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Impression 3D : Révolution dans les entreprises bretilliennes !
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Impression 3D : Révolution dans les entreprises bretilliennes !

C'est la folie des imprimantes 3D en Ille-et-Vilaine. Entre ceux qui les fabriquent (E-CrewVis), qui les distribuent (FabShop), qui les utilisent (LabFab, The BobbleShop), qui la rêvent plus puissante (AFU), elle est à elle seule une révolution pour l'industrie et toutes les PME.

On en parle partout, on commence aussi à en voir partout, même à vendre dans les rayons multimédia de la GMS rennaise : les imprimantes 3D seraient-elles le nouvel objet incontournable ? Des dizaines de marques (américaines, européennes et même chinoises) arrivent sur le marché. Il y a même des startups françaises qui se lancent sur le créneau, comme E-Crew Vis à Bruz. Avec cinq associés, Tugdual Le Néel a mis au point une machine sans courroie, évitant la maintenance nécessaire sur l'essentiel des imprimantes concurrentes. « Nous utilisons des vis et des écrous, d'où notre nom ». La SAS créée cet été prépare déjà une première levée de fonds... familiale (100.000€) avant de chercher des business angels pour 2015, pour 500.000 € à 1 M€ et augmenter la production pour faire baisser les prix. Leur idée : proposer une machine à 4.905 € HT. Une révolution pour tous les bureaux d'étude. Mais pour Tugdual Le Néel, même s'il y a un besoin, toutes les entreprises ne savent pas modéliser. « Le conseil et la modélisation vont donc aussi se vendre, s'externaliser », prédit le dirigeant, qui crée actuellement une annexe à Grenoble pour la prestation de services. Indispensable. Car la 3D sera bientôt partout, même dans la communication : cadeau de fin d'année, objet publicitaire, ou même événement à elle seule !




Du commerce à l'événementiel

En témoigne la boutique rennaise The BobbleShop. Cette franchise originaire de Toulouse propose la réalisation de votre portrait en 3D, habillé d'une tenue (80 modèles) et d'une coupe de cheveux au choix. Bertrand et Pascal Crespel ont investi 20.000€ pour ouvrir leur boutique sur les quais. Le principe est simple, une machine composée de neuf appareils photos prend votre visage sous toutes les coutures, transmet les données à un logiciel. Il n'y a plus qu'à imprimer... pour l'instant à Toulouse, grâce à une machine qui utilise la poudre minérale, mais coûte 100.000€ (qui permet l'utilisation de plusieurs couleurs). « On peut personnaliser les figurines avec un logo par exemple », précise Bertrand Crespel. Une idée pour l'événementiel. « Nous avons fait une animation pour Citroën à Chantepie par exemple pour des portes ouvertes ». Le franchisé réfléchit aussi à créer dans son magasin un fab lab privé (avec E-Crew Vis) pour permettre à tous d'imprimer un objet et le proposer à la vente. Car il est assez simple d'utiliser une imprimante 3 D : elle fonctionne comme une imprimante classique, mais permet de coller plusieurs couches de matière grâce à des buses, créant un objet en trois dimensions. À la place de l'encre, différents matériaux sont utilisés : du plastique le plus souvent (en filaments, résines synthétisées par la lumière, ou poudres), mais aussi du métal, de la céramique... Ou bientôt des filaments à base d'algues, un nouveau matériau que Bertier Luyt (lire ci-contre) met au point avec l'entreprise malouine Algopack pour 2015. Mais encore faut-il, pour imprimer quelqu'objet, savoir le dessiner... en 3D ! Une étape rendue possible par des logiciels plus ou moins simples, ou évidemment, par des designers formés ! Pour apprendre, les magasins Leroy-Merlin de Dinard et Angers proposent, eux, des imprimantes en accès au public et donnent des cours pour apprendre à modéliser des pièces en 3D. Dans le monde professionnel, les premiers à utiliser cette nouvelle technologie sont l'industrie, de l'aéronautique à l'automobile en passant par la mode, la bijouterie, les IAA ou encore le médical. Pour l'instant, les imprimantes 3D servent surtout à prototyper de petites pièces, et font bouillonner les esprits créatifs ! D'autant que la fabrication est instantanée.




Bouleverser la production

De quoi bouleverser les marchés établis. « Dans l'industrie classique, l'entreprise va évoluer par rapport à la demande de ses clients : pour la construction de petites pièces, ils vont s'équiper d'une imprimante 3D plutôt que de sous-traiter », constate Bertier Luyt, fondateur du FabShop à Saint-Malo et distributeur d'imprimantes MakerBot (lire ci-contre). L'usineur AFU, à Saint-Malo, vient par exemple de se doter d'une imprimante pour la fabrication additive métal : 900 K€ investis (lire aussi page 20). Il est le premier dans l'Ouest. « Sans cette technologie, nous ne pouvions pas fabriquer certaines pièces », explique son dirigeant Philippe Blancard. Pour lui, cet équipement est vital. C'est la pérennité même de son entreprise qui était en jeu à long terme. Autre avantage : chaque pièce imprimée n'est pas encore usinée, comme un brut de fonderie. Elle pourra donc ensuite être usinée par son atelier historique. Du gagnant-gagnant, en quelque sorte !





On pourra bientôt aller plus loin. L'impression 3D de grande dimension est en train de voir le jour en Aquitaine. L'entreprise VLM de Philippe Verlet dispose d'un robot qui, techniquement, pourrait produire toutes sortes d'objets (une maison ou une carrosserie automobile). « Mais quel est l'intérêt ? Il faut que la pièce soit certifiée. Dans un premier temps, nous envisageons de réaliser de la préfabrication. Cela pourrait consister, par exemple, à produire les gradins d'un stade, envisage Philippe Verlet. Nous passerons ensuite à l'échelle industrielle, avec la réalisation de moules de bateaux. Cela permettra de passer directement du fichier du bureau d'études à l'usinage. Bref de gagner du temps et de l'argent ». Et c'est bien là ce qui fait tourner le monde !

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