Le Journal des Entreprises : Vous êtes désigné comme le successeur de Gérard Collomb à la mairie de Lyon dans quatre ans. lui-même menacé d’exclusion du PS s’il soutient Emmanuel Macron à la présidentielle. Or vous êtes le représentant du PS dans le Rhône. Votre position n’est-elle pas un tout petit peu inconfortable ?
David Kimelfeld : Je ne connais pas un cadre du Parti socialiste qui a aujourd’hui une position confortable. Pour autant, ce sujet n’est pas bouclé. Ce qui prédomine c’est le flou artistique puisqu’on ne sait pas qui sera candidat, ni dans quelles conditions. Donc je dialogue avec tout le monde, je garde mon calme et on prendra les choses les unes après les autres. Aujourd’hui, je trouve que ce qu'Emmanuel Macron représente est intéressant et je m’inscris dans cette dynamique. Il a la volonté de casser les clivages artificiels que je considère destructeurs. Mais j’attends aussi de sa part qu’il se dévoile un peu plus. Il n’a pas aligné beaucoup de propositions. Et on verra ensuite qui sera notre candidat, on disait que Macron était déloyal, aujourd’hui on dit que c’est Valls.
D.K. : Envisagez-vous de quitter le PS si Gérard Collomb en est exclu ?
Non je ne l’envisage pas, on verra bien… Jean-François Cambadélis (premier secrétaire du PS, ndlr) a évoqué des possibilités d’exclusion, il est dans son rôle. En fonction des circonstances qui sont devant nous on verra bien comment réagira le PS.
D.K. : Pour ou contre une candidature de François Hollande ?
Franchement comment peut-on penser qu’il sera candidat ? Sauf à ne croire aucun sondage, aucune enquête. Et surtout, en écoutant celles et ceux que je rencontre, je n’arrive même pas à trouver les 4 % qui le soutiennent encore. Avec beaucoup de modestie, je pense que cette candidature ne serait pas raisonnable.
D.K. : La gauche peut-elle figurer au second tour ?
Aujourd’hui, non, parce qu’à part Arnaud Montebourg et Benoît Hamon il n’y a pas de candidat. Mais cela va bouger, maintenant que l’on connaît le candidat de droite. Cela sera difficile d’être au second tour, mais s’il reste une chance, il faut l’examiner collectivement et en conscience. Et si Emmanuel Macron apparaît comme le mieux placé, est-ce que cela mérite une exclusion ou le soutien du PS ?
Laurent Wauquiez (président de la région Auvergne-Rhône-Alpes) présentait le mois dernier un dispositif revalorisant les indemnités RSA pour ceux qui suivent une formation, avec a contrario des sanctions très lourdes à l’encontre de ceux qui ne respectent pas le devoir de formation. Qu’en pensez-vous ?
Ce qui me gène c’est cet effet « vous allez voir ce que vous allez voir » alors que les dispositifs existent. Par ailleurs nous n’avons pas été associés à la réflexion, nous avons reçu un courrier deux jours avant et nous avons découvert le dispositif avec la conférence de presse. La question qui se pose, c’est aussi le sourcing des gens à qui l’on propose cette formation. On ne peut pas envoyer n’importe qui pour faire du chiffre. Tous n’ont pas les capacités de se plier à la discipline de se lever tous les matins pendant trois mois, or qui va chercher les gens, comment sont-ils accompagnés dans leur formation ?
D.K. : Vous êtes intervenu récemment devant des représentants de la commission européenne à Bruxelles sur le thème "Lyon ville inclusive". Un thème très peu abordé par Gérard Collomb ou vous-même…
C’est vrai que l’on nous entend assez peu sur ce type de sujet. Nous souhaitions présenter un dispositif et des actions liées au Programme Métropolitain d’insertion pour l’Emploi pour les 45.000 allocataires du RSA de notre territoire, 100.000 personnes si on l’élargit à la cellule familiale. Il y a un enjeu d’équilibre social. Nous avons la compétence développement économique et avons mis en avant le croisement de ces deux compétences, l’économie au service de l’insertion et de l’emploi.
D.K. : Où en est le projet d’implantation de l’Agence européenne du Médicament à Lyon ?
J’ai justement profité de ma présence à Bruxelles pour faire un peu de lobbying en faveur de cette implantation. J’ai vu la député Françoise Grossetête (LR) et la vice-présidente du Parlement Sylvie Guillaume (PS), deux élues du territoire qui comptent ! Nous sommes au départ d’un processus dont on ne sait pas bien quels seront les critères. Je crains que la réflexion ne s’oriente vers une volonté d’attribuer l’Agence à des États qui n’ont rien plutôt qu’une réflexion portant sur le meilleur site pour cette agence.