Votre brillante réélection à la tête de la CGPME contraste avec les soucis que rencontre votre homologue du Medef.
C'est difficile d'analyser cela, mais ce qui est sûr c'est qu'il y a eu une grande sérénité dans cette élection. Au bout de 7 ans et demi de mandat, je trouve que les résultats du vote sont agréables. Et l'ambiance était exceptionnelle d'amitié. Je souhaite à mes confrères de vivre les mêmes choses.
Cela permet-il à la CGPME d'être plus forte?
On ne peut pas être présent d'une manière forte s'il n'y a pas une cohésion dans l'organisation. Une équipe qui gagne ce n'est pas simplement une personne. Le fait qu'il y ait une harmonie en interne fait que nous parlons au nom de toutes les entreprises que nous représentons. La CGPME est de plus en plus écoutée car elle fait de plus en plus de propositions réalistes.
Quelle est votre consigne vis-à-vis des unions patronales qui existent dans certaines régions et des élections aux CCI? CGPME seule ou listes communes?
Sur les unions patronales qui restent, nous avons demandé à ce que chacun se situe, Medef ou CGPME. Il reste quelques régions comme Paca où les unions patronales assurent le ?back-office? de nos organisations. Alors, quand ça se passe bien, on les conserve. Mais globalement on essaye d'avoir notre indépendance.
Et pour les CCI, listes communes ou séparées?
Nous essaierons d'augmenter notre présence dans les chambres de commerce, parce que nous avons besoin que des chefs d'entreprise nous représentent dans ces instances. Pour ce qui est des listes, cela va dépendre des territoires. J'essaie de donner des lignes directrices mais en laissant les présidents sur le terrain juger quelle est la bonne stratégie. Parce qu'en fait, c'est plus sur la valeur des hommes que l'on va voter que sur leur étiquette.
Globalement, la politique gouvernementale vous paraît-elle aller dans le sens des entreprises?
Oui, je crois que depuis deux ans et demi il y a une vraie volonté de changement, d'aider les PME avec un certain réalisme. Il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais nous avons quand même obtenu un certain nombre de choses pour les PME.
Vous avez pourtant réagi face à la création de certaines taxes.
Oui. Sur la taxe pour le handicap, on a obtenu six mois de report de cette décision pour les entreprises de 20 à 50 salariés. Beaucoup d'entre elles n'avaient pas vu le problème et elles allaient devoir payer une surcotisation sans l'avoir prévue. C'est un peu la même chose pour la taxe seniors, très compliquée. Nous avons demandé trois mois de plus pour avoir le temps de mettre les choses en place. Sinon le couperet est sévère: 1% de la masse salariale! Cela risquait d'être dramatique. Nous ne remettons pas en cause le fond, nous donnons du temps à l'entreprise de se mettre au courant.
Autre négociation, plus rude celle-là, sur le dialogue social dans les TPE...
Là je suis clairement contre. S'il y a un dialogue social qui se passe le moins mal en France c'est bien dans ce type d'entreprises. Il n'y a pas de gros conflits, pas de séquestrations. C'est logique d'ailleurs parce qu'il y a un contact quotidien entre le chef d'entreprise et les salariés. Pourquoi installer un système, utile dans les grandes entreprises, mais trop lourd dans les TPE? Une enquête* est sortie récemment montrant que les salariés étaient satisfaits à 82% des relations avec leur patron. Franchement il y a d'autres choses à faire pour aider les petites entreprises.
Vous êtes intervenu à plusieurs reprises en demandant aux banques d'assurer du crédit et de la trésorerie aux entreprises. Pourtant beaucoup de chefs d'entreprise estiment aujourd'hui que les relations sont plutôt correctes avec leur banque...
Il faut nuancer tout cela. Globalement, une grande majorité de chefs d'entreprise ont effectivement de bonnes relations avec leur banque, mais il faut bien parler des celles qui ont des difficultés. Presque toujours ce sont les petites entreprises. Souvent parce qu'elles n'ont pas l'habitude du dialogue avec le banquier, vers qui elles vont au dernier moment. Les banques ont été aidées il y a un an et demi par l'État, il faut maintenant qu'elles témoignent de leur rôle social vis-à-vis des TPE. Je dois souligner qu'à la différence de ce qui se passait auparavant, j'ai la satisfaction de pouvoir dialoguer avec les représentants des banques. Moi je connais les problèmes des toutes petites entreprises; celles à qui il manque 5.000 ou 10.000€ pour faire la paye à la fin du mois. Je dis que ce n'est pas possible de laisser tomber une entreprise et ses cinq, six ou sept emplois pour une telle somme. Et les mois à venir vont être très difficiles pour ces petites entreprises.
Quel est votre prochain gros chantier?
Ce sont les retraites. D'autant que je ne suis pas certain que tout le monde connaisse bien le problème. Je souhaite que les participants qui auront à prendre des décisions soient vraiment bien au courant. Première certitude: on va dans le mur si on ne fait rien. Ensuite, il faut prendre des décisions étayées par des chiffrages précis.
Le président de la République ne vous a-t-il pas compliqué la tache en indiquant qu'il ne toucherait pas au montant des retraites?
Je comprends le cadrage du président qui a parlé bien sûr de répartition, ce qu'on comprend pour ne pas pénaliser les petits salaires. Mais pourquoi ne pas parler aussi de capitalisation, de manière volontaire des salariés qui voudraient améliorer ce à quoi ils auront droit?
Êtes-vous toujours partisan de l'égalité de traitement des retraites entre public et privé?
Oui, j'y tiens beaucoup parce que cela me paraît une justice évidente. Mais je ne demande pas non plus à faire une révolution pour que ce soit demain. Prenons du temps; 15 ou 20 ans s'il le faut, calculons ce qu'on peut faire et rapprochons les régimes les uns des autres progressivement.
Quelle est votre impression sur la santé des entreprises en ce moment?
Il n'y a pas vraiment de tendance qui émerge. L'année dernière a été mauvaise et les bilans seront mauvais. Je souhaite que les banques modifient leur manière d'analyser la santé des entreprises et qu'elles maintiennent leur soutien. Le carnet de commandes n'est pas là, bien qu'on observe ici ou là des semblants de reprise. Mais le bâtiment devrait voir son activité baisser cette année. Et ne nous leurrons pas, il faudra sans doute plusieurs années pour sortir de cette crise.
* Fiducial-Opinion Way, novembre2009.
Réélu avec 99% des voix à la présidence de la CGPME, Jean-François Roubaud a imposé son style ferme et serein comme avocat et lobbyiste des TPE et PME, face aux pouvoirs publics et aux syndicats. S'il est globalement satisfait des décisions prises en faveur de l'entreprise par le gouvernement, il ne veut pas baisser la garde. En premier lieu parce les entreprises ne sont pas sorties de la crise et que les trésoreries souffrent, notamment dans les TPE. Un sujet sur lequel il maintient la pression sur les banques.