Jean-Luc Nahon : Serial entrepreneur

Jean-Luc Nahon : Serial entrepreneur

Président du centre d'innovation AIC, sis aux Espaces Antipolis, et du club Sophia Business Angels, Jean-Luc Nahon pratique l'incubation d'entreprises depuis bientôt 15 ans. Rencontre avec un homme pour qui le "charity business" doit s'étendre plus largement à l'entrepreneuriat.

Jean-Luc Nahon nous reçoit sur la terrasse des Espaces Antipolis, le "business resort" qu'il a lancé à Sophia en 2003. Une formule unique qui mixte sur un même site espaces de travail, centre événementiel, lieux de loisirs et de bien-être, et le seul CEEI (Centre européen d'entreprise et d'innovation) privé de France, dont il s'évertue depuis 2005 à dupliquer le concept à Paris et à l'international. Avec succès puisque le projet de Marne-la-Vallée est en passe de voir le jour: «L'hôtel a ouvert en juin, le spa est sur les rails. Quant aux centres d'affaires et événementiel, le terrain est acquis, le permis obtenu et purgé des recours de tiers, bref on est sur la bonne voie» s'enthousiasme-t-il. Mais là, on anticipe... Car avant d'être le chantre du "business resort", Jean-Luc Nahon a pas mal bourlingué entre le Maroc, la France, les États-Unis et la Suisse où il réside depuis quelques années.




Apprenti entrepreneur

Natif de Casablanca, mère infirmière, père avocat, Jean-Luc Nahon débarque à Paris pour faire des études de gestion et d'affaires internationales à l'université de Dauphine. Sur ses années fac, l'homme reste discret. Il ne se livre pas facilement. Tout juste apprend-on, au fil de la conversation, qu'il était «rouge révolutionnaire», qu'il «voulait faire la révolution». «Quand on a 18 ans, on veut conquérir le monde» s'excuse-t-il presque avant de conclure ces quelques confidences: «Je suis toujours très inquiet devant ces jeunes qui veulent à tout prix devenir fonctionnaires. Cela veut dire qu'on vit dans un environnement qui ne donne pas assez sa place à l'ambition et à l'autonomie». C'est le militant de «l'entrepreneuriat sociétale» qui parle ici. Mais là encore, on anticipe... Le jeune révolutionnaire est ambitieux et laisse vite place à l'apprenti entrepreneur. Nous sommes au début des années 80. Jean-Luc Nahon a 25 ans et fonde sa première affaire spécialisée dans les services informatiques, Sylver Link, qu'il revend trois ans plus tard pour partir aux États-Unis. Là-bas, au coeur de la Silicon Valley, il crée Softway, entreprise éditrice de logiciels, qu'il dupliquera et développera en France à partir de 1989. Adossée au grossiste de logiciels français ISE International jusqu'en 1993, date à laquelle Jean-Luc Nahon rachète la société via un LBO, Softway se diversifie sous son impulsion vers l'univers balbutiant d'internet. C'est que l'homme a le nez fin et prend vite la mesure de ce qui n'était alors «qu'un protocole de communication entre ordinateurs. J'étais convaincu que ce truc allait vraiment révolutionner le monde». Résultat: à partir de 1995, il démarre une activité «d'incubateur corporate», inscrivant ainsi son nom à «une tripotée de sociétés du monde internet», dont quelques belles réussites comme ISDnet, Ipergy, LibertySurf ou encore Multimania.




Entrepreneuriat sociétal

Puis vient l'âge de raison. L'entrepreneur boulimique qu'il a été pendant plus de 20 ans «veut passer à autre chose». Mais un chien ne devient pas un chat... Alors, puisqu'il «a pris goût à ce métier d'incubateur», Jean-Luc Nahon décide «d'entrer dans cet écosystème et de créer un centre dédié au développement des entreprises et de l'innovation, ici, à Sophia Antipolis». Le dirigeant fonde la SAS Antipolis en 2001, se porte acquéreur des anciens locaux de Dow et peaufine son concept de "business resort" qui, in fine, doit combler le déficit du CEEI AIC (Antipolis Innovation Campus) dont il a pris la présidence en 2005. Le pari n'est toujours pas gagné, «mais on fait du bon travail, on a accompagné une centaine d'entreprises et on a la prétention d'avoir créé un modèle durable» se défend-t-il. Et l'homme de conclure: «C'est mon activité sociétale ou "non for profit". Beaucoup de gens pensent que l'argent est le moteur de l'entrepreneur, or c'est faux. Le véritable moteur, c'est son caractère créatif, son besoin de dégager de l'énergie, de créer, parce qu'il est attiré par le pouvoir, l'autonomie, la gloire, c'est selon...» Et lui, quel est son moteur? Jean-Luc Nahon élude la question. On n'en saura pas plus!