sociétés cotées en Bourse, pour 61 aujourd’hui.