En France, les projets d’implantations d’entreprises se contractent en 2025, selon la 3e édition du baromètre de l’attractivité des territoires réalisé par les cabinets de conseil Ancoris et le groupe Scet, filiale de la Caisse des dépôts. Au total, 1 305 projets sont recensés dans les secteurs de l’industrie, de la logistique et du tertiaire, soit une baisse de 18 % par rapport à 2024. C’est aussi le niveau le plus bas depuis 2019, année où un peu moins de1 550 projets avaient été recensés. Tous les secteurs d’activité sont concernés par cette baisse : l’industrie avec 10 % de projets en moins, la logistique (-26 %) et le tertiaire (-8 %).
Fin des mesures de relance post-Covid et contexte politique incertain
Pour réaliser cette analyse, le baromètre s’appuie sur les projets matures détectés par Ancoris, en excluant le commerce et le tourisme. Le volet sur les collectivités territoriales se base une enquête en ligne réalisée auprès de 156 décideurs locaux.
Selon le baromètre, ces résultats en baisse sont liés à l’arrêt des mesures de relance post-covid et à un "climat anxiogène, marqué par des incertitudes politiques, peu propices aux décisions d’investissement". À cela s’ajoute une dégradation de la compétitivité vis-à-vis de la Chine et des États-Unis.
Dans l’industrie, un risque de "décrochage structurel"
Dans le secteur industriel, la baisse des intentions d’implantation se poursuit mais moins fortement : -10 % en 2025 après -16 % en 2024. Mais pour les auteurs du baromètre, "cette dynamique alimente le risque d’un véritable décrochage structurel".
Les secteurs de l’agroalimentaire et de la valorisation des déchets constituent l’essentiel des projets, ce qui illustre "le poids des projets ancrés localement, à la recherche de la proximité des ressources", selon le baromètre.
Logistique et tertiaire : un repli lié au marché
Dans la logistique et le tertiaire, le repli est davantage lié au marché. Avec 288 projets d’implantation en 2025, la logistique marque le pas et est en baisse de 26 %. Selon Ancoris et le groupe Scet, il s’agit d’un ajustement conjoncturel et de "l’atteinte d’un palier de maturité du marché logistique après une décennie d’expansion rapide" liée à l’e-commerce notamment.
Quant au tertiaire, un peu plus de 400 projets d’implantation sont recensés en 2025, soit 8 % de moins qu’en 2024. Pour ce secteur, la baisse est une "tendance de fond" liée à une redéfinition de l’usage des bureaux. La demande se concentre sur "les zones les plus attractives, bien desservies, avec des hauts niveaux de prestations".
Des projets porteurs de moins d’emplois
Au-delà de ce contexte de baisse du nombre de projets, ces derniers portent aussi moins d’emplois. Les petits projets, inférieurs à cinq emplois, deviennent majoritaires. Ils atteignent 41 % des projets en 2025 contre 30 % en 2024 et 27 % en 2023. Ceux créant entre 20 et 50 emplois passent à 9 % des projets contre 16 % en 2024.
Cette tendance se retrouve dans le secteur industriel où les projets de moins de 20 emplois atteignent 73 % des implantations, contre 59 % en 2024. "Malgré un léger repli, la part de grands projets (supérieur à 50 emplois) reste structurante (17 % en 2025 contre 20 % en 2024)", relève le baromètre.
Les décideurs locaux restent optimistes
Dans ce contexte, les collectivités restent malgré tout optimistes pour l’attractivité de leur territoire. D’après le sondage réalisé dans le cadre de ce baromètre, 74 % des décideurs locaux sont optimistes.
Et face aux contraintes budgétaires, les collectivités recentrent leurs moyens financiers sur des "leviers opérationnels directs" comme la structuration de l’offre immobilière et foncière à destination des entreprises, la promotion et communication territoriale et l’accompagnement des prospects et des entreprises.
Des simplifications pour les entreprises attendues
Les collectivités territoriales placent dans leur priorité leur soutien aux projets industriels et aux filières souveraines mais elles attendent également "une simplification réelle et profonde du cadre réglementaire de la part de l’État".
51 % des territoires souhaitent par ailleurs une réforme de la décentralisation pour renforcer leur rôle dans les politiques d’attractivité et de développement économique. Un souhait formulé alors que l’État prépare une nouvelle réforme territoriale qui devrait notamment conforter le rôle du préfet. Le projet de loi devrait être présenté en avril prochain.