Que représente l’Acsiel ?
Nous sommes la fédération professionnelle des entreprises de la filière électronique de composants d’équipements et de services en France. Nos entreprises réalisent 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel (données 2022) sur un chiffre global de 18 milliards pour l’ensemble de la filière électronique. Les autres acteurs de la filière sont les EMS, qui assemblent les cartes ou encore les entreprises spécialisées dans les logiciels embarqués. La filière électronique emploie environ 80 000 personnes, dont 30 000 pour les fabricants de composants.
Acsiel réunit 120 entreprises adhérentes représentant 243 sites industriels. Nous défendons l’électronique en France. La France a de bonnes compétences, le reste du monde aussi. L’enjeu de la souveraineté est primordial. C’est pourquoi nous parlons aux élus pour qu’ils comprennent la filière, et que les politiques gouvernementales puissent se mettre en adéquation avec ces besoins de souveraineté.
Ces enjeux de souveraineté visent-ils une moindre dépendance vis-à-vis de l’Asie ?
Il ne s’agit pas que de l’Asie. L’électronique s’est globalisée au niveau mondial. Chaque région du monde a ses particularités. On possède en Europe des technologies que n’ont pas les Asiatiques. Nous sommes tous interdépendants. De ce fait, d’un point de vue géopolitique, les continents cherchent à tendre vers l’indépendance. Ils sont en concurrence pour que des acteurs électroniques s’installent chez eux. Les acteurs de l’électronique sont de très grands groupes spécialisés et souvent sans concurrent majeur dans leur domaine, ils ne produisent pas l’ensemble des besoins. Intel produit des microprocesseurs, Nvidia des processeurs graphiques, STMicroelectronics des micro-contrôleurs pour produits embarqués, etc.
"Il n’y a pas de constructeur d’ordinateur en France, ni de constructeur de téléphones. Fabriquer des puces sans pouvoir les vendre, c’est un problème"
Cela dit, il y a quand même un enjeu de souveraineté pour l’Europe puisqu’elle produit 8 % de l’électronique mondiale alors qu’elle en consomme 20 %. Un rééquilibrage est nécessaire, il faut ramener de la production en Europe. Il n’y a pas de constructeur d’ordinateur en France, ni de constructeur de téléphones. Fabriquer des puces sans pouvoir les vendre, c’est un problème. Il faut que la chaîne de valeur soit complète.
Que faire ? Demander des subventions ?
Dans un monde idéal, j’aimerais qu’il n’y ait pas de subventions. Mais ce n’est pas le cas. Les Asiatiques ont financé des usines quasi-gratuites, les États-Unis aident aussi massivement. La compétition n’est pas équitable. L’Union européenne a dû suivre. Elle a adopté l’European Chips Act en septembre 2023. STMicroelectronics a ainsi pu signer des engagements pour construire de nouvelles usines à Grenoble, en Sicile, à Malte. Mais malgré une première annonce pour un projet en Allemagne, Intel n’a finalement pas signé, et s’est engagé sur des projets aux États-Unis. Je constate que ce programme européen ne marche pas très bien, contrairement à celui des États-Unis. Pourquoi ? Ils ont mis plus d’argent… Leur politique volontariste a l’air de marcher. L’ancien commissaire européen Thierry Breton fixait un objectif de 20 % de la production mondiale en 2030 pour l’UE, mais pour l’instant, on régresse.
Il y a pourtant un écosystème riche en France, principalement autour de Grenoble et dans l’Ouest de la France. Le tissu industriel y est très spécialisé. Il faut continuer à faire vivre toute cette chaîne de l’électronique. Il est proposé que le Chips Act 2 soit élargi à toute la filière : sa première version ne concerne que les entreprises de micro-électronique.
Le recrutement pose-t-il question ?
C’est un vrai sujet. Même si l’économie mondiale est en berne actuellement, on sait que la demande va atteindre des niveaux incroyables d’ici 2030. Il nous faut recruter, et le défi est celui de l’attractivité de l’industrie. On a beau être ingénieur, c’est un secteur qui attire peu, alors que dans les faits, on y gagne bien sa vie avec des missions particulièrement intéressantes. Il faut le faire savoir aux jeunes, aux filles en particulier. Il nous faut de bons techniciens également. J’espère que la réforme du DUT/BUT va amener plus de monde à travailler chez nous.