«Regarder ce que font les autres, c'est de l'instinct de survie. Nous croisons sans cesse les informations, les nouveautés, les stratégies des groupes... De l'intelligence économique, on en fait à notre échelle, avec nos moyens, à l'aide des flux RSS et alertes Google...», explique Céline Langlais créatrice de la société Éveil Cosmétique, spécialisée dans la formulation et la distribution de produits cosmétiques. Rares sont les TPE qui comme cette entreprise de Trégueux, dans les Côtes d'Armor, (3 salariés; 200K€ de CA), ont initié une démarche de veille concurrentielle sur internet. Selon l'Arist Bretagne (Agence régionale d'information stratégique et technologique), 70% des entreprises bretonnes estiment avoir une fonction veille non ou peu structurée. En Bretagne, le faible taux d'encadrement dans les PME est identifié comme un frein.
L'IE: un état d'esprit
Sous ce terme générique d'intelligence économique, se cachent en fait trois disciplines: la veille, la protection de l'information et le lobbying. «C'est un état d'esprit», ajoute Emmanuel Darcourt, gérant de Manu Metal, une chaudronnerie, tuyauterie, serrurerie, basée à Hennebont (6 salariés). L'an dernier, ce dirigeant a suivi le programme "Manager 2010" qui dispense des méthodes en matière d'IE. «Le monde économique est une toile d'araignée. J'ai appris à être à l'écoute, à savoir capter des informations», explique l'intéressé. Il faut ensuite les analyser. C'est là qu'en général le bât blesse. Souvent, dans les PME, l'information est peu exploitée. Un commercial va, par exemple, participer au Seafood de Bruxelles. Au retour, il ne pense pas à partager les informations avec le service marketing. Une action très concrète est de lui demander de remplir des fiches d'étonnement: tel concurrent utilisait les coquillages. Là, il se lance dans les algues. Tel autre n'a pas participé cette année
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Peu de lobbying
Le lobbying est un des volets encore moins pratiqué par les PME bretonnes. «Nous, on les incite à participer à des groupes de normalisation. L'Afnor, par exemple, invite les entreprises à participer à des groupes de travail. Le ministère de l'Économie peut dédommager le déplacement. C'est intéressant car l'entreprise peut imposer son approche. Idem pour la Commission européenne. Souvent, elle consulte les entreprises pour avis. Peu répondent aux questionnaires. Si vous donnez votre avis, vous serez bien écoutés», explique Alexandre Colomb le responsable de l'Arist Bretagne. Les entreprises peuvent aussi s'adresser au commissaire à la réindustrialisation de la Bretagne: Jacques Garau. «Les dirigeants de Sanden sont venus nous voir pour leur projet de diversification dans les pompes à chaleur.Leur savoir-faire ne trouvait pas d'écho dans la réglementation française», explique celui-ci.
S'ouvrir sans être naïf
Autre volet de l'intelligence économique: la défense de l'entreprise. En Bretagne, la gendarmerie propose, gratuitement, des "diagnostics de vulnérabilité". Il s'agit d'une analyse complète, globale et transversale des risques. «Dans certains secteurs très sensibles comme l'agroalimentaire, les portes sont parfois carrément ouvertes...», note le Colonel Pascal Bourbon, chef de bureau de la gendarmerie à Rennes. Cambriolage, vols à mains armées, vol de carburants et de cuivre, délinquance informatique, sont les principales infractions constatées dans la région. Attention à l'utilisation d'internet. «Il est arrivé qu'un chef d'entreprise breton retrouve sa production à vendre sur e-bay!» Mais trop de prudence tuerait-elle l'innovation? «J'ai parfois un peu de mal avec le discours défensif qui préconise de protéger les informations, de fliquer les salariés... Cela me semble contre-productif par rapport à l'idée d'innovation», estime Bertrand Piechaczyk, responsable veille et appui stratégique de Bretagne Développement Innovation. Il préconise surtout de mettre l'accent sur le renseignement humain, le réseautage. «Quand on dit aux entreprises, "surtout regardez bien quand vous traversez la rue", moi j'ai plutôt tendance à conseiller "ouvrez-vous sans être naïf".»
Semaine de l'innovation
Programme: 02 99 84 53 00 www.innovons.fr
Dur 20 au 24juin, plusieurs dizaines d'événements proposées aux entreprises dans toute la Bretagne.