"Je ne peux pas baisser mes prix, l’arme anti Temu, c’est le service et l’humain"
Interview # E-commerce # Organisations professionnelles

Bernard Cherqui président directeur général de Mondial Tissus "Je ne peux pas baisser mes prix, l’arme anti Temu, c’est le service et l’humain"

S'abonner

Alors que les géants du low cost comme Shein bousculent le marché, Alliance du Commerce et plusieurs enseignes, dont Mondial Tissus, acteur lyonnais majeur du commerce textile, engagent une action inédite pour dénoncer une concurrence jugée illégale et défendre un secteur sous pression.

Bernard Cherqui, président-directeur général de Mondial Tissus — Photo : DR

Vous êtes président d’Alliance du Commerce, une organisation professionnelle regroupant des fédérations de l’habillement, des grands magasins et de la chaussure, pourquoi avez-vous décidé de vous joindre à une centaine d’enseignes et 11 fédérations du commerce pour mener une action contre la plateforme low cost Shein ?

C’est une démarche historique parce que la situation est devenue intenable en France, surtout depuis l’élection du Président Trump, qui a fermé les frontières des États-Unis aux plateformes low cost d’e-commerce. Elles se sont reportées vers l’Europe avec encore plus d’agressivité. Nous voulons prendre notre destin en main et faire cesser ces pratiques illégales.

Que leur reprochez-vous exactement ?

Leur concurrence est déloyale car elles ne respectent pas la réglementation que ce soit en matière de contrefaçon, de données personnelles, de pratiques du travail ou encore de conformité produits. Chaque jour, 2 millions de colis sont acheminés sur notre sol. On ne connaît pas exactement le chiffre d’affaires de Shein en France mais il pourrait avoisiner 3 milliards d’euros.

L’idée n’est pas de culpabiliser les personnes qui achètent parce qu’il y a clairement un problème de pouvoir d’achat mais nous nous inquiétons d’un risque systémique. En achetant des biens à ces plateformes, nous aggravons notre désindustrialisation tout en "nourrissant" la croissance de leur outil de production.

Comment comptez-vous concrètement vous attaquer au problème ?

Je tiens à préciser que nous ne travaillons pas seuls mais depuis des mois, nous essayons de mobiliser le pouvoir de la puissance publique aux niveaux gouvernemental et européen. Nous saluons l’initiative du Premier ministre Sébastien Lecornu d’avoir engagé une procédure le 5 novembre dernier pour suspendre temporairement le géant chinois de l’e-commerce, Shein, en France.

À notre niveau, nous avons mandaté le cabinet Dubuc à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) qui a déjà une expérience dans la défense des intérêts d’entreprises françaises lésées par ces plateformes. L’objectif est de chiffrer les dommages sous forme de marge illégale. Leur estimation sera rendue publique le 12 janvier 2026 à la première audience du Tribunal des Affaires Économiques d’Aix-en-Provence.

En clair, vous attendez un dédommagement ?

Oui, mais on veut aussi ouvrir un débat sur la transparence. Nous nous trouvons face à une plateforme au fonctionnement totalement opaque, assorti d’un discours "com" en apparence sympathique et ouvert. Cela n’est pas acceptable.

Quelles sont vos chances d’aboutir ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Nous sommes engagés dans un marathon qui va durer. Mais nous pensons que les seuls combats que l’on perd sont ceux que l’on ne mène pas.

Vous dirigez une entreprise française qui vend du textile, des articles mercerie etc., comment réussissez-vous à tirer votre épingle du jeu face à des sites comme Temu très implanté dans le lifestyle, la déco et le DIY ?

Temu achète tous les espaces publicitaires sur le web. Cela fait grimper les tarifs et ils arrivent en premier quand on fait une recherche "mercerie". Mais nous continuons d'investir sur internet. En parallèle, notre stratégie consiste à proposer une largeur d’offre importante et surtout d’apporter du conseil et de la personnalisation sur les réseaux et dans nos magasins. L’idée est d’animer une communauté à laquelle nous apportons un soutien — et des sources d’inspiration — pour réaliser leurs projets créatifs. Je ne peux pas baisser mes prix, l’arme anti Temu, c’est le service (confection de rideaux, ateliers DIY, réparation, etc.) et l’humain, notamment via l’influence et nos comptes sur les réseaux sociaux.

Quel message voulez-vous adresser à votre clientèle ?

Nous sommes clairement du côté de l’upcycling avec des services de réparation des machines à coudre, de retouche et des ateliers de couture pour transformer et réutiliser. C’est d’ailleurs "amusant" parce que Shein nous a contactés pour mettre en place un partenariat "réparation" avec eux, uns stratégie pour paraître vertueux et se donner une respectabilité. Mais nous avons bien sûr décliné car il n’y a pas de marché de la réparation sur le T-shirt à 3 euros. Et c’est bien le problème.

Où approvisionnez-vous pour vos magasins ?

Nous subissons nous aussi la désindustrialisation du textile français. Pour tout ce qui est tissu d’ameublement, nous arrivons encore à acheter près de 50 % de nos références en France, au Portugal en Turquie et en Tunisie. Mais pour l’habillement, nous n’avons d’autre choix que de nous fournir en Asie du sud-Est.

Pouvez nous présenter Mondial Tissus, dont le siège est implanté à Rillieux-la-Pape, dans la banlieue de Lyon ?

Nous animons une chaîne de 115 magasins de vente de tissus, matériel de couture et mercerie dont 7 en Belgique. Nous employons 1 000 salariés et avons réalisé un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros en 2024.

Lyon France # E-commerce # Organisations professionnelles # Politique économique # ETI # Grandes Entreprises # International
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise NANJING SHEIN E COMMERCE CO LTD