«La BCE se trompe de combat!»
# Conjoncture

«La BCE se trompe de combat!»

La crise de 2008 ne se contente pas de proliférer, «elle mute!» constate Isabelle Job, de la direction des études économiques du Crédit Agricole. Invitée par l'agence normande de Crédit Agricole Corporate & Investment Bank (ex-Calyon) à livrer son analyse, l'économiste fait un rappel historique: «2008 a été le révélateur de l'indiscipline budgétaire des États qui ont été en première ligne pour sauver l'économie et les banques», au terme d'une période de dix ans où chez beaucoup d'acteurs économiques présidait l'idée que «le risque avait disparu des radars». Dix années pendant lesquelles «on a payé la croissance d'aujourd'hui avec du crédit!» Finalement, tout n'allait pas si mal du moment que les États tiraient des recettes de secteurs en surchauffe, tel l'immobilier en Espagne. Dix ans, c'est aussi le temps qu'il faudra, juge Isabelle Job, pour «purger les stocks de dettes» et revenir à une situation plus tenable. À condition d'employer la bonne méthode. Le recours à l'inflation? «C'est une solution indolore pour réduire le poids de la dette... Si les marchés ne l'anticipent pas!» Un chemin privilégié par les États-Unis et honnis par une BCE sous influence Allemande. D'un côté la peur de la déflation qui creuse la dette -voir les taux d'intérêts quasi-nuls Outre-atlantique- et de l'autre la crainte de l'hyperinflation jugulée par un mandat strict de la BCE, chargée de maintenir les prix, coûte que coûte. «Mais c'est la BCE qui se trompe de combat», estime l'économiste du Crédit Agricole. A fortiori dans une période «où il n'y a pas d'inflation», hormis sur l'énergie et les matières premières en général. La croissance? «C'est le meilleur moyen de réduire l'endettement» et aussi le chaînon manquant de la stratégie européenne. L'austérité? À manier avec prudence. Le risque de cercle vicieux n'est jamais à exclure. Alors, sauvetage ou défaut? Le fonds de soutien européen a le mérite d'exister mais il ferait pâle figure avec ses 440milliards d'euros (bientôt portés à 1.000milliards) au cas où les grands pays de la zone euro feraient défaut. Et pendant ce temps-là, la Banque d'Angleterre rachète la dette publique et laisse filer l'inflation (autour de 5%). Tout ce que la BCE s'interdit de faire. Jusqu'à preuve du contraire!



G.D.

  • l'analyse
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