Le projet de centrale Inova Var Biomasse (IVB) prévu sur la zone d'entreprises de Nicopolis à Brignoles ne manque pas de promesses. Porté par le groupe Inova, acteur majeur de l'ingénierie - construction dans le domaine de la valorisation énergétique, il a été sélectionné par l'État dans le cadre d'un appel à projets visant la production d'énergie à partir de biomasse. Porteur de développement économique, IVB permettra la création de 50 emplois directs. Il offrira un nouvel avenir à la filière bois et renforcera l'attractivité de Nicopolis. La centrale contribuera aussi à la sécurisation de l'alimentation électrique du Var en produisant 168GWh par an, soit l'équivalent de l'alimentation de 42.000 foyers en énergie électrique. Enfin, 80M€ seront investis pour sa réalisation, dont 50M€ localement.
Son sort scellé début 2013
Soutenu par le Comté de Provence, la ville de Brignoles et le conseil général du Var, validé par l'Agence régionale de santé, IVB cristallise pourtant les oppositions. Des associations écologiques dénoncent des risques sanitaires, la hauteur de la cheminée, le trafic camions et brandissent la menace d'une déforestation annoncée. Certains maires ont profité de l'enquête publique, qui s'est déroulée du 1eroctobre au 5novembre, pour sortir du bois. La communauté de communes voisine, Coeur du Var et la ville du Luc ont adressé un avis défavorable et demandé aux autorités préfectorales des garanties sur le circuit d'approvisionnement en bois. Le Préfet du Var tranchera en janvier en délivrant, ou non, l'autorisation d'exploitation. Dans cette attente, ces oppositions sont-elles fondées? Et, ne seraient-elles pas la conséquence directe d'un manque de communication? Car, le moins que l'on puisse dire, c'est que les porteurs du projet sont restés très discrets. Un choix assumé par le responsable Denis Ostré, qui remarque toutefois que l'enquête publique n'a pas mobilisé les foules, preuve sans doute que l'opposition reste à la marge: «Treize personnes sont venues rencontrer le commissaire enquêteur et seize courriers ont été adressés.»
La filière bois mieux structurée
Au-delà de la querelle, la centrale Inova a de réels arguments, chiffres et études à l'appui, à commencer par la bouffée d'oxygène qu'elle doit apporter à une filière bois au bord de l'asphyxie. L'ONF, le syndicat des propriétaires forestiers du Var, la coopérative Provence forêt ont démontré qu'il existait un volume de bois suffisant et accessible pour alimenter les besoins d'IVB, qui sont de l'ordre de 180.000 tonnes annuels, soit 5% de l'accroissement annuel des forêts de la région. Tous s'accordent aussi sur l'urgence d'entretenir et valoriser un patrimoine forestier sous-exploité, qui se meurt. Ainsi, ces 20 dernières années, le manque de débouchés a entraîné la perte de plus de 50% des emplois selon l'Agreste. La filière, dépendante de l'usine de production de pâte à papier de Tarascon, est fragile. «Dans ce contexte, Inova offre l'assurance d'une continuité de l'activité sur 20 ans avec une garantie de l'absorption du produit et la stabilité des prix», explique Tiziano Panini, directeur de la coopérative Provence forêt. «Notre projet va relancer les investissements, permettre la création de 150 emplois indirects (source Ademe 2012), moderniser et structurer la filière. En plus, j'ai la conviction que plus il y aura de professionnels dans les forêts, mieux elle sera entretenue, moins il y aura de dérives et plus les zones naturelles seront protégées», ajoute Denis Ostré. L'opposition pointe aussi du doigt la coexistence de deux projets de production d'électricité à partir de biomasse dans la région, Inova et le projet du groupe E.On à Gardanne. Faut dire que la rumeur d'un besoin d'1M de tonnes de bois annuel pour alimenter la centrale de Gardanne n'a été démentie que très récemment par la direction d'E.On: «La ressource utilisée sera à 78% issue de déchets verts, de charbon, de bois déchets et de granulés importés. Le projet nécessitera 150.400 tonnes de ressources forestières, en provenance de 42 départements.» Même à l'horizon 2024, et «en additionnant les hypothèses les plus extrêmes, le cumul des deux centrales et des chaudières bois communales de l'Ademe, exploitera à peine 50% des ressources forestières disponibles et accessibles», remarque Denis Ostré.
Nicopolis, plus verte
La centrale s'insère aussi dans un projet de territoire. Une emprise foncière de 5ha, mitoyenne au terrain d'Inova, est d'ores et déjà réservée pour les entreprises souhaitant bénéficier d'une énergie thermique verte. «Cette source d'énergie propre et à bas coût peut intéresser des entreprises du domaine alimentaire, du bois ou de l'électronique», précise Denis Ostré. Mais c'est aussi l'image verte de Nicopolis que les entreprises pourraient convoiter dans un avenir proche. La zone héberge déjà un parc solaire de 8ha en cours de construction et réalisé par l'entreprise Solaire Direct. Et avec Inova, le Comté de Provence accueillerait «la première centrale électrique fonctionnant à la biomasse en région Paca», se félicite Claude Gilardo, maire de Brignoles.
BOIS ÉNERGIE Avec le projet de centrale Inova Var Biomasse à Brignoles se joue l'avenir de la sylviculture dans le département. Jusqu'alors, il a principalement cristallisé les oppositions. L'enquête publique terminée, son sort sera scellé au mois de janvier.