V
ous
quitterez votre siège de président de la caisse du Crédit Agricole du Finistère le 23mars. Qu'est-ce qui vous a décidé?
La première raison est que j'ai eu 65 ans. Nous sommes la seule caisse en France à ne pas avoir de limite d'âge, mais à titre personnel, j'en ai une. Je suis dans la maison depuis 1986. J'étais auparavant président d'Even de 1984 à 2007, j'étais à la tête de la fédération des coopératives de 1994 à 2004. Il est temps de laisser la place à la nouvelle génération. Il ne me restera qu'un mandat, celui de Breizh Europe, le lobby à Bruxelles. Mais j'ai déjà prévenu: juin2013, terme maximum.
Vous êtes toujours exploitant agricole. Là aussi, l'heure de la retraite a sonné?
Je devrais prendre ma retraite dans le courant de l'année. J'ai 50 ans de vie active, je devrais avoir ce qu'il faut. Je ne l'avais pas fait auparavant car je n'avais pas envie qu'on me dise: "Toi, tu t'en fous, t'es en retraite." Un, je ne m'en fous pas. Deux, je ne suis pas en retraite. Pour moi, c'était inconcevable à ce niveau de responsabilité. C'était une question d'honnêteté vis-à-vis des gens qui me font confiance.
En 1998, vous avez succédé à Alexis Gourvennec. Ça n'a pas dû être simple...
Je suis arrivé dans des conditions particulières. Il avait décidé tout à coup de mettre fin à ses fonctions. Ce n'est pas évident de succéder à un personnage aussi emblématique qu'Alexis Gourvennec. Il prenait beaucoup de place et je n'ai pas la prétention d'avoir eu la même influence que lui sur ce département. Il avait un style qui était différent. Ce qui compte c'est de faire les choses selon ses convictions et j'ai fonctionné comme ça. Mais je peux dire que j'ai vraiment aimé ce job, c'est arrivé sans que je m'y attende.
En 14 ans, y a-t-il des dossiers qui vous ont marqué? Le démantèlement d'Unicopa, par exemple?
J'ai vu pas mal de dossiers délicats. Mais le principe du banquier c'est d'avoir de très grandes oreilles et une très petite bouche. De façon générale, quand un dossier aboutit à la liquidation de l'entreprise, on a un sentiment d'échec. L'entrepreneur, mais nous (banquiers, NDLR) aussi car nous n'avons pas pu maîtriser avec lui. Ce sont à chaque fois des drames. J'ai entendu parfois dire "la banque n'a pas voulu suivre". Mais quand les carottes sont cuites, qu'est-ce que vous voulez faire? Il faut prendre les décisions difficiles. Dieu merci, au fil des années, on a aussi réussi à en éviter quelques-unes.
Avez-vous aussi de bons souvenirs?
Il y a une chose qui va me manquer, c'est le sourire des gens qui travaillent ici. Je trouve qu'il y a dans la maison une bonne ambiance. Ce n'est pas le cas partout. Je suis aussi fier d'avoir contribué à une chose avec mes collègues bretons: nous avons décidé de ne pas fusionner. Une caisse régionale bretonne aurait eu du sens. Mais, en 2008, nous avons opté pour un pacte de coopération entre les quatre caisses. Je pense que c'est un acte politique majeur. Et ça n'était pas une étape en attendant de fusionner! Au contraire. On confie à l'une d'entre nous une mission, un projet, un métier, par mise en commun de moyens. Cela permet d'être plus performant, faire baisser nos prix de revient, répondre à des exigences nouvelles pour lesquelles on n'a pas les moyens d'investir seul. Si on avait fusionné, on aurait mis le siège à Rennes. On s'est dit: rien ne vaut la proximité.
Le Crédit Agricole est une banque mutualiste, dont la filiale, Crédit Agricole SA, est cotée en Bourse. N'y a-t-il pas un paradoxe?
Nos caisses sont des coopératives et ont vocation à le rester. Crédit Agricole SA n'est pas une coopérative et n'a pas vocation à le devenir. C'est le postulat de base. Je n'ai pas appris la coopération sur les bancs de l'école. Je l'ai apprise en marchant quand j'ai adhéré à une coopérative, Even, en 1972. J'ai acquis de solides convictions. Mon credo se résume en une phrase. Le Crédit Agricole a été fondé et développé par des générations successives de responsables et de salariés, au bénéfice de la génération actuelle et à l'avantage de la génération future. Voilà le projet global. Notre boulot, c'est d'assurer la pérennité économique du territoire.
Le métier de la banque a beaucoup évolué. N'est-ce pas compliqué de conserver ses valeurs mutualistes dans ces conditions?
En France, on veut des services mais on trouve toujours qu'ils sont trop chers. Il faut cependant bien que quelqu'un paye les moyens technologiques et humains qu'il y a derrière. On demande à la banque d'augmenter ses fonds propres pour être plus "secure". En même temps, il ne faut pas facturer les services trop chers et il faut que les prêts consentis ne soient pas trop chers non plus. Ça devient compliqué. J'avais demandé un bilan il y a quelque temps: la caisse paye, en prélèvements directs, plus que ses résultats. La contribution d'une entreprise comme celle-ci au bien public est quand même assez croquignole. C'est une entreprise très largement citoyenne. Et d'autant mieux qu'elle est coopérative.
Quel impact la crise
a-t-elle eu sur le Crédit Agricole du Finistère et ses clients?
L'un des problèmes a été le fait qu'un intervenant majeur dans le financement des collectivités (Dexia) a fait défaut. Surtout à un moment où la liquidité est relativement chère et pas infiniment disponible. Nous avons une grande part de marché (40 à 45%) sur les collectivités du département. Pour autant, on ne peut pas se substituer à une banque qui fait défaut. Dans les petites collectivités, nous avons répondu normalement. Dans les grandes, nous répondons à hauteur de notre part dans l'encours. On se fait fort, également, de trouver des solutions, "extra" ordinaire via des obligations ou en s'appuyant sur des filiales du Crédit Agricole. Car si nous ne finançons les collectivités, ce sont nos propres entreprises que l'on pénalise. Je pense aux travaux publics, par exemple.
Un dossier que vous suivez de
près est celui des algues vertes. P
ourquoi?
Parce que les dispositions prises contreviennent gravement aux intérêts économiques de la région.
Elles sont très contestables. Je ne peux pas les accepter. À ce poste de président du Crédit Agricole, on est comptable des intérêts économiques du Finistère. Le préfet de Région a des contingences; j'en ai d'autres. Nos façons de voir s'opposent, ce qui n'altère pas le respect que je porte à la personne. Mais j'estime qu'on n'a pas tous les tenants et les aboutissants sur ce problème.
En tant que membre d'Investir au Finistère, la question de l'énergie aussi
vous intéresse. Quel est votre sentiment?
S'il n'y a pas d'énergie, il n'y a pas de développement économique. C'est aussi simple que ça. Le tramway à Brest, je ne crois pas qu'on lui ait installé des pédales? La sécurité électrique, c'est de l'attrait pour un potentiel entrepreneur. On peut toujours dire qu'on va économiser, mais malgré tous les efforts, la centrale à gaz reste indispensable. Peu importe où elle se fait. Éolien, photovoltaïque, méthane,etc. La solution est dans la diversité des moyens employés.
Banque Jean Le Vourch, président de la caisse du Crédit Agricole du Finistère depuis 1998 passera la main le 23mars prochain. Retour sur 40 ans d'engagement coopératif.