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ubert Schaaf (Plastiques Poeppelmann, Rixheim): La lecture du projet M2A 2020 met en avant le renforcement du tertiaire. Quelle place souhaitez-vous donner à l'industrie sur la M2A?
J'ai toujours, depuis plus de 20 ans joué la carte de l'industrie. Qu'elle soit traditionnelle ou issue des nouvelles technologies. Mais j'ai aussi conscience que la tradition industrielle qui a fait Mulhouse au XIXe et au début du XXesiècle a subi de profondes restructurations. On a préservé tout ce qui pouvait être préservé: PSA, Clémessy, Manurhin... Mais il faut admettre qu'il n'y a plus des centaines d'embauches à en attendre. Mulhouse est en sous-capacité tertiaire des faits de ce lien très fort à l'industrie et que nous ne sommes pas une préfecture ni une ville administrative. Il fallait donc cette remise à niveau, qui reste d'actualité. Mais cela ne se fera pas au détriment de l'industrie. Je n'oublie d'ailleurs pas que c'est le secteur productif qui tire le tertiaire.
H.S.: Nous rencontrons des difficultés de recrutement dans les métiers manuels. C'est paradoxal au regard du taux de chômage à 10%... Cette question n'est pas récente. Malgré un problème de chômage endémique, notamment dans les quartiers, les entreprises ne parviennent pas à trouver des jeunes. La connexion ne se fait pas suffisamment. C'est pour cela que nous avons créé, avant d'autres, des outils pour favoriser le dialogue: Sémaphore il y a 20 ans, la maison de l'emploi, le Plan local d'insertion... Mais tout cela est un travail de longue haleine, difficile, pas spectaculaire et qui n'a pas encore porté tous ses fruits. Nous devons faire de cette caractéristique de population jeune un atout pour l'économie. Le fait d'avoir agrandi le territoire de l'agglomération, de pouvoir mutualiser les moyens, va nous aider à être plus efficaces.
Frédéric Spindler (OCI Informatique, Sausheim): La circulation sur l'A36 est très problématique aux heures de pointe. Cela gêne l'activité économique. Quel rôle la M2A peut-elle jouer pour fluidifier le trafic? Il y a une dizaine d'années, la ville de Mulhouse a joué un rôle essentiel dans le cadre des négociations du contrat de plan Etat-Région. A l'époque, seule Mulhouse payait aux côtés du Département et de la Région car il n'y avait pas encore d'agglomération. J'ai joué un rôle important pour les premiers travaux de la mise à 2x3 voies de l'A36. Il y a actuellement encore des travaux. Nous participons à hauteur de 30M€ aux côtés de l'État et des collectivités. L'effort que nous avons entrepris sur le transport public ne va pas à l'encontre de celui que nous menons pour un transport routier de qualité. Les impôts que vous payez, vous les retrouvez aussi là. De nouveaux travaux sont encore prévus en 2013 et permettront d'accroître la capacité de cette section, d'améliorer les conditions de desserte de l'agglomération.
Nous cherchons depuis quatre ans un terrain, idéalement à Sausheim, mais le foncier est rare... Quelle réflexion menez-vous pour rationaliser l'offre des zones d'activité?
J'ai vraiment été un précurseur dans ce domaine: quand nous avons racheté des centaines d'hectares de terres agricoles et créé il y a 20 ans le Parc des collines, les gens souriaient. Nous étions en pleine crise économique mais nous avons su anticiper. Nos65 zones d'activité regroupent aujourd'hui plus de 40% de l'emploi local, la quasi-totalité de l'emploi industriel. C'est dire si l'enjeu est important. Nous sommes en mesure d'assumer les trois à quatre années à venir si l'on tient compte du rythme de consommation actuel (10ha par an). Sur le plan quantitatif, on a de la marge. Sur un plan qualitatif, la situation est plus contrastée. Le stock est pour partie sur les zones d'activité historiques des années 60-70, et ne correspond plus forcément aux besoins. Je reconnais qu'il y a, du point de vue des entreprises, des difficultés à trouver une offre adaptée sur le plan qualitatif. L'enjeu est donc de mettre en place une stratégie territoriale de production de l'offre foncière (amélioration de la qualité paysagère et environnementale, accessibilité...) pour que nos terrains répondent aux besoins des entreprises d'aujourd'hui (crèches, restauration, gardiennage...). Face à des demandes très variées, nous nous devons d'avoir un portefeuille diversifié et connu.
Gilles Salzmann (Espace Witty, Wittenheim): Quel impact économique attendez-vous de l'arrivée du TGV Rhin-Rhône?
Il ne faut pas s'attendre à un effet mécanique sur notre économie. Cet effet, on l'aura en fonction de ce que l'on fera pour valoriser cette arrivée. On a, à Mulhouse, une carte majeure à jouer grâce aux infrastructures de transport public. Elles confortent le tourisme urbain et réceptif. Associées à de nouveaux pôles économiques -je pense au site Gare de Mulhouse-, elles feront venir de nouvelles sociétés et permettront à celles déjà présentes, et qui veulent s'agrandir, de rester ici. À Mulhouse, un investisseur potentiel a l'Euroairport, la route, la voie d'eau, une deuxième ligne TGV qui nous rapproche de Paris, de Lyon, mais aussi de l'Allemagne. Cela peut peser dans son choix.
G.S.: Quelle politique allez-vous mettre en place pour développer, autour de cela, les transports publics, notamment le projet d'extension du tram vers Wittenheim?
Le tramway est clairement victime de son succès et je m'en réjouis. Mais les entreprises sont aussi sensibles, par les temps qui courent, à ce que les collectivités ne dépensent pas plus qu'elles ne le peuvent, y compris pour des projets utiles. Quand nous avions lancé ces perspectives (d'extension, NDLR), on pouvait espérer une conjoncture plus favorable. Nous avons donc fait le choix raisonnable non pas de ne pas faire ces extensions de lignes, mais de ne pas les faire tout de suite. La contrepartie, c'est que nous étudions une amélioration du transport en bus pour que ces secteurs ne soient pas défavorisés. Nous avons optimisé aujourd'hui ce que nous pouvions faire avec nos moyens. Il faut savoir gérer l'ambition pour le territoire dans le temps.
Clément Heinrich (Regionettoyage, Mulhouse): Quelle importance la M2A donne-t-elle à la dimension environnementale dans ses appels d'offres?
Nous ne pouvons pas avoir l'un des premiers et des plus ambitieux "plan climat" de France et ne pas avoir une démarche responsable en matière d'achats.
Nous avons engagé une politique d'achats responsables fin 2004. Nous avons, dans nos marchés publics, des clauses d'achat de produits éco-labellisés. Dans ce contexte, nous essayons de travailler avec les entreprises d'ici, mais nous sommes aussi soumis à des contraintes budgétaires.
Il n'est plus maire de Mulhouse mais encore président de la puissante M2A, Mulhouse Alsace Agglomération, qui porte les questions économiques locales. Jean-Marie Bockel répond sans ambages aux questions de proximité des patrons implantés sur son agglomération.