«Lorsqu'une entreprise se développe, faire appel à des partenaires privés pour ouvrir son capital, c'est un vrai choix», explique Didier Pezier, président de l'Agence régionale d'innovation (Seinari) et ancien président et créateur de Sernelec, entreprise spécialisée dans le génie électrique, revendue à ETDE (filiale de Bouygues) en 2007. Depuis début 2000, il a investi dans une dizaine de projets concernant des PME sur des secteurs d'activités allant du génie électrique à la communication avec la chaîne LCN. Face à un contexte économique difficile où les PME/PMI peinent parfois à trouver des financements auprès de leurs partenaires habituels, le recours aux investisseurs privés peut faire la différence. «Au travers de ce que l'on entend actuellement, on se rend bien compte qu'il y a un décalage entre le discours, des «partenaires» banquiers qui assurent appuyer les PME/PMI, et la réalité que vivent les entrepreneurs. Je ne pense pas que ce soit une volonté néfaste des banques mais, les lourdeurs administratives se sont multipliées. C'est pourquoi, il peut être intéressant, voire indispensable, pour un chef d'entreprise, d'ouvrir son panel de partenaires financiers». Sans perdre son pouvoir de décision, disposer d'un partenaire privé de poids peut permettre d'échanger avec un autre chef d'entreprise qui dispose d'une expertise souvent précieuse. Autre solution pour le chef d'entreprise qui veut se développer, utiliser le capital-risque. Un système plébiscité par Jean-Paul Rivière, fondateur d'Altitude Télécom qui concède avoir grandi grâce à lui: «C'est grâce au capital-risque que je suis passé de petit patron de PME à patron d'un groupe de Télécoms. Pour moi, ce fut une histoire à succès et pour les chefs d'entreprise en général, pas de doute, c'est un levier gagnant pour aider au développement». Jean-Paul Rivière a lui-même dans ses cartons un projet, non finalisé, de société capital-risque sur les NTIC: «Ce qui compte, c'est la conjonction du savoir-faire métier avec les capacités financières».
Pourquoi ils s'impliquent «
Je ne m'implique que si je crois à un projet: le rapport humain est important. Pour se positionner sur un dossier, il faut connaître les hommes, le contexte économique local, voire national et international et la concurrence. Et puis, lorsqu'on accompagne une entreprise, il faut aller vite pour rassurer les salariés et les clients, afin que tous perçoivent rapidement l'effet du nouvel appui capitalistique», explique Didier Pezier. Outre la volonté d'investir au capital d'une entreprise, l'envie d'aider l'économie de son territoire revient comme un leitmotiv chez ces hommes: «Quand on est impliqué dans le développement économique et que l'on croit en l'attractivité de sa région, il est normal de penser d'abord à investir dans les entreprises locales», s'exclame le président de Seinari! Le créateur d'Altitude Télécom a aussi investi en propre dans deux sociétéslocales: la Chaîne Normande (LCN) et la société d'intérim Projob à Rouen. Dans les deux cas, Jean-Paul Rivière raconte une histoire d'hommes et d'amitié: «Le déclencheur c'est à chaque fois un mix de plaisir et du fait d'être convaincu de faire un bon investissement». Autre aspect intéressant dans l'investissement, la partie conseil, précise Jean-Paul Rivière: «Mais, il faut faire attention car on n'est pas compétent sur tout. C'est bien de s'entourer de compétences lorsqu'on est créateur d'entreprise. Mais, une compétence n'a d'intérêt que dans la durée. Dans le capital-risque, la notion de partenariat est forte». Un avis partagé par Francis Labrunye, gérant de la société Bulle de linge (nettoyage industriel de linge), président du réseau Entreprendre Seine et Eure, qui investit dans les sociétés de capital-risque telles que Normandie Business Angels (NBA) et Normandie capital investissement (NCI gestion). «L'objectif avec NBA c'est de venir en aide à des créateurs d'entreprises innovantes qui ont besoin de capital, grâce à des prêts d'honneur qui permettent de conforter les fonds propres. Nous investissons jusqu'à 150.000€ et parfois réalisons des alliances avec d'autres partenaires, pour des projets plus importants. Car, pour aider les entreprises sur de petits montants, il n'y a pas grand monde». Fort de 42 membres, NBA permet à des investisseurs d'entrer entre 2.000 et 10.000€ et d'avoir la possibilité de s'associer pour constituer des montants plus importants. «La motivation, c'est d'aider au démarrage de jeunes pousses».
Avantages et implication
Bien que les motivations soient variées, Didier Pezier concède que les avantages fiscaux font partie de la donne: «Il y a des avantages fiscaux, c'est clair. Mais, il faut aussi passer beaucoup de temps sur des dossiers qui ne rapportent pas forcément financièrement, à court terme». Francis Labrunye précise: «Une motivation fiscale avec l'ISF mais, c'est normal car il y a un taux de chute conséquent. Ce filet fiscal est nécessaire, surtout dans le domaine de l'innovation. Sur dix entreprises, une va réussir pour cinq au tapis et quatre où l'on rentre tout juste dans son investissement! Dans ces petits tickets, l'idée, c'est d'aider l'économie locale». L'implication est par contre nécessairement forte avec l'objectif de marier les compétences: «C'est du bénévolat et on passe beaucoup de temps à apporter notre expertise sur le fonctionnement d'une société». Autre volet dans lequel s'impliquent Didier Pezier et Francis Labrunye: Major Capital (NCI gestion) dont l'objectif est de prendre la majorité dans des PME à potentiel, afin de les faire croître, réaliser des acquisitions. Une structure où se côtoient argent public (régions Haute et Basse-Normandie), banques et une vingtaine d'investisseurs privés. «Mais là, les montants sont plus importants», prévient Francis Labrunye.
Ils ont réussi des parcours de chefs d'entreprises remarquables et auraient pu se reposer sur leurs lauriers. Mais, ces hommes attachés à leur territoire poursuivent leur engagement en investissant dans les entreprises de demain. Rencontre avec trois d'entre eux.