Pour quelle raison rejetez-vous le projet de création d'une métropole
Maryse Joissains-Masini: Parce que c'est d'une stupidité totale. Je pense qu'on a tort aujourd'hui de prévoir de grands ensembles comme celui-là. Parce que ce n'est pas géré au plus près des besoins des habitants. Et qui va souffrir de ce genre de projets pharaoniques? Ce sont les plus modestes. Sur le plan du business, ce serait peut-être mieux. Mais sur le plan du confort, au quotidien, ce serait une véritable catastrophe. Les gens ont besoin de proximité, et on ne peut pas tout confier au technique et à l'administration. Je ne veux pas d'une France gérée par des énarques et par de hauts fonctionnaires qui tireront les ficelles depuis Paris.
Magali GiovannangeIi: La constitution d'une métropole ne répondra pas aux problèmes qui se posent à Marseille et notamment le chômage, qui est très fortement présent dans notre département. Une mesure institutionnelle ne résoudra rien. Partir d'une situation désastreuse et vouloir créer une métropole pour la résoudre n'est pas la bonne démarche. Nous avons construit, autour de Marseille, huit EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale, Ndlr), qui sont de vrais espaces de collaboration avec les communes. Nous ne sommes pas le pôle métropolitain le plus en retard en France. Nulle part dans l'Hexagone n'a été choisie la formule de la métropole, hormis à Nice. Au sein du Pays d'Aubagne et de l'Étoile, nous avons mis en place la gratuité des transports. Si la métropole voyait le jour, cette initiative serait balayée.
Entretien avec Maryse Joissains par journaldesentreprises
Comprenez-vous la grogne du monde économique, qui considère que la situation actuelle est source de blocage, notamment en matière de transports et de logements?
MJ-M: Que le monde économique fasse son boulot, et c'est très bien, parce qu'il apporte de la prospérité. Mais s'ils ont envie de faire de la politique, ils n'ont qu'à monter une liste. Ils diront à la population "on va faire la grande métropole", et ils verront, la population va les renvoyer chez eux. Les gens ne veulent pas de grandes structures. Ils détestent l'Europe et ils ont peur de la mondialisation parce que c'est quelque chose qu'ils ne comprennent pas. La métropole, c'est la mondialisation à l'échelle locale, et on n'en veut pas.
MG: Je ne suis pas chef d'entreprise. Et je ne vais pas me mettre à la place d'un dirigeant. On entend souvent dire que la société civile veut la métropole. En fait, ce sont plutôt les chefs d'entreprises. C'est dans la logique du Medef. Pour eux, les élus et les collectivités coûtent cher. Mieux vaut tout rationaliser au nom de l'efficacité. Mais de quelle efficacité? Il n'y a aucune pertinence à s'éloigner des territoires et des administrés pour prendre des décisions. Cela ne fera que simplifier la vie des patrons qui n'auront alors plus qu'un seul interlocuteur auprès duquel mettre en place des actions de lobbying. Tout sera plus simple dans une logique d'accroissement des profits. À Aubagne, l'UPE a mené campagne contre le tram, dont le projet a été pourtant approuvé à l'issue de l'enquête publique qui a mobilisé près de 1.300 personnes. Ceux qui sont pour la métropole n'aiment pas les initiatives locales. Chez nous, les chefs d'entreprises trouvent pourtant intérêt à la gratuité des transports. Il y a un double langage.
Selon Jean-Luc Chauvin, président de l'Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône, la création d'un pôle métropolitain reviendrait à être "tous unis pour ne rien faire"...
MJ-M: Tout ce qui est excessif est ridicule. On n'a pas attendu Monsieur Chauvin pour que tous les services du territoire fonctionnent. On est bons dans tous les thèmes qui font partie de notre responsabilité. Est-ce qu'il faut aller plus loin? Oui. Mais en désordre? Non. Je dis: "l'entreprise existe, elle compte, il faut l'aider et il faut travailler avec elle". Mais je ne dis pas: "les autres sont mauvais et nous on est bons". Là où le monde économique a raison, c'est qu'il existe en effet un véritable de problème de transports entre territoire. Il faut une direction unique, que l'État confierait au conseil général ou au conseil régional, avec tous les pouvoirs. Pourquoi, à Paris, quand ils travaillent, n'ont-ils pas l'intelligence de créer des situations qui agréent tout le monde?
MG: Je suis indignée. Nous ne disons pas que nous voulons rester cantonnés à nos territoires. Nous avons au contraire constitué un pôle métropolitain avec l'ensemble des EPCI. C'est la preuve que nous voulons travailler ensemble. L'ensemble des présidents des EPCI veut bouger les lignes.
La dernière réunion de travail consacrée à la création d'un pôle métropolitain a été marquée par l'absence d'Eugène Caselli, président de Marseille Provence Métropole. Tous les présidents d'intercommunalités parlent-ils réellement d'une même voix?
MJ-M: Monsieur Caselli nous a accompagnés tout au long de notre démarche de création d'un pôle métropolitain. Aujourd'hui, il pense qu'il va être le patron. Mais d'autres poissons ne se laisseront pas faire. D'autres sont compétents. Qu'il ne se mette pas dans l'idée que celui qui dirigerait la métropole serait forcément marseillais et serait Eugène Caselli! Par ailleurs, nous avons dit que s'il fallait faire le pôle métropolitain à huit, nous le ferions, tout en restant ouverts à Marseille pour qu'elle entre.
MG: L'absence d'Eugène Caselli a été remarquée. Il a également accueilli le premier ministre lors de sa visite à Marseille. Nous sommes à dix-huit mois d'une échéance électorale et Eugène Caselli a changé sa posture. Je suis toutefois une éternelle optimiste et la porte n'est pas fermée. Rien n'est écrit. Eugène Caselli sera bien obligé de travailler avec le pôle. Nous ne nous passerons pas de Marseille. La force du pôle est réelle. Les huit présidents restants sont déterminés à continuer à travailler ensemble. Je n'ai pourtant politiquement rien de commun avec Maryse Joissains...
Où en êtes-vous en terme de calendrier?
MJ-M: Nous voulons faire ce pôle métropolitain dès janvier 2013. Avec huit autres présidents d'intercommunalités, je m'y engage. Tout peut se faire très vite. MG: Nous avons entamé un dialogue intéressant avec le gouvernement. Nous sommes engagés dans une négociation. Nous allons avoir de nouvelles réunions entre EPCI. Sans rien lâcher, nous allons continuer à nous battre. Surtout si une loi se profile, nous devons multiplier les actions, rencontrer les maires. Je fonde mon espoir sur ma détermination. Il y a une histoire dans ce pays. Les élus locaux en font partie. Chaque territoire de ce département a une vocation bien particulière: pétrochimie, commerce, port... Il faut faire jouer les complémentarités. À Aubagne, nous avions organisé un référendum populaire sur le rattachement à Marseille Provence Métropole. Nous sommes fidèles à ces échanges avec la population. Nous avons ainsi prévu le 11 octobre prochain un rendez-vous public où seront présents les présidents des EPCI. Il faut que ce débat reste entre les mains de la population.