Mercredi 7 octobre, Cannes la Bocca. Quatre jours après le déluge, les bottes encore crottées de boue, le personnel des sites cannois de Ciffreo Bona, spécialiste du négoce de matériaux, poursuit les opérations de nettoyage. "C'était un véritable mikado de plaques de plâtre", raconte Marc Derache, directeur d'exploitation de Ciffreo Bona, en montrant du doigt le dépôt de la Roubine, envahi par 1,50 mètre d'eau et aujourd'hui presque vide. "Sur les quatre sites impactés du groupe, c'est celui-là qui a été le plus touché. 80 % du stock a été détruit, ce qui représente une perte de 500 à 600 K€, sans compter les travaux de remise en état", explique le dirigeant qui espère rouvrir le site dans une dizaine de jours. Pour le showroom, il faudra attendre un mois, le temps estimé pour reconstituer le stock. "Nous avons demandé à nos fournisseurs un délais de paiement et, parallèlement, sollicité nos clients pour leur expliquer la situation. Il ne s'agirait pas de les perdre."
"Je n'ai pas peur de demain"
A quelques kilomètres de là, à Biot, commune particulièrement sinistrée située sur la technopole de Sophia Antipolis, des verres bullés sèchent au soleil (photo). La Verrerie de Biot, entreprise emblématique de la Côte d'Azur (3 M€ de CA pour une vingtaine de collaborateurs), en produit chaque année quelque 300.000. "Ma priorité à ce jour est de sécuriser le site et de le nettoyer avant d'attaquer le stock et le comptage", explique sa dirigeante Anne Lechaczynski. Positionnée sur le créneau du tourisme industriel, la Verrerie de Biot reçoit 700.000 visiteurs par an d'où "l'importance de travailler l'aspect extérieur du site avant notre réouverture partielle programmée la semaine prochaine". Si la Galerie internationale du Verre et le restaurant ont été relativement épargnés, l'atelier de production est lui inexploitable, et ce durant de longs mois. "Nous avons perdu tout notre outil de production, des fours électriques uniques sur le marché que nous ne pourrons pas remplacer avant 6 mois." La dirigeante se démène pour trouver une solution de production alternative, "des fours à gaz que nous espérons récupérer auprès de la filière d'ici un à deux mois". Trop tard pour honorer toutes les commandes déjà enregistrées pour Noël. Et la saison estivale 2016 s'annonce difficile. "Nous fabriquons des pièces à l'année que nous revendons à 70% pendant l'été, il va donc nous manquer 6 mois de production", déplore Anne Lechaczynski qui chiffre sa perte en millions d'euros. Mais garde le moral : "Les banques m'ont très vite contactée après le sinistre et m'ont assurée de me suivre. Je n'ai pas peur de demain."
Le Medef en soutien
A la demande de l'UPE06, le Medef, en la personne de Thibault Lanxade, vice-président en charge des TPE-PME, est venu constater les dégâts et faire remonter les besoins des entrepreneurs impactés. "Nous avons écrit au premier ministre pour lui demander d'aider ces entreprises en décalant les paiements de trésorerie, voire en obtenant des remboursements anticipés de la TVA. Ce sont des mesures simples que l'Etat peut mettre en place tout de suite. Après l'émotion, la solidarité exprimée par les politiques doit se traduire en acte, et l'administration doit faire preuve de bienveillance."
Quant au coût global pour les Alpes-Maritimes, il reste encore la grande inconnue. Toutefois, Yvon Grosso, président de l'UPE 06 se risque à livrer quelques chiffres : "On estime à plus de 1.800 le nombre d'entreprises touchées, de 500 à 600 millions d'euros la perte économique pour le département et à quelque 10.000 postes menacés. Les entreprises auront besoin de temps pour se relever. Il est impératif que les sphères privée et publique s'inscrivent dans un esprit de solidarité. C'est une question de vie ou de mort pour beaucoup d'entre elles."
Un numéro unique (0800 422 222) dédié aux entreprises et commerces impactés a été mis en place pour les renseigner sur les démarches à suivre. De même, un guide est désormais en ligne sur le site de la CCI Nice Côte d'Azur.