Sophia Antipolis
"Il nous fallait dépasser le seuil symbolique des 100 millions d'euros de chiffre d'affaires"
Interview Sophia Antipolis # Numérique # Fusion-acquisition

Sébastien Videment dirigeant et cofondateur de Meritis "Il nous fallait dépasser le seuil symbolique des 100 millions d'euros de chiffre d'affaires"

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Entreprise de conseil informatique basée à Sophia Antipolis, Meritis a réussi en 17 ans à approcher les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires sur sa seule croissance organique. Mais dans un secteur où la taille est un critère prépondérant, elle a commencé à étoffer ses expertises via de la croissance externe. Pour son dirigeant, Sébastien Videment, elle atteint désormais la taille critique pour adresser des projets d'envergure.

Sébastien Videment dirige Meritis, société de conseil, pilotage et développement informatique, qu'il a cofondée en 2007 — Photo : Olivia Oreggia

Meritis a signé en novembre 2024 sa première acquisition, celle de Navigacom basée en région parisienne, et elle en prépare une autre en Angleterre. Pourquoi se lancer ainsi dans la croissance externe ?

Nous avons toujours gardé notre dynamique de croissance organique. En 2024, même si le contexte économique est très difficile chez la plupart de nos clients, nous réussissons à conserver ainsi 9,5 % de croissance. La croissance externe ne vient donc pas remplacer un moteur qui serait en panne.

Ce qui m’anime, c’est de venir compléter nos offres et nos expertises. Navigacom aide les dirigeants des systèmes d’information à faire des audits, des cadrages, des schémas directeurs pour préparer la feuille de route des grandes DSI. Nous pouvons désormais proposer à nos clients un accompagnement de bout en bout, ce qui, sauf pour quelques très grands cabinets de conseil, est difficile pour une entreprise de notre taille, de près de 1 000 collaborateurs.

Nous finalisons par ailleurs une acquisition sur du conseil métier en finance de marché en Angleterre, ce qui va nous permettre d’étendre un peu plus notre maillage en Europe.

La concurrence des "très grands cabinets" est-elle si féroce ?

Je ne sais même pas si "féroce" est un mot suffisant. Elle est extrêmement active, dynamique, puissante. Cela signifie aussi que c’est un marché mature, qui a beaucoup de demandes. Et donc, on peut aussi se dire que si nous faisons un petit peu mieux que la moyenne, nous avons une trajectoire qui nous permet de grandir. Et c’est ce qui permet justement de nourrir ce moteur de croissance organique.

Cette concurrence a également des paliers. Et c’est ce que je cherchais à faire avec cette croissance externe : dépasser le palier des 100 millions d’euros chiffre d’affaires, qui est un seuil symbolique. Dans beaucoup de réflexes de nos clients, la taille de l’entreprise, selon qu’elle est en dessous ou au-dessus des 100 millions, est vraiment un marqueur fort. Là nous entrons dans une cour légèrement plus grande. Nous aurions été à 97 millions d’euros sans Navigacom et passons ainsi aux alentours des 106-107 millions d'euros de chiffre d’affaires. Cela nous permet de dire "faites-nous confiance sur des périmètres plus vastes, plus complets et complexes, parce que nous avons aujourd’hui la taille critique pour déployer les équipes sur l’ensemble des sujets technologiques".

Vous prévoyez donc d’autres acquisitions ?

Nous avons vocation à poursuivre, mais il faut prendre les choses avec raisonnement, avec opportunisme quand elles se présenteront.

Nous sommes dans un cycle de massification, de concentration. Énormément de sociétés se posent la question de leur avenir, même en ayant parfois de très belles expertises, mais elles n’ont pas toujours elles-mêmes la taille critique suffisante pour garantir un avenir à leurs salariés et à leur entreprise.

Et maintenant, chacun sait que Meritis fait des acquisitions…

Exactement. Sur les sujets de croissance externe, Meritis a des capacités d’accueil, pas d’absorption justement, mais d’intégration et d’accompagnement.

On a souvent tendance à penser que dans le cadre de discussions de rapprochement avec une entreprise, la logique n’est que financière. En fait, pas du tout. Les gens ont construit pendant 15, 20, 25 ans dans le cas de Navigacom, un écosystème des valeurs, un système managérial qu’ils veulent absolument préserver en s’assurant que le repreneur aura aussi l’élégance du management, la capacité d’accueil, le respect des engagements et des promesses. Tout ce qui fait qu’une entreprise a de la valeur sociale, humaine, prend en fait une forme extraordinairement importante. Dans les dossiers de reprise que j’ai étudiés, je prends cet axe-là.

Dans ce contexte de "massification" dont vous parlez, recevez-vous vous-même des offres de rachat ?

Pratiquement tous les jours. Mais nous ne sommes absolument pas vendeurs. Nous avons une trajectoire ambitieuse, audacieuse. Je me sens pleinement investi pour de nombreuses années. J’ai des actionnaires de choix qui m’accompagnent au quotidien dans beaucoup de choix stratégiques. Et puis, dans ces mécaniques de massification et dans un business qui est très, très dur, c’est aussi un peu le moment où se fait une sorte de tri.

C'est dans ces moments-là qu'on voit la résilience de Meritis, dans des moments de très fortes tensions du marché. Et c’est la fierté de tout ce qu’on a construit. On peut se dire que nous, nous ne sommes pas en train de faire des plans de licenciements. Ça ne veut pas dire que tout est parfait bien sûr, mais nous restons résilients parce que le marché voit bien qu’on a essayé de faire des choses avec des valeurs peut-être un peu différentes.

La conjoncture se tend de plus en plus, comment voyez-vous l’année à venir ?

Elle se tend déjà depuis 2023 dans nos activités. Pendant les deux années qui ont suivi le Covid, il y a eu une accélération très forte de l’économie, une croissance démultipliée, qui s’est pas mal freinée en 2023 et éteinte en 2024.

On démarre 2025 dans un cycle d’incertitudes. L’ensemble des indicateurs économiques politiques et géopolitiques met les grands groupes dans une situation d’attentisme. Preuve en est avec l’IA. Beaucoup de grands comptes veulent évidemment y aller, mais sur des "use case" très précis. Ils misent aussi sur des transformations induites directement par les outils, le copilote de Teams, le chat GPT qui va s’insérer dans quelques formalismes, l’avantage de l’IA qu’on va retrouver dans le cloud… donc tous ces investissements des grands GAFA qui permettent de démocratiser l’IA et que tous y aient accès, à un coût plus réduit avec nos abonnements Office ou autre. Je ressens que les grands groupes misent beaucoup là-dessus plutôt que de partir sur des plans de transformation IA massifs qui nécessiteraient beaucoup de ressources financières.

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