Plafond de verre, inégalité salariale, politique du quota, parité non respectée... Dans la France de 2015, les maux sont encore nombreux dans le monde professionnel. Face aux hommes, les femmes avouent connaître de multiples inégalités. Même si les femmes de la jeune génération sont plus diplômées que les hommes, le taux d'activité des femmes nordistes reste l'un des plus faibles de France métropolitaine. Dans le Nord - Pas-de-Calais, le taux de chômage des femmes est aussi plus important que celui des hommes. Le Journal des entreprises donnent la parole aux femmes chefs d'entreprise du Nord - Pas-de-Calais.
- Odile Lepercq, gérante du centre de formation Carpé Média à Lille :
« Je suis une femme engagée au niveau professionnel, économique et politique et je n'attends pas cette journée pour avoir une pensée émue et militer pour l'égalité entre hommes et femmes. Mais je reste persuadée que cette manifestation a une utilité, elle permet une prise de conscience là où c'est nécessaire. C'est une mise en avant de la réalité qui permet d'éclairer sur les points où il y a encore du travail à faire : l'égalité des salaires et des carrières professionnelles. Via les réseaux, les manifestations, les initiatives locales qui se mettent en place, on touche un public de plus en plus large. Ça peut susciter des engagements ou des vocations. La mise à l'honneur des victoires féminines est tout aussi importante. C'est l'occasion de rendre visible les actions des femmes et, pourquoi pas, de s'en inspirer dans son quotidien. Dans le concret, l'organisation professionnelle d'une femme subit des contraintes liées à l'éducation des enfants. Nous avons trois enfants, mon mari et moi avons aménagé nos horaires. Il a pris un 4/5e pour que la tâche soit répartie. »
- Séverine Réquillart, dirigeante de Lulu Création à Bondues :
« Je vois trois avantages principaux à cette journée des droits de la femme : une transmission d'informations, un impact salarial et un impact éducatif. C'est motivant et enrichissant de montrer des parcours réussis de femmes ordinaires qui jouent un rôle important dans l'économie. Les réseaux comme FCE aident aussi les femmes à grandir, cette entraide est fondamentale. En ce qui concerne l'impact salarial, cette journée peut donner l'envie aux jeunes femmes d'être indépendantes et dans l'autonomie financière. Une femme n'apporte pas un salaire d'appoint dans le foyer, son travail est tout aussi valorisant que celui de son conjoint. Même s'il reste encore beaucoup de travail en matière d'égalité salariale. J'ai commencé ma carrière dans la filiale d'une société japonaise. Les femmes gagnaient 30 % de moins qu'un homme pour un même poste. C'était culturel et à ne surtout pas remettre en question. L'importance éducative, je m'en suis rendu compte lorsque mon fils a rempli une fiche de renseignement à l'école sur la profession des parents. Pour son père, il a écrit "chef d'entreprise" et pour moi : "travaille chez Lulu Création" et non pas chef comme pour son papa. Du haut de ses 10 ans, le fait que je n'ai pas de salariés justifie que je ne sois pas une dirigeante d'entreprise. Ça a été un déclic. Depuis je pousse mes deux filles à l'esprit d'entrepreneuriat. Il est primordial que les étudiantes soient sensibilisées à cette éventualité dans leur carrière. »
- Isabelle Hottebart, dirigeante de la société De Graeve à Wambrechies :

« Cette journée est l'occasion de rappeler toutes les lois par lesquelles on est obligé de passer pour que les choses évoluent. Qu'il s'agisse de parité, d'égalité salariale, d'accès à certains métiers dits masculins ou encore des freins aux carrières scientifiques, industrielles et à la direction d'entreprise. Une fois par an, au moins, on remet le sujet au milieu de la table. Même si l'on reste dans un schéma culturellement masculin. Trop peu de gens encore ne comprennent pas que l'approche féminine est bénéfique à l'entreprise. Nous sommes plus pragmatiques, motivées par l'idée de construire et de faire avancer les choses, pas dans une quête du pouvoir. Il faut utiliser la Journée de la femme comme une mise en lumière pour faire bouger les lignes et arriver à une juste mixité. Moins de politique et plus de pragmatisme dans ce contexte économique tendu. La région compte 30 % de femmes chefs d'entreprise, ce qui correspond à la moyenne nationale. L'autre spécificité est la tendance du territoire à être proactif en matière de création d'entreprise : un créneau que se sont approprié les femmes puisque l'entrepreneuriat au féminin est important en région. Le Nord - Pas-de-Calais est riche de réseaux qui sont de plus en plus à l'écoute de cette dynamique, ils sont dans la volonté d'ouvrir leurs portes. Même si, il faut l'avouer, beaucoup de ces intentions restent motivées par l'application des quotas obligatoires. Le législatif fait avancer les choses, c'est indéniable, mais ça reste désagréable comme sentiment : faire passer les choses en force fait toujours mal. »
- Corinne Gosse, gérante du cabinet de conseil Hélios Conseil :
« Concilier vie professionnelle et vie personnelle, voilà une question dont on pourra débattre encore longtemps ! Même si la proportion des femmes créatrices de leur entreprise a doublé en près de 15 ans, il reste des points sur lesquels il faut légiférer pour espérer voir les choses s'arranger, comme c'est le cas avec l'égalité salariale. L'entrepreneuriat est un moyen de s'émanciper pour les femmes, plus que dans des structures existantes où l'on cherche à gravir des échelons. Ce qui manque cruellement aux femmes - je l'observe lors des différentes réunions du club Entreprendre au féminin - c'est la confiance en elles et en leurs potentiels. Les femmes, étant plus prudentes, plus perfectionnistes et plus empathiques seront moins fonceuses que les hommes et prendront moins de risques. Ce que l'on prend comme des freins à la création d'entreprise. Pourtant, de nombreuses études ont démontré que ces caractéristiques féminines assurent plus de pérennité à une entreprise. On dit même des femmes qu'elles sont plus performantes que les hommes dans la gestion des PME. D'où l'intérêt d'en avoir conscience dans les entreprises pour favoriser une meilleure mixité salariale. Pour ma part, je vis la Journée de la femme à l'échelle mondiale. Je suis sensible aux conditions de vie des femmes dans le monde. Je pense qu'en France on devrait faire évoluer cette journée pour lui apporter plus de sens et moins de symbolisme, notamment en termes de mixité. À commencer par le comité paritaire en Région. Dans les mandats que j'occupe, il n'y a pas une seule nana parmi les représentants du Medef, de la Région ou de l'État. »
- Isabelle Delcroix Naulais, dirigeante de l'agence de conseil et formation Lidup à Lille :

« J'ai un grand respect pour tout ce que représente la Journée internationale des droits des femmes. C'est un symbole important au regard de l'histoire de toutes ces femmes qui ont lutté pour leurs droits. Mais si on pouvait se passer aujourd'hui de cette journée, je ne m'en porterais que mieux. Au même titre que les quotas. Cette journée dénote un problème non résolu. Le jour où tous les problèmes seront réglés, on pourra plutôt parler d'une " journée des femmes et des hommes pour une vie meilleure " où l'on intégrera aussi les revendications des parents dans l'organisation professionnelle, aussi bien des pères comme des mères, compte tenu de l'évolution des modèles sociétaux. En ce qui concerne le secteur professionnel, il reste encore du chemin en matière de parité. Pourtant, 1 salarié sur 2 est une femme. Le travail des femmes n'est plus anecdotique, on ne peut pas l'ignorer. La femme est un acteur économique au même titre que l'homme. Pourtant le modèle est resté, lui, masculin. Les entreprises se posent aujourd'hui beaucoup de questions. Nous sommes à un tournant, je suis plutôt confiante. Les besoins commencent à se rejoindre entre hommes et femmes : tous les deux veulent faire carrière, s'occuper de leurs enfants et prendre du temps pour eux. Les attentes sont les mêmes. Il y a comme une incohérence entre ces attentes et le message global diffusé, qui lui est essentiellement masculin. Ne seraient-ce que les différents salons professionnels qui, s'ils n'utilisent pas une symbolique franchement sexiste, n'illustrent leurs événements qu'avec des dessins ou des photos d'hommes. Ça exclut automatiquement les femmes. Un secteur en particulier échappe à la mixité : celui des entreprises innovantes où les femmes représentent moins de 10 % des dirigeants. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder le public des incubateurs comme Euratechnologies ou d'autres pépinières : les femmes y sont largement minoritaires. Et quand on sait que les aides publiques sont ciblées sur l'innovation, on comprend vite le problème. Les femmes, peu présentes, n'y ont pas accès. »


